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partie de boxe, riche en péripéties, que les spectateurs assistent

Les kangourous ne vivent qu’en Australie et dans les iles voisines — Tasmanie et Nouvelle Guinée. Ils se répartissent en de trés nombreuses espéces; mais nous pouvons, sans nous égarer dans les détails, leur consacrer une description générale, quant a la forme.

Ils sont caractérisés surtout par la disproportion entre leurs deux paires de membres: les pattes postérieures, fort longues et puissantes, peuvent étre considérées comme des jambes, alors que les pattes antérieures, trés courtes, jouent réellement le rdle de bras. De fait, animal se meut presque exclusivement sur ses jambes, et il est rare qu’il se serve de ses bras pour marcher. I] aime a se tenir assis, en s’appuyant sur sa queue massive, et, dans cette position, il cueillera les herbes et les feuilles avec les ( mains ») qui terminent ces bras pour élever la nourriture a la hauteur de sa bouche.

Mais ce qui distingue avant tout les kangourous parmi les innombrables especes animales qui peuplent le globe, cest quils sont marsupiaux. Autrement dit, les femelles sont pourvues d’une grande poche ventrale ot les petits achévent de se développer, et ot ils trouvent la sauvegarde, le nid et le couvert, car c’est dans la poche maternelle que leur est distribué le lait. Le seul marsupial qui ne vive pas en Australie et dans les iles adjacentes est la sarigue d’Ameérique.

J’ai dit que les kangourous comprennent de nombreuses especes. Elles varient plus par leur taille que par leurs formes ou par leurs mceurs, et nous aurons désigné les deux extrémes en mentionnant le kangourou rouge, qui, assis sur ses jarrets, atteint une hauteur de deux métres, et le kangourou-rat, qui ne mesure que vingt centimetres.

Ces animaux sont inoffensifs, mais les grandes espéces savent se défendre avec courage contre un ennemi qui les serre de prés. Le kangourou cherche d’abord son salut dans la fuite. Trés agile, il court en décrivant une série

sde bonds d’une envergure horizontale de trois métres a trois métres et demi, et peut franchir d’un saut une cloture haute de trois métres. Ces chiffres ne s’appliquent qu’aux grandes espéces, et j’ajouterai qu’elles peuvent fournir pendant une heure ou deux une vitesse de six cents métres a

rola minute. Un savant australien, le Docteur LeSouef, m’a déclaré qu’elles dépassent méme cette vitesse lorsque la nature du terrain s’y préte.

Quand le fugitif, poursuivi par des chasseurs montés sur de rapides chevaux et accompagnés de grands levriers

r5 Spécialement dressés pour cette chasse, se voit sur le point d’étre pris, il s’adosse 4 un arbre et s’appréte a vendre chérement sa vie. Malheur au chien surexcité qui s’approche en poussant des abois de victoire! Une des longues jambes se détend soudain comme un ressort, et les griffes

20 puissantes qui la terminent éventrent l’étourdi. J’ai vu, un jour, dans l’intérieur du Queensland, un grand kangourou tuer ainsi trois chiens en autant de minutes! Ces griffes sont tranchantes, et peuvent déchirer lépais cuir @une botte.

25 Lorsque le kangourou rencontre dans sa fuite une mare ou une riviere, il s’y réfugie, le plus loin possible de la rive, et jusqu’a ce qu’il ait le niveau a la hauteur de son poitrail. Alors il attend les chiens, qui nagent a sa rencontre, et, fort adroitement, il leur saisit la téte avec ses

30 ( mains ) — ou, si vous préférez, ses pattes antérieures — et la maintient sous l’eau, parfois assez longtemps pour que le levrier soit asphyxié. J’avais lu ce trait dans plusieurs ouvrages de savants australiens, et je dois avouer que la lecture ne m’avait pas convaincu, tant cet exploit me

paraissait extraordinaire. Mais j’en fus le témoin ahuri dans la brousse de la Nouvelle-Galles du Sud.

Voici un autre trait d’intelligence a l’actif des kangourous: quand une femelle chargée de famille est poursuivie, elle fuit d’abord comme le fait le male; mais elle 5 tache de gagner une touffe de buissons ot elle dépose son petit en l’obligeant 4 sortir de la poche. Allégée de son poids précieux, elle reprend sa course. Puis, quand le péril est passé, elle revient a la cachette et y retrouve son rejeton, qui s’était tapi sous les branches. Je dois préciser ici que ro les kangourous n’ont en général qu’un petit, et que les jumeaux sont l’exception.

Si ces animaux sont inoffensifs — ce qui n’est pas surprenant chez des herbivores — ils ne se privent pas de se battre entre vieux males, et le spectacle que constituent ces rs combats est du plus haut comique, tout au moins pour le voyageur qui peut en suivre de loin les péripéties a l’aide de jumelles. Je préciserai sans plus attendre qu’il ne s’agit jamais de duels 4 mort, mais simplement de « duels au premier sang,)) comme ce fut jadis la mode en France! 20

Les deux adversaires commencent par s’insulter en faisant entendre des cris aigus comme des coups de sifflet. Puis, ils s’attaquent en ne se servant d’abord que de leurs bras, qu’ils manceuvrent en une série de gestes rapides rappelant ceux des boxeurs, avec des feintes, des coups droits, des swings, des parades! Ensuite, ils passent du pugilat 4 la «savate,» et s’envoient mutuellement de violents coups de pied, qu’ils parent avec une réelle adresse. Dés que les ongles ont porté et que le sang coule, les duellistes se séparent ; mais je ne saurais dire s’ils se récon- 30 cilient sur le terrain !

La plupart des espéces sont, comme disent les savants, terricoles: elles vivent exclusivement sur le sol, soit dans les foréts, soit dans les plaines plus ou moins désertiques.

on

Mais il n’est point de régle sans exceptions, et l’une d’elles concerne un kangourou de petite taille qui vit dans les régions montagneuses ou on le voit bondir de rocher en rocher avec une agilité prodigieuse. J’en vis un que son 5 maitre avait apprivoisé, et qui s’échappait frequemment de la maison pour batifoler dans la petite ville, narguant les personnes qui le poursuivaient et sautant d’un toit a Vautre par-dessus cours et rues!

Une seconde exception nous est offerte par une espéce ro qui passe toute son existence dans les arbres dont les feuilles et les pousses constituent sa nourriture, et dont les troncs lui servent de logis. On rencontre parfois ces petits kangourous sur le sommet des collines rocheuses, couvertes d’arbustes. - M. LeSouef m’a conté qu'il en vit un s’élancer 154 son approche dans le vide pour atterrir sain et sauf sur un rocher placé 4 quinze metres plus bas!

Un des membres les plus intéressants de la famille est un petit kangourou de la grosseur d’un rat pourvu d’une queue préhensible, qui ne lui sert que dans l’occasion que nous

zoallons décrire.

Pour établir son nid, il creuse un trou dans le sol et en recouvre Vorifice d’un déme qu’il fabrique avec de l’herbe, et dont le sommet est de niveau avec le terrain. Il pénétre dans sa demeure par un autre trou qu’il bouche adroite-

25 ment derriere lui avec un petit paquet d’herbes fagonné a Vavance, et autour duquel il enroule sa queue pour le trainer et le mettre en place. En cet état le nid est complétement invisible, sauf, hélas!. pour les chiens et les renards qui éventent l’emplacement et massacrent toute

30 la famille.

Jusqu’a l’arrivée des blancs, qui ne commencérent a coloniser l’Australie qu’au début du siécle dernier, les kangourous n’avaient pas d’ennemis réellement redoutables. Peu nombreux, les indigénes n’étaient armés que de javelots

et de boomerangs (lames de bois lancées 4 la main). Les seuls carnassiers étaient les dingos (chiens sauvages). Aussi les marsupiaux pullulaient-ils dans toute l’étendue du continent.

La situation a terriblement changé en un siécle. Les 5 chasseurs professionnels qui poursuivent les kangourous pour leur cuir et leur fourrure en ont massacré des millions, et plusieurs espéces sont considérées comme éteintes. En outre, les renards, importés d’Angleterre par un colon «pour son plaisir,» se sont rapidement multipliés en 10 Australie, ot ils ont décimé les petites espéces de marsupiaux. Enfin, le développement de l’élevage, la présence de millions de beeufs et de moutons qui rasent les paturages et asséchent les mares et les « trous d’eau,) contribuent, par la faim et par la soif, a extermination des kangourous. 15

Et c’est grand dommage que la faune indigéne disparaisse dans tout pays ou s’établissent les races blanches! On peut prévoir l’époque (souhaitons qu’elle soit encore lointaine!) out notre globe ne sera plus peuplé que par Vhomme et par les espéces qu’il a domestiquées. Le 20 monde deviendra affreusement monotone!

QUESTIONS

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