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Le Nationaliste du 9 février

Le grand parti <i libéral •■ essayait donc d'affaiblir le jeune parti « nationaliste » par le même procédé habile dont il avait usé, dans le début, envers le parti « conservateur », c'est-à-dire en s'appropriant une portion de son programme.

La chute de sir Wilfrid Laurier (septembre 1911).

Mais il était trop tard, d'autant plus que sir Wilfrid rêva d'une union plus étroite encore avec les Etats-Unis à qui il fit espérer un traité de réciprocité douanière ^. On connaît les événements. Avec sa belle hardiesse le premier ministre ne craignit point de dissoudre la Chambre des Communes en 1911 et de faire appel à la nation sur cette question très précise. Eclairée par les deux partis d'opposition ligués pour cette lutte, « les conservateurs » et les « nationalistes », la nation renversa d'une manière éclatante, au mois de septembre, le ministère qui la gouvernait depuis 15 ans, se rapprochant nettement de sa métropole l'Angleterre, et, en même temps, ce que nos compatriotes saisissent difficilement, de son ancienne métropole, la France : et ceci de deux façons, d'abord les avantages consentis par le récent traité de commerce franco-canadien gardent toute leur valeur, puisqu'ils ne sont point égalés ou même

1. Sur les préparatifs de cette dernière tentative du premier ministre qui y trouva sa mort politique, on peut lire un vigoureux article de M. Jacques Bardoux, qui complète bien la présente étude : Nationalisme canadien et Impérialisme britannique, dans la Revue des Deux Mondes du 1" avril 1911.

surpassés par ceux que le projet de réciprocité proposait aux Etats-Unis ; en second lieu, le Canada français se rend compte justement que sa nationalité, malgré tout, se trouve plus sûrement protégée par la Grande-Bretagne, qui lui doit d'ailleurs le maintien de sa colonie, que s'il devenait plus ou moins tôt quelque Louisiane du Nord et comme le 46^ Etat de l'immense confédération. Donnant, donnant : du prix de leur loj'alisme, si indispensable pour elle, les Canadiens-Français achètent sûrement à l'Angleterre le maintien et peut-être l'accroissement de leurs droits. Devant l'ennemie commune, ainsi que cela se passe en Europe, ils ont refait là une entente cordiale plus solide qu'aucune autre.

Tout en pouvant justement revendiquer une bonne part de la victoire, les « nationalistes » qui sont encore très peu nombreux à la Chambre des Communes (ils ne sont que 8) ont proclamé dès le lendemain du scrutin, par la bouche de M. Henri Bourassa, leur indépendance vis-à-vis des a conservateurs » triomphants ^. Ceux-ci se trouvent trop bien éclairés par l'histoire de leurs prédécesseurs pour vouloir sans doute retomberdans leurs excès d'immigration anglo-américaine inconsidérée, et il est bien à souhaiter qu'ils continuent ou accentuent les précautions auxquelles s'étaient décidés « les libéraux » dans les dernières années de leur pouvoir : le chef actuel du gouvernement, M. Borden, n'oubliera pas

1. Voir dans r<4c<ion sociale, de Québec, du 23 septembre 1911, l'analj'se du discours de M. Bourassa.

qu'il a dû l'un de ses plus brillants succès de chef de l'opposition, dans la Chambre des Communes, en mai 1908, à la déclaration suivante : « Le moment est venu, pour le Canada, de s'inquiéter moins de la quantité des immigrants que de leur qualité*. » D'autre part, les éléments français ont quelque chance d'être plus activement recherchés qu'auparavant.

Cette nouvelle propagande se fera sans doute encore pour une part en faveur de l'Ouest canadien, que le gouvernement d'Ottawa a toujours en vue, avec ses 500 millions d'hectares de prairie à pourvoir, qui produisent en moyenne 19 hectolitres de blé, chacun. Mais précisément parce qu'elle est française, elle fera fatalement une large part au peuplement du Canada français, c'est-à-dire de l'Est, et notamment de la Province de Québec. Et l'orientation particulière de cette colonisation sera heureuse pour le Canada, nous avons expliqué pourquoi ; les pages suivantes diront qu'elle le sera aussi pour les Français et pour la France.

Il est malheureusement des agences officielles au Canada, je l'ai constaté sur place, qui médisent des colons français : c'était, hélas ! la note officielle d'Ottawa. Mais après avoir été pendant plusieurs jours, dans telle région, de paroisse en paroisse, voir toutes les autorités locales, je les ai trouvées unanimes à se féliciter au contraire sincèrement de nos compatriotes et en désirer d'autres 2.

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