‹ Nos Amis Les BêtesChapitre 13 sur 29 · Comment les négres africains les chassent-ils · texte numérisé non relu

Comment les négres africains les chassent-ils

8. Cette chasse est-elle dangereuse pour un homme blanc ? Comment ?

9. Les hippopotames méritent-ils d’étre exterminés? Pourquoi?

10. Leur espéce est-elle destinée 4 disparaitre? Donnez les raisons de votre réponse.

DICOTYLES TORQUATUS

C’est ici le pécari au collier, mais il y a aussi un pécari aux lévres blanches. Cette mére et son petit — une vraie miniature de pécari — sont évidemment apprivoisés, car ils se trouvent dans une basse-cour.

MEFIEZ-VOUS DE CES PETITS CocHnons !

Si le Vieux Monde est particuliérement riche en cochons sauvages, dont l’espéce la plus connue est le sanglier (qui peuple encore les foréts de la région parisienne), le Nouveau Monde ne possede, avec le pécari, qu’un seul représentant

5 du genre.

Un seul . . . pour le moment! Car il s’est produit ce fait curieux dans diverses régions de ? Amérique-du-Sud : des cochons domestiques, importés d’Europe par les premiers colons venus d’Espagne, prirent un beau jour la clé

10 des champs et se réfugiérent dans les foréts, ou ils se multiplierent d’une facon prodigieuse.

Tl est hors de doute que ces porcs retournés a état sauvage depuis de nombreuses générations sont en train

MEFIEZ-VOUS DE CES PETITS COCHONS! 65

de former une espéce nouvelle. Leurs habitudes ne ressemblent ni a celles du sanglier ni a celles du pécari, que je vais décrire. .J’ai rencontré souvent, en pleine jungle sudameéricaine, leurs vastes troupeaux de cing cents a mille tétes, et j’ai pu constater que les plus vieux de la bande s montaient une garde vigilante et poussaient, au moindre signe de danger, un grognement caractéristique auquel les autres répondaient avant de les suivre dans leur fuite.

Le pécari, que l’on rencontre depuis le Sud des Etats- Unis jusqu’en Patagonie, ressemble extérieurement a son 10 lointain cousin, le sanglier d’Europe, bien que celui-ci soit trois fois plus grand. II en différe par ses crocs, plus courts, mais plus coupants, et surtout par une particularité qui vaut que nous nous y arrétions.

Ces petits animaux portent sur la colonne vertébrale, a peu prés au milieu de l’échine, une glande volumineuse qui produit une odeur musquée assez forte. Comme on admet que tout, dans la nature, a son utilité, je me suis souvent demandé quels services ce parfum pouvait bien rendre aux pécaris. 20

La seule explication qui me paraisse acceptable est la suivante: cette odeur permet probablement aux membres de la bande de se retrouver dans |’épaisseur de la jungle, quand un danger les a dispersés. Et nous verrons tout a Vheure que ces petits mammiferes ont des instincts sociaux trés développés.

Pour en finir avec cette glande, je dirai que le premier soin du chasseur est de l’enlever, dés qu’il a tué un pécari. S’il attendait deux ou trois minutes pour exécuter |’opération, le liquide contenu dans cette glande se répandrait 30 dans la circulation veineuse et la chair de l’animal serait désormais immangeable.

Faisant une confusion entre les cochons sauvages dont jai parlé plus haut et les pécaris, des voyageurs ont dit de

ces derniers qu’ils forment des troupeaux innombrables.

En réalité, je ne crois pas que leurs plus fortes bandes dé-

passent cinquante tétes, et la moyenne ne doit étre que de

vingt 4 trente individus, toujours conduits par un vieux smale dont l’autorité est solidement établie.

Pour le salut de l’espéce, il est indispensable que tous les membres de la communauté observent une discipline des plus strictes. C’est grace a cette habitude, appuyée sur des instincts guerriers, que les pécaris, malgré leur petite

ro taille, n’ont point d’ennemis a redouter —hormis l’homme.

Et encore, si j’en juge par ma propre expérience, le bipéde humain ne fait pas toujours le fier devant ces courageux porteurs de soie! Conterai-je, 4 ce propos, une anecdote qui risque fort de me mettre, aux yeux du lecteur,

15 dans une posture plutét humiliante ?

J’en étais encore a mes débuts de chasseur. Fixé depuis quelques semaines dans une région inexplorée des Andes de Colombie, non loin de l’équateur, je m’écartais parfois du campement pour m’enfoncer dans la jungle, en la com-

20pagnie de mon chien qui répondait au nom de Napoléon. Mon armement comprenait une carabine winchester a répétition, un revolver et un machete, sorte de sabre qui sert surtout 4 trancher les ronces et les arbustes épineux en cours de marche dans l’épaisse forét vierge.

25 Duhaut d’un monticule, j’apercois un pécari sortant des fourrés 4 moins de vingt métres de moi. Prenant le temps de viser, je tire: l’animal s’affaisse, foudroyé. O joie! Nous aurons de Ja viande fraiche pour le diner! .

Posant mon fusil contre un arbre, je descends la pente

30pour extraire du dos de ma victime cette fameuse glande qui, si je la laissais faire, empoisonnerait le roti en perspective. Mais soudain, mon « foudroyé» se remet bel et bien sur ses pattes, et j’empoigne mon revolver avec Vintention de lui régler définitivement son compte.

MEFIEZ—VOUS DE CES PETITS COCHONS! 67

A ce moment, un grognement retentit tout prés de moi, et je vois sortir de la jungle un pécari qui se précipite a ma rencontre, aussit6t suivi par une bande de congénéres non moins furieux que lui. Dans l’instant, les histoires que j’ai recueillies de la bouche des indigénes, depuis que jhabite la région, me reviennent en mémoire: je cours le risque d’étre déchiré et dévoré par ces petits sangliers!

J’ai couru prendre mon fusil. Une malchance veut que Vappareil qui permet de remplacer instantanément une balle usée par une cartouche neuve ne fonctionne pas! Et tirer au revolver sur des cibles lancées au galop présente des risques! Par bonheur, mon brave chien s’est élancé sur le premier de mes agresseurs en le saisissant par une oreille, ce qui me donne le temps—de grimper aux basses branches de l’arbre!

D’aprés ce que les indigénes m/’avaient raconté, je m’attendais a étre assiégé par les pécaris qui tenteraient de déraciner mon perchoir. [l n’en fut rien! Aprés un quart d’heure d’attente, je pus m’assurer que la bande avait disparu, abandonnant le blessé que Napoléon, le héros de la journée, m’aida a4 retrouver prés d’une mare voisine, et que je rapportai sur mon épaule au campement.

Dans une autre circonstance, je fus témoin de la fagon dont les Indiens chassent parfois ces animaux. Mon guide, un beau gaillard qui ne devait pas avoir vingt ans, me fit soudain un signe, alors que nous traversions une forét inextricable, et, obéissant 4 son geste, je m’adossai silencieusement 4 un gros arbre.

A peine avais-je pris cette position que mon homme, brandissant son machete, se mit 4 pousser des grognements curieusement modulés tout en frappant fortement le sol de son pied nu. Un pécari surgit du sous-bois et se précipita sur l’Indien, mais pour s’embrocher sur la pointe du sabre. Un deuxiéme apparut et subit le méme sort. En moins de

Io

TS

trois minutes, cing pécaris gisaient, frappés 4 mort, aux pieds du rusé « Peau Rouge » qui venait de tirer la un beau parti de Vhumeur combative de Vespéce, sensible aux provocations !

5 A proprement parler, je n’ai pas été le témoin du drame que voici; mais je n’ai point besoin de faire de grands frais d’imagination pour le reconstituer.

Un de mes Indiens vint me chercher un matin au campement pour me montrer une chose qui l’avait stupéfié; et

roce n’est pas facile d’émouvoir ces hommes stoiques! Aprés une demi-heure de marche dans la forét, il me mit en présence de ce spectacle ahurissant : accrochée par les griffes des pattes antérieures 4 une énorme liane formant (telle une balancoire) un arc de cercle, la carcasse d’un jaguar a

t5 laquelle manquait tout Varriére-train !

A quelques pas de 1a, sur le sol déchiqueté par un fouillis d’empreintes, deux cadavres de pécaris complétaient le tableau: page de la jungle qu’il me fut possible de lire avec Vaide de l’Indien et de ses commentaires.

20 Le grand carnassier a bondi sur un pécari. La bande accourt 4 la défense du blessé. Cerné soudain par cinquante animaux préts a le mettre en pieces, le jaguar bondit sur une liane qui se trouve 14, 4 sa portée, mais qui, cédant progressivement sous son poids, le rapproche des terribles

25 paires de crocs, aiguisés comme des lames. Et tout ce que peuvent atteindre les machoires des féroces sangliers est déchiré — horrible supplice qui ne prend fin qu’avec la mort du fauve, dont les griffes figées dans les tissus de la liane conserveront le corps amputé, 4 moins d’un métre du sol.

30 Capturés jeunes, les pécaris s’apprivoisent facilement et s’attachent a leur maitre avec la fidélité d’un chien. Plus dune fois, j’ai rencontré des familles d’Indiens nomades qu’un ou deux de ces petits sangliers accompagnaient librement dans la jungle, sans qu’il ffit nécessaire de leur

MEFIEZ—VOUS DE CES PETITS COCHONS! 69

passer une corde aucou. Je me plaisais a les voir se frotter aux jambes de leurs maitres ou maitresses en poussant des grognements affectueux.

Je fis Vacquisition d’un pareil compagnon dans des circonstances curieuses. Je revenais un aprés-midi au campement; l’envie de rouler une cigarette me fit arréter mon cheval, et, dans l’instant, de petits cris plaintifs parvinrent amon oreille. Et j’apercus, en me retournant sur ma selle, une miniature de pécari deux fois grosse comme un poing qui dressait vers moi son groin ensanglanté.

Je sautai a terre et ramassai le petit animal que les griffes d’un jaguar avaient terriblement meurtri. Quelques jours plus tard, grace aux soins d’une Indienne, il était en voie de guérison, et il montra bient6t une familiarité qui lui valut les amitiés de tous. Et nous le pleurames lorsqu’une grosse branche d’arbre qui lui cassa les reins mit fin a ses destinées.

QUESTIONS

1. Trouve-t-on des pécaris en Europe? Quels cousins de ces petits cochons y trouve-t-on ?

2. Décrivez ces proches parents des pécaris dans |’Ancien Monde.

Page 1