‹ Nos Amis Les BêtesChapitre 16 sur 29 · PETIT SINGE DE L’AFRIQUE · texte numérisé non relu

PETIT SINGE DE L’AFRIQUE

Un petit acrobate qui a l’air irrité et qui jure comme un charretier. Ces petits comédiens s’apprivoisent en peu de temps, mais ils cassent et déchirent tout ce qui leur tombe sous la patte. Il y a tant d’espéces de ces singes qu'il est impossible d’identifier celui-ci.

Ces pages, ainsi que le lecteur l’aura compris, n’ont rien a voir avec les manuels de zoologie: leur auteur ne poursuit d’autre but que d’éveiller chez ceux qui les lront un intérét envers les choses de la Nature. Ainsi, dans ce chapitre consacré 4 une partie du monde simiesque, qu’on ne s’attende pas a trouver des descriptions et données scientifiques sur les nombreuses espéces englobées sous le nom de primate (ou de quadrumane).

C’est tout juste si nous nous croyons permis de rappeler que tous les continents (a l’exception de |’Australie) sont habités par des singes, et que ceux de |’Ancien Monde

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présentent des différences anatomiques considérables avec ceux des Amériques.

L’Europe a perdu presque tous ses primates, qui gambadeérent jadis sur les pentes des Monts d’Auvergne et des

5 Pyrénées. Il est probable que leur disparition de notre territoire remonte a une époque trés reculée, car on n’a pas retrouvé leurs silhouettes sur les parois de nos cavernes que nos lointains ancétres de |’Age de la Pierre ornérent de représentations d’especes qui vécurent sous leurs yeux,

tocomme le mammouth, le renne, le bison, l’4ne sauvage, le lion, le rhinocéros.

Les derniers survivants des singes européens sont les magots du Rocher de Gibraltar, créatures aussi gracieuses et malignes qu’inoffensives, qui auraient été exterminées

15 depuis longtemps, si les officiers de la garnison ne les protégeaient pas.

Le monde simiesque présente des contrastes remarquables, dont nous indiquerons les plus frappants. La taille nous en offrira un, car, sans parler du monstrueux

zogorille, on voit des cynocéphales aussi gros qu’un veau, alors qu’un ouistiti se trouverait 4 l’aise dans une poche de votre veston.

Certaines espéces, comme le cynocéphale, répandu dans une grande partie de l’Afrique, et comme le magot, qui

2sajoute a son petit domaine européen les montagnes du Maroc, ne se plaisent que sur les rochers, tandis que d’autres passent leur existence dans les arbres.

Enfin, je noterai que, si la grande majorité des quadrumanes sont inoffensifs, le cynocéphale déja nommé forme

3oune redoutable exception a la régle. Les vieux males meériteraient d’étre classés parmi les bétes féroces, car ils n’hésitent pas, le cas échéant, et sans provocation, a se jeter sur une créature humaine, qu’ils déchirent de leurs crocs. J’ai lu plusieurs fois, dans les journaux de |’Afrique

Australe, des récits dramatiques sur leurs sanglants exploits, quand ils attaquaient dans les champs des femmes et des enfants, qu ils égorgeaient.

Ces mémes singes constituent une autre exception dans la gent simiesque par leurs moeurs carnassitres. Les s végétaux entrent pour bien peu dans leur alimentation : ils leur préférent les reptiles, rats et autres petits animaux qu ils capturent fort adroitement en soulevant les pierres sous lesquelles ils croyaient avoir trouvé un refuge str.

Trés intelligents, robustes, agiles et courageux, les cyno- 10 céphales vivent en tribus fort bien organisées pour la défense commune. Les bandes obéissent a des chefs qui montent une garde vigilante autour d’elles, et qui sont toujours préts a se sacrifier pour protéger la retraite des femelles et des jeunes—en quoi ils donnent de beaux 15 exemples de courage et de dévouement aux humains.

L’esprit d’association est puissamment développé chez ces grands singes, qui s’aventurent rarement dans les régions boisées. Ls affectionnent les endroits découverts, et, en cas de danger, se rassemblent sur une cime, d’ot ils font 20 pleuvoir une gréle de cailloux dans la direction de l’ennemi, qu'il s’agisse de négres ou de bétes fauves. Aussi, lions et léopards leur témoignent-ils un respect proche parent de la peur !

Nous ferons observer que les cynocéphales sont les seuls singes et les seuls animaux qui aient l’intelligence de se servir d’armes. On a prétendu que certains singes de PAsie tropicale bombardaient leurs ennemis avec des noix de coco, ce qui n’est qu’un pittoresque mensonge, basé toutefois sur un fait réel: les indigénes de Malaisie savent dresser des singes 4 grimper 4 la cime d’un cocotier, avec une corde nouée 4 leur taille. D’en bas, le maitre les guide dans le choix des fruits mtirs, soit en tirant sur la corde, soit en lancant un mot conventionnel; et les noix,

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détachées par les adroites mains de l’animal, tombent sur le sol — quelquefois méme sur la téte du dresseur !

Nous ne pouvons juger ni de la psychologie des singes ni de la grace de leurs évolutions par les misérables spéci-

smens que nous voyons dans nos régions civilisées et tempérées, ott la captivité les abrutit, ot la tuberculose les mine. Il faut les voir dans leur milieu naturel pour les aimer — comme je les aime!

Ma jeunesse eut le privilége de passer plusieurs années

roau cceur des immenses foréts vierges de l’Amérique tropicale, et j’en ai rapporté d’exquises visions qui se déroulent harmonieusement dans mon cerveau tandis que ma plume noircit ce papier.

Je confesse qu’elles commencent par évoquer des crimes

rs qui eurent la faim pour excuse. Ma premiére victime fut un de ces gros alouates, appelés aussi simges hurlewrs, que la Nature a pourvu d’un véritable doigt a l’extrémité de leur longue queue, d’ot cette autre dénomination de @ singes & queue prenante,) et qui poussent des rugisse- 2oments rappelant par leur sonorité la voix du lion.

La disette de viande régnait au campement, lorsqu’un de ces primates eut la malencontreuse idée de déceler par ses cris sa présence dans les abords. Je finis par le distinguer au sommet d’un arbre qui devait bien avoir cinquante

25metres de hauteur, et ma balle le fit choir dans le vide — mais sans que le réti en perspective s’abattit 4 mes pieds! J’avais tué pour rien une inoffensive créature! L’explication de ce mystere imprévu? Parbleu! C’était ce doigt caudal qui me jouait le tour! Blessé a mort,

30lalouate s’était si fortement accroché a une branche par le bout de sa queue que sa carcasse s’y balangait encore quinze ou vingt jours plus tard!

Mon second assassinat fut beaucoup plus tragique. J’aimais 4 m’enfoncer seul dans l’immense forét pour y

surprendre ses hétes en pleine vie. Un jour, alors que, fatigué par une marche pénible a travers les ronces épineuses, je fumais ma pipe sur un vieux tronc, de petits cris me firent lever la téte, et je distinguai dans les cimes une bande de ces gracieux singes a4 face blanche auxquels 5 leur petite calotte noire a valu le nom de capucins. Leur nombre et leur audace augmentaient de minute en minute, et j’en vis bient6t une ou deux centaines qui se rapprochaient en bondissant par fantastiques zigzags de branche en branche, intrigués par Vapparition d’un bipéde qu’ils n’avaient pas coutume de voir en leurs solitudes, et qui, charmé par ce manége, se gardait bien de faire le moindre mouvement.

Je ne sais pas combien de temps je consacrai a la contemplation de leurs ébats. Les plus hardis n’étaient plus qu’a une vingtaine de métres dans lair, et, trépignant a quatre pattes sur des branches flexibles, ils me couvraient de cris per¢ants dont je ne savais si c’étaient des insultes ou des hommages. Mais le devoir—sanglant devoir! —me ramenait enfin vers d’exigeantes réalités: il me 20 fallait revenir au campement avec de la viande.

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Jépaule .. . Touché! Ma victime se cramponne dune main a la branche, et, de Pautre — quel geste humain ! — arrache une feuille dont elle tamponne son flanc

ensanglanté, puis s’abat au pied de Varbre en poussant des cris déchirants, et, eux aussi, quasi humains. Et je pris la fuite, jurant que ce serait la, dans ma carriére de chasseur, mon dernier meurtre de singe.

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Et je fus récompensé de mon serment par des spectacles merveilleux. Les singes de la forét finirent par me con- 30 naitre! J’allais m’asseoir au sein de la jungle, a des kilometres du campement, et je savais imiter des cris d’appel qui attiraient bient6t leurs bandes gracieuses. Parfois, je voyais descendre une trentaine de ouistitis dans les basses

branches, 4 trois ou quatre métres au-dessus de moi. Ces

mignonnes créatures me saluaient de leurs gazouillements

oiseaux, et j’admirais comment les nourrissons se cram-

ponnaient a la poitrine des méres qui les emportaient dans 5 leurs bonds prodigieux.

Javais apprivoisé une bonne douzaine de singes, capturés jeunes par mes Indiens, et que je laissais en liberté, sans qu’ils éprouvassent le désir de regagner les bois. Et je dus aux acrobaties et gentillesses de cette colonie une

roinépuisable source de distractions. J’ajoute qu’ils montaient une garde vigilante autour de ma spacieuse hutte, dont ils défendaient l’accés aux chiens errants, et que l’un d’eux m’avertit un soir par ses cris qu’un serpent venimeux s’était glissé sous mon lit de camp.

rs , Les singes, malheureusement, sont menacés d’extermination un peu partout dans le monde, mais principalement en Afrique, par une mode implacable qui a mis en vogue leurs fourrures, depuis une dizaine d’années, et plusieurs especes sont menacées d’extinction totale, notamment les

20colobes au long pelage multicolore.

QUESTIONS

1. Dans quelles régions du monde vivent les singes ? 2. En quel point de l'Europe ont-ils survécu ? 3. Pour quelles raisons massacre-t-on certaines de leurs espéces ?

4. Quelles espéces ont un « doigt » au bout de la queue ? 5. La chair du singe est-elle comestible? Pourquoi ne voudriez-vous pas en manger ?

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