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Qu’entend-on par un animal « terricole

ORNITHORHYNCHUS PARADOXUS (ANATINUS)

Les deux noms scientifiques de ce paradoxe parmi les mammiféres dériven* du grec. Ils signifient «la créature bizarre qui a le bec d’oiseau (ou de canard). ))

Les MAMMIFERES Qur PONDENT DES (Kurs!

Il n’est que deux espéces dans le régne animal qui puissent, d’aprés notre titre, prendre place dans cette étude. A elles deux, elles constituent en zoologie une catégorie trés spéciale: l’ordre des monotrémes, qui sert, pour

s ainsi dire, de chainon entre les mammiferes et les oiseaux. Ce sont Vornithorhynque et Véchidné.

L’un et l’autre habitent l’Australie et la Tasmanie, terres presque exclusivement peuplées de marsupiaux, qui, comme nous venons de le voir, sont des mammiféres dont

ro les femelles sont pourvues d’une poche ventrale ot les petits achévent leur croissance. Mais, bien que partageant le méme habitat, nos deux monotrémes différent considérablement tant par leurs caractéres externes que par leurs mceurs.

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Nous ne nous occuperons ici que de l’ornithorhynque, qui est bien la créature la plus paradoxale vivant a notre époque. On pourrait, au besoin, exprimer ses excentricités en disant qu’il est a la fois ovipare (puisqu’il pond des ceufs) et mammifere (puisqu’il allaite les petits éclos de ses ceufs).

On pourrait noter encore que ce quadrupéde porte un bec de canard et un éperon de cog. Mais ces détails ne suffraient pas a établir son signalement, car il présente bien d’autres bizarreries que nous allons passer en revue.

Il est de petite taille, sa longueur ne dépassant pas 50 centimétres du bout du bec au bout de la queue ; et l’aspect général rappellerait celui de la loutre, n’était l’extraordinaire appendice qui termine la téte, ronde et massive.

Ce bec est certainement unique dans la création. II est fait d’une matiére molle, dont la consistance est comparable a celle du cuir, et qui se contracte aprés la mort. Les deux mandibules sont de grandeurs trés inégales, la supérieure débordant de beaucoup sur Vinférieure. Elles ne paraissent pas faire corps avec la téte: on a impression que Vanimal s’en coiffe lorsqu’il a besoin de s’en servir, et quil peut s’en débarrasser 4 volonté! Chez les jeunes, ce bec de canard est armé de dents rudimentaires, qui, a l’age adulte, sont remplacées par des plaques de matiére cornée qui facilitent la mastication.

Quand on examine la téte avec attention, on découvre :

parmi les poils, prés du point de jonction des mandibules, deux petites fentes ou taches noires: ce sont les yeux, dont la puissance de vision est trés faible.

Cet inconvénient est largement compensé par lextréme

sensibilité du bec, faculté qui permet 4 l’animal de trouver 3

sa nourriture au toucher. Les narines sont placées sur la partie antérieure de la mandibule supérieure.

La queue, large et plate, l’aide 4 nager, en faisant service de gouvernail. Les pattes sont, dans leur genre, aussi ex-

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ame) NOS AMIS LES BETES

traordinaires que le bec, et l’on a peine a croire que les deux paires appartiennent au méme animal.

Que l’on ne me reproche pas d’abuser d’une locution en disant que la paire antérieure offre un mécanisme absolu-

sment unique dans la création! Nous allons voir qu’elle est amplement justifiée.

Quand Vanimal se trouve hors de l’eau, ses pattes de devant sont proportionnées a sa taille ; les doigts sont serrés les uns contre les autres, et le poids du corps repose sur

10 les longues griffes dont les extrémités sont seules en contact avec le terrain.

Mais quelle étrange métamorphose, dés que l’animal nage ou plonge! Les doigts de ces deux pattes s’écartent considérablement en déployant une membrane qui dépasse

1sde beaucoup l’extrémité des griffes, et ce sont alors de véritables rames que l’ornithorhynque posséde au bout de ces deux membres.

Et, dés qu’il sort de l’eau, cette membrane s’enroule sur elle-méme et vient se loger sous les doigts, rendant ainsi

2oleur liberté d’action aux griffes, soit pour marcher, soit pour creuser le sol.

Les pattes postérieures mériteraient 4 leur tour une longue description ; mais nous ne saurions abuser de l’attention du lecteur. Notons seulement qu’elles sont pal-

25 mées, elles aussi, mais sans que leurs membranes jouissent de la méme élasticité.

Outre les cinq griffes, elles sont armées d’un éperon, plus long chez le male que chez la femelle, et dont on ne connait pas exactement le réle. Il est probable qu’il en joue

3oun dans les duels qui mettent les males aux prises. Et lon prétend que les blessures qu’il inflige s’enveniment rapidement.

Remarquons encore que les quatre pattes sont montées sur des jambes excessivement courtes. Pour cette raison,

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Vanimal ne peut guére se dresser au-dessus du sol, et sa marche est presque une reptation.

Enfin, contentons-nous de dire de sa fourrure, assez semblable a celle de certains phoques, qu’elle est d’une teinte marron, et qu’elle n’offre pas moins de sept catégories de poils, qui, étudiés au microscope, montrent d’étonnantes différences de structure.

L’étude des moeurs de ce vivant paradoxe va nous procurer d’autres surprises. Logiquement, nous devons commencer par les phénomenes qui accompagnent la naissance.

Sur le point de devenir mére, la femelle se réfugie au fond de son terrier, dans une chambre tapissée de feuilles et Wherbes. Elle y pond de deux a quatre ceufs dont la coquille est faite d’une matiére coriace ressemblant 4 du parchemin, et elle les couve, pendant une période dont nous ignorons la durée, en les plagant sur son ventre et en s’enroulant sur elle-méme.

Voici les nouveau-nés au monde, et, naturellement, ils réclament leur pitance. Oui, mais, bien que classée parmi les mammiferes, la créature n’a pas de mamelles !

Elle se tire d’affaire grace 4 un mécanisme qui, cette fois, n’est pas absolument unique au monde, puisque nous le retrouvons chez lVéchidné, mais qui n’en est pas moins remarquable.

Ses glandes lactaires sont placées sous )’épaisseur de la paroi abdominale. En contractant certains muscles, elle fait suinter son lait que les petits recueillent en appliquant leur bec et leur langue contre cette paroi !

Le terrier que nous venons de mentionner mérite quel-

nan

ques lignes de description. Son entrée est généralement 30

située sous le niveau de l’eau, de préférence entre les racines d’un arbre. Le couloir, long d’une dizaine de métres, et juste assez large pour laisser passer |’animal, s’éléve en pente raide et sinueuse, et pour aboutir 4 une chambre

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souterraine, toujours située a une trés petite distance du sol.

L’ornithorhynque passe la plus grande partie de la journée dans ce réduit. I] en sort a la nuit tombante pour

schercher sa nourriture dans le lit de la riviére ou du lac, nourriture qui se compose d’insectes aquatiques, de vers de vase, de crustacés, de coquillages.

Mais il lui faut remonter a la surface pour mastiquer sa proie. Heureusement, il peut emmagasiner dans ses

tobajoues une certaine quantité de nourriture, ce qui lui évite une trop grande fréquence du plongeon.

Il est rare qu’on apercoive ces craintifs animaux 4 terre, ou ils ne s’aventurent pas volontiers, méme la nuit. Dans les régions inhabitées, lobservateur qui s’arme de patience

t5 et de prudence les voit parfois nager en plein jour a la surface de l’eau.

Nous aurons fini d’étudier leurs mceurs en notant que Péclosion des ceufs prend place en octobre, qui est un mois printanier dans l’hémispheére austral. A leur naissance,

20les petits ont un peu plus de deux centimétres de longueur, et la peau reste completement nue pendant dix ou douze semaines.

Ces étres inoffensifs ne connaissent pas d’ennemis redoutables, défendus qu’ils sont par leurs habitudes aquatiques

25et nocturnes. Ils n’ont guére a craindre que les embiiches des indigénes, qui les chassent pour s’en nourrir.

Ces négres australiens les capturent en découvrant l’emplacement de la chambre souterraine qui termine le terrier, ce quils font en heurtant le sol, sur lequel ils appliquent

3oleur oreille. L’ornithorhynque présente une autre particularité: méme dans son pays d’origine, il ne supporte pas la captivité. Et c’est indiquer qu’il ne figure jamais dans les enclos de jardins zoologiques, si bien organisés quwils puissent étre.

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Mais il n’est point de régle générale sans exception! Et l’exception dont il s’agit ici est un titre de gloire pour Ja Société Zoologique de New-York, dont la ménagerie réunie a Bronx Park est incontestablement la plus belle du monde.

La direction de cette société avait l’ambition d’étre la s premiére 4 exhiber un ornithorhynque vivant. Elle engagea a son service le plus fameux « collecteur d’histoire naturelle,) M. Ellis S. Joseph, qui se mit a l’ceuvre.

Une premiere fois, ce spécialiste s’embarqua a Sydney avec deux ornithorhynques — qui moururent aprés huit ro jours de mer.

Loin de se décourager, M. Joseph retourna en Australie, entreprit de laborieuses et patientes études sur les mceurs et Valimentation de ces monotrémes, et réussit 4 en conserver en captivité pendant un an. 15

Mieux armé désormais, et pourvu d’une caisse qu’il avait imaginée pour le transport des rarissimes créatures,

il s'embarquait 4 Sydney avec cing males. Quatre moururent en cours de route; mais le cinquiéme atteignait finalement New-York, ot. il vécut 46 jours, pendant 20 lesquels il vit défiler devant son enclos plus d’un million de visiteurs !

QUESTIONS

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