XXXII PREFACE
perdus au milieu des Anglais et des Américains. Déjà entamés dans les anciens dons de leur race, ils auraient peine à demeurer tels qu'ils sont, même s'ils pouvaient opposer l'une à l'autre les deux forces qui agissent sur eux. Et comme une seule langue rivale de la française unit les Américains aux Anglais et transmet aux Canadiens français les défauts ou les vices de deux nations, il est à craindre que, dans un certain temps, il ne reste de l'ancienne race qu'un souvenir.
L'enlisement des traditions françaises sous les apports anglo-américains serait un double malheur. L'ordre n'est pas que les races se détruisent, mais s'aident. L'une des plus parfaites qu'ait fournies la civilisation ne pourrait s'effacer du nouveau monde sans appauvrir rhumanité elle-même. Et cette fin du plus puissant groupe qui prolonge notre génie au dehors amoindrirait la France.
M. Louis Arnould ne prévoit cet avenir que pour ne pas s'y résigner. Son amour désintéressé pour l'œuvre de beauté qu'est le génie français, son égoïsme patriotique pour la puissance française cherchent ensemble les moyens de défense, et il en trouve deux. Il faut d'abord que les Canadiens sauvegardent contre la langue anglaise le parler français ; il faut ensuite que