‹ Nos ancêtresChapitre 13 sur 23 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'aube des temps historiques — L*AGE DU BRONZE

Le soleil descend paisiblement vers le couchant; une brise douce et tiède chante dans les ajoncs aux touffes vertes ; les bruyères roses couvrent la lande d'un tapis aux nuances gaies et fondues; les grandes fougères balancent mollement leurs belles feuilles en éventails sous un bouquet de gros chênes aux troncs trapus, aux grosses branches noueuses, à l'épaisse frondaison. Le ciel d*un bleu pâle semble n'avoir point de limites vers l'ouest, où l'on entend un vague murmure, doux et monotone ; à l'est l'horizon est au contraire borné par une ligne sombre, presque noire, d'épaisses forêts. Quelques gros blocs de granit vêtus au midi de lichen gris et argenté, au nord de mousse verte et jaune, bossuent la plaine au milieu de laquelle se dresse une haute dalle de pierre, qui de loin semble le géant, seigneur du pays ; à côté, une extumescence de terre vaste et haute, couverte d'un gazon épais parsemé de folles graminées, forme un accident de terrain qui, avec la pierre levée, peut servir de sûr point de repère au voyageur qui traverse ces landes.

La contrée n'est point déserte, malgré son aspect général assez mélancolique : des moutons à la toison d'un brun clair» des vaches et des bœufs de petite taille paissent l'herbe courte mais drue des plaines ; dans les fougères, à l'ombre des gros arbres, des porcs à l'air farouche, aux soies noires et hérissées, fouillent le sol du groin et se gorgent de glands encore verts que la bourrasque dernière a fait tomber en abondance. Des chiens vigoureux et agiles, au poil rude, à la voix rauque, à l'aspect rébarbatif, courent autour de ces animaux, les surveillant, les empêchant de s'écarter, les rappelant au devoir d'un coup de gueule sévère et au besoin d'un léger coup de dent. De grandes filles et déjeunes garçons, aux membres robustes et souples, à la physionomie hardie, un peu sauvage, à la peau blanche mais bronzée par le hâle et le soleil, armés de longs et forts bâtons, sont là qui encou* ragent la vigilance des chiens, ont l'œil attentif aux mouvements de leurs bestiaux, dont ils répriment les caprices soit avec une pierre adroitement lancée, sont de plus près en les frappant de leurs gaules.

Près de là, dans une vaste dépression du sol, large vallon à peine indiqué entre deux ondulations de terrain, mais que l'humidité plus grande et Taccumulation de la terre végétale rendent plus fertiles que les landes desséchées par le vent des plateaux voisins, des hommes et des femmes sont activement occupés à la récolte du blé et de l'orge

qu'on y a semés l'an dernier. Les longs couteaux de pierre à la main, on scie les épis qu'on entasse gerbes sur gerbes hâtivement, car si le ciel est clément aujourd'hui, il peut venir demain du couchant les nuées noires porteuses de pluie ou du nord la bise aigre et dure.

Enfin, si- nous poussons un peu à l'ouest, sur un point élevé, nous voyons une agglomération de cabanes en bois, en branchages, maçonnées de terre et de pierraille^ aux toîts de chaume : ces habitations sont distribuées sans ordre et sans régularité sur l'emplacement du village ; autour d'elles sont des parcs à bestiaux remplis de fumier et d'ordures ; des remises basses et sans ouvertures servent à emmagasiner le grain et les provisions. Dans cette saison, le foyer de la cuisine peut être allumé sans inconvénient en plein air ; aussi devant chaque maison, voit-on s'élever une fumée légère. C'est le repas du soir que la mère de famille apprête dans sa grossière marmite de terre cuite. Mais^ avant de pénétrer dans cette petite cité, il nous faut franchir un rempart de gros blocs de pierre et de troncs d'arbres entassés, amoncelés, mêlés de terre et de boue et tout à fait capables de résister à une attaque de vive force.

Aussi bien, la plus grande vigilance est nécessaire ; n'y a-t-il pas des tribus ennemies haineuses et avides de vengeance ? Ne faut-il pas craindre également les bandes de rôdeurs qui tantôt sortent brusquement des grands bois et tantôt débarquent

subitement sur la côte voisine pour piller et massacrer les gens .qui ne sont point sur leurs gardes, ou qui ne sont pas assez forts pour leur résister victorieusement ? A l'entrée du villag veille donc un groupe de guerriers bien armés et accompagnés de chiens dressés au combat ; de temps à autre, ils font une ronde aux alentours du rempart. Dans la plaine, au sommet du tertre voisin de la pierre levée, sur cette espèce de colline artificielle qui recèle dans ses flancs les tombes sacrées desancêtres, une autre troupe armée surveille le pays, prête à défendre contre toute agression les bergers et leurs troupeaux, les travailleurs des champs et leurs récoltes, ou bien, si le danger paraît trop grand, à les prévenir par de grands cris ou des coups de sifflet et les faire regagner le village en toute hâte, tandis que ces guerriers protègent leur retraite.

Les ombres deviennent de plus en plus grandes, la brise fraîchit, le soleil s'abaisse davantage encore vers la Mer-Brumeuse, dont les grondements sourds se font entendre plus fort. Tout à coup, les guerriers qui veillent du haut du tumulus aperçoivent quelque chose qui sort du massif des forêts lointaines; leurs yeux perçants suivent tous les mouvements de ce quelque chose d'indéterminé qui est bientôt assez distinct, là-bas, au bout de la vaste lande, pour qu'on puisse discerner enfin une petite bande d'étrangers. Le signal d'alarme est donné: les pâtres rassemblent leurs troupeaux qu'ils n'al-

laient pas tarder d'ailleurs à ramener au village. Les moissonneurs se hâtent d'achever leur tâche presque terminée et parmi eux chaque homme valide vérifie si sa hache de pierre polie est bien à sa ceinture, si sa lance et ses javelots sont bien toujours à laplace où il les a laissés, l^es étrangers s'approchent toujours et ne paraissent pas très nombreux ; toutefois, il est prudent de ne pas se fier à l'apparence, ce n'est peut-être qu'une avant-garde et le gros de la troupe pourrait bien être caché là-bas derrière la Hsière des grands bois. Quelques jeunes hommes^ souples et hardis^ sont envoyés en éclaireurs ; ils se glissent habilement derrière les toufifes d'ajoncs et les blocs de pierre moussus et vont ainsi secrètement au devant des inconnus. Quand ils sont assez rapprochés de ceux-ci pour les compter et les examiner avec soin, ils s'arrêtent et regardent, l'arc bandé et la flèche à pointe barbelée en pierre sur la corde.

Les arrivants sont en petit nombre et s'avancent lentement mais sans essayer de dissimuler leur marche ; ils ont des armes à peu près semblables à celles des habitants du village, mais les pointes des lances et les haches brillent aux rayons du soleil couchant d'un bel éclat jaune ; leurs vêtements de toile paraissent plus élégants et plus commodes que les lambeaux de lin tissé et les peaux dont s'enve loppent les indigènes; quelques-uns même pour se défendre des fraîches caresses de la brise de mer se drapent dans de larges carrés d'une étoffe

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bariolée et quadrillée qui n'est pas de la toile et qui n'est pas non plus de la fourrure. Ce sont des hommes alertes et vigoureux, de taille moyenne, aux larges épaules, mais aux extrémités, pieds et mains, fines et petites. Le visage, au teint blanc, est ovale ; la physionomie est ouverte. En parlant et en souriant^ ils montrent des dents blanches, saines et bien rangées ; leurs yeux sont vifs et l'iris en est gris foncé ou brun ; des cheveux noirs ou châtain foncé tombent en boucles épaisses autour de leur tête forte et légèrement aplatie par derrière, la barbe qu'ils portent au menton est de la même couleur que la chevelure.

Presque tous sont chargés de sacs de toile et de peau qui paraissent bien remplis et ils mènent avec eux quelques animaux dont les gardes du village n'ont encore vu les pareils que sauvages, galopant en petites bandes dans les landes, mais rares et farouches, tandis que les animaux qui accompagnent les étrangers ont l'air docile et portent sans révolte des sacs et des paniers assez pesants. Dans leur langage à présent disparu les indigènes étonnés donnent à ces bêtes le nom qui correspond à celui de « cheval » dans notre langue.

Un fait frappe du premier coup les éclaireurs : la troupe qui se dirige vers leur village est accompagné d*un homme qui leur est connu. C'est un habitant d'un village situé dans une vaste clairière de la forêt voisine, c'est un membre d'une

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tribu avec laquelle la leur est alliée depuis longtemps et qui a même des parents par les femmes chez eux, car les deux tribus se sont souvent unies par des mariages. Or, comme cet homme, cet ami, ne semble point prisonnier, qu'il marche sans entraves à côté du chef des étrangers, qu'il échange avec lui gaiement quelques paroles, il y a tout lieu de supposer que ces nouveaux venus n'ont pas de projets hostiles. On ne saurait pourtant avoir trop de prudence et les éclaireurs se rabattent vers le monticule avec autant de précaution qu'en venant.

Le rapport fait au poste de garde, celui-ci tout entier s'avance à la rencontre des étrangers. On se sent en force pour faire face à toute éventualité ; mais quand les deux troupes se trouvent en présence l'une de l'autre, chacune s'arrête : le chef des guerriers indigènes crie aux arrivants de faire halte, ordre auquel ils obéissent aussitôt et leur compagnon, leur guide seul continue à marcher, tout en demandant à ses compatriotes s'ils ne le reconnaissent donc plus. Un colloque s'engage entre cet homme et le chef du village dès qu'ils se sont rejoints.

« Oui, dit ce dernier, nous t'avons reconnu depuis longtemps, et si les gens que tu amènes chez nous ne t'avaient pas eu pour compagnon, il y a longtemps aussi que les flèches de nos arcs et les pierres de nos frondes les auraient empêchés de pénétrer sur notre territoire. Mais les ancêtres de notre tribu et de la tienne sont les mêmes ; nous

avons toujours vécu en bonne intelligence et nous espérons bien que tu ne songeras jamais à faire arriver du mal au village où la fille de ton père a trouvé son époux, où elle vit avec ses enfants et où ton fils viendra bientôt chercher la femme qui vous a été promise, à toi et à lui. Pourquoi cependant conduire ici des étrangers ? Ne sais-tu pas qu'ils apportent souvent le malheur avec eux et ne crainstu pas que ceux-ci ne soient les émissaires d'ennemis inconnus qui préparent la ruine et la perte de nos deux tribus ? »

« Tes paroles, ô chef, répond le guide, sont pleines de sagesse et de vérité ; moi et les miens comme tu le dis, nous sommes tes amis et ceux de ta tribu ; nos aïeux étaient les mêmes et le malheur;' qui vous frapperait nous atteindrait aussi cruellement. Mais aussi, nous devons partager avec vous le bien qui nous arrive. Or, ces étrangers sont venus chez nous avec les intentions les plus amicales ; ils se sont conduits dans notre village en hôtes respectueux de nos usages et de nos lois ; ils ne précèdent aucune tribu puissante et guerrière qui veuille nous dépouiller et nous asservir. Ce sont des hommes paisibles et vénérant les dieux, qui viennent de bien loin, du côté où le soleil se lève ; ils nous ont apporté des choses précieuses, des armes, des outils, des ornements faits de cette matière brillante et dure comme de la pierre et qui n'en est pas cependant, puisque, disent-ils, ils la fabriquent et la façonnent au moyen du feu ; ils

ont aussi des étoffes singulières, plus légères et aussi chaudes que les peaux de bête. Enfin, chose plus merveilleuse encore, ils connaissent Tart de dompter et de conduire ces animaux que tu vois avec eux et qui paraissent être de même espèce que ceux qui parcourent, rapides et sauvages, les plaines et les landes de nos plateaux. Nous avons échangé avec eux certains produits de notre chasse et de notre industrie contre quelques-uns des objets qu'ils apportent et comme ils ont dit qu'ils voudraient bien voir la Mer-Brumeuse et troquer avec vous leurs marchandises pour des productions de cette mer, j'ai consenti à les accompagner et à leur servir de répondant auprès de vous. Us parlent mal notre langue, mais on les comprend et je suis sûr que vous vous réjouirez plus tard de les avoir connus et que vous m'en remercierez. »

« S'il en est ainsi, réplique le chef, sois le bienvenu et va dire à ces étrangers qu'ils seront nos hôtes, à la condition qu'ils ne soient pas une cause de trouble pour ma tribu ; nous verrons ce qu'ils apportent et si cela vaut la peine d'être échangé contre ce que la mer nous donne. »

Cela dit, le chef du village donne quelques ordres à ses hommes et se dirige ensuite à grands pas vers la petite cité ; en même temps, le guide revient vers les étrangers et leur fait part des bonnes dispositions des indigènes ; la troupe des nouveaux venus se remet en marche, entourée, escortée et suivie des guerriers du pays, encore attentife à leurs

moindres mouvements et prêts à combattre toute manifestation d'hostilité.

Enfin, tous arrivent sous les remparts du village au pied desquels s* étend une assez vaste esplanade. Là, le chef les attend, entouré de tous les hommes valides de sa tribu « Derrière eux, la foule curieuse des femmes et des enfants regarde venir la troupe étrangère. De nombreux chuchotements, quelques exclamations promptement réprimées témoignent de la surprise causée par la vue des chevaux chargés de bagages et menés paisiblement au licol par les nouveaux venus. Quoi ! ces hommes inconnus ont pu soumettre ces animaux indomptables, en faire des serviteurs aussi dociles que les bœufs et les vaches qu'on vient de ramener du pâturage. C'est vraiment merveilleux. Et comme ces gens-là, malgré le long voyage qu'ils ont fait, sont bien vêtus ! Voyez donc les beaux anneaux jaunes et étincelants qu'ils ont au poignet et à la cheville, les beaux colliers qu'ils portent au cou ! Quels gros sacs remplis d'une quantité de choses pré"* cieuses et de provenance lointaine! Ce sont de véritables trésors qu'il y a là. Plus d'un parmi les assistants sent naître dans son cœur le regret de ce qu'on n'ait point attaqué cette troupe, là-bas dans les bois, et qu'on ne s'en partage pas les dépouilles, tandis qu'au contraire, pour obtenir une petite partie de ces richesses mystérieuses, il va falloir oflfrir ce que l'on a de plus beau, de plus rare, et encore n'aura-t-on pas toujours l'objet le plus

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ardemmeiit désiré. Mais, le chef a parlé, il a décidé qae les nouveaux venus seraient bien reçus et que s'ils se comportaient convenablement on se garderait de leur faire aucun tort. Il faut obéir au chef, on suivra donc ses instructions.

Quand les étrangers arrivèrent sur Tesplanade, le chef indigène ât quelques pas au devant d'eux ; le chef étranger et le guide s'empressèrent de le joindre et de le saluer avec lapins grande politesse.

a Salut à toi, chef des hommes qui habitent le bord de la Mer-Brumeuse, dit l'inconnu, et merci pour nous avoir accueillis sans colère et sans haine sur ton territoire. Ton compatriote de la tribu des grands bois nous a prévenus que tu voulais bien nous recevoir comme les hôtes de ta nation ; soyez sûrs, toi et les tiens, que nous sommes reconnaissants de ce bienfait et que nous ferons tous nos efforts pour que vous n'ayez pas à vous en repentir. Si nous manquions jamais aux lois de Thospitalité, puisse ce poignard que je t' offre percer le cœur de celui d'entre nous qui les aurait enfreintes. »

Et il tendit au chef une arme telle que celui-ci n'avait jamais vu la pareille. Elle avait environ 20 à 25 centimètres de longueur et se composait d'une lame large et épaisse à la base, qui s'amincissait en un triangle dont l'extrémité supérieure formait la pointe du poignard, très tranchant d'ailleurs sur les côtés, ornés de deux rainures parallèles se rejoignant à la pointe. La lame s'insérait dans un manche de bois de chêne soigneuse-

ment poli et y était maintenue par plusieurs rivets de la même matière que cette lame; quant au manche, de la même largeur que la base du poignard au sommet, il se rétrécissait bientôt de façon à être saisi par une main très âne et formait ainsi une sorte de garde.

Un léger sourire détendit un instant les traits du chef indigène dont au fond la satisfaction était grande, mais qui ne voulait point la manifester au dehors. Il connaissait déjà la matière dont ce poignard était fait ; il possédait même soigneusement conservé chez lui pour s'en parer un jour de grandes fêtes, un bracelet, tige recourbée jusqu'à ce que les deux bouts se touchent, presque plat sur sa sur- ^''^'^Si^'Sl^''^^ face intérieure et orné sur sa ^^"- »«°«^"«'^surface externe arrondie de stries croisées; dans son arsenal, à la place d'honneur, était une hache de cette matière dure, brillante et jaune, hache très allongée, un peu évasée seulement au tranchant, pourvue de bords droits et attachée par des liens solides à un manche recourbé, crosse formée par une tige et son embranchement dans lequel la base de l'arme est solidement enfoncée. Pouvoir ajouter à ces trésors, ce beau poignard qu'on lui

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offrait aTec son fourreau de bois tout piqueté de petits dous à large tète delà même substance que la lame» c'était là une bonne fortune qu'une divinité favorable lui faisait certainement obtenir.

« Oui, vous serez nos hôtes, répondit-il cour* toisementau chef des étrangers. Vous avez été ceux de nos frères des grands bois, vous venez sous les auspices d*un des leurs, vous trouverez donc chez nous un accueil amical. Mais, notre village est bien petit pour recevoir tant de monde ; vous ne voudrez sans doute pas vous disperser dans nos étroites maisons. Ici, sur cette esplanade, au pied de nos murailles, vous pourrez camper à votre aise, faire paître les animaux que vous menez avec vous dans cette grande prairie. La fontaine est là qui vous fournira son eau pure et nos femmes vont se hâter de vous préparer de la nourriture, tandis que nous allons vous construire rapidement avec du bois et des branchages des huttes légères, parfaitement suffisantes pour vous abriter là dans cette heureuse saison ».

Le chef ayant parlé dans ces termes, se retourna vers les siens, donna ses ordres et tandis que les nouveaux venus déchargeaient leurs bagages, menaient leurs chevaux boire à la fontaine et paître dans la prairie qui leur avaient été désignée, les indigènes rentraient au village et en ressortaient bientôt, s'empressant d'exécuter les promesses de leur chef.

Rapidements'élèvent plusieurs cabanes de bran-

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ches et de feuillages. Devant elles on allume un foyer ardent de broussailles et d'ajoncs desséchés, tandis qu'une bonne proyisîon de bois s'empile à côté ; des femmes et des enfants apportent par brassées des herbes et des mousses mêlées de plantes marines qui exhalent un parfum acre et réconfortant à la fois ; d'autres femmes viennent offrir aux étrangers des fromages et du laitage^ un fort quartier de viande et deux gros poissond aux écailles argentées. Ceux-ci acceptent avec des marques de reconnaissance et quelques-uns tirant de leurs sacs des morceaux de viande fumée ainsi que plusieurs pièces de gibier, se mettent en devoir d'apprêter leur repas. D'autres rangent leurs paquets dans les huttes, étendent sur les tas de mousse et d'herbe des peaux de bête et leurs couvertures à carreaux et prennent toutes leurs dispositions pour la nuit.

Un peu plus tard, le chef du village revient^ examine si ses ordres ont été suivis et invitant le chef des étrangers à manger, lui offre une galette qu'il rompt en trois morceaux et partage avec lui et avec le guide en signe d'amitié et d'alliance. Pendant ce temps, le crépuscule est venu, la nuit arrive rapidement et peu après chacun se dispose à prendre du repos. Les indigènes rentrent chez eux avec le guide et les étrangers se mettent à manger. Le repas pris, et aux dernières lueurs du soleil déjà disparu au loin sous les flots de laJMtér- Brumeuse, ils ramènent leurs chevaux de la praire,

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les attachent près des cabanes avec tmtfpartde foin sec pour chacun et vont dormir, laissant cependant, pour plus de sûreté, une garde de deux hommes auprès du feu, tandis que derrière le rempart du village une garde plus nombreuse veille et sur tes nouveaux hôtes de la tribu et sur les alentours calmes et solitaires. S^ib, le grondement de la mer et les murmures de la brise rompent le silence solennel de la nuit.

Dès l'aube, tout le monde se lève et le soleil n'a pas encore paru sfa-dessus de la ligne noire que les forêts tracent à rhori2on du côté de F Orient, que chacun vaque déjà à ses occupations. Les étrangers sont sortis de leurs cabanes ; ils vident le contenu de leurs sacs sur le gazon et frottent et nettoient tous les objets qui y étaient renfermés. Les pâtres, avec leurs troupeaux, partent pour les landes ; des hommes vigoureux^ à la phjisionomie rude et hardie se dirigent vers l'Océan qui se brise sur les sables et les rochers du rivage à quelque distance de là. Quand le disque solaire émerge du sommet des grands bois lointains, les étrangers cessent leur travail, se tournent vers l'astre resplendissant," tendent les bras vers lui en inclinant la tête, tandis que leur chef prononce quelques paroles d'une langue inconnue, sur une sorte d'air ou de mélopée, qui fait comprendre à tous les indigènes que les nouveaux venus sont des hommes pieux qui rendent aux dieux l'hommage qui leur est dû. Ce fait produit la i]^éilieure impression et quand la petite céré-

monie religieuse est terminée, chacun s'empresse autour des hôtes de la tribu.

Ceux-ci exhibent une partie des richesses qu'ils ont avec eux : ce sont d'abord des haches analogues à celle que le chef du village possède, mais leurs formes sont assez variées.

Elles ont pour la plupart l'extrémité voisine du tranchant beaucoup plus large.

Il y en a même dont cette partie a l'air d'un disque ; quelques-unes, les plus précieuses et les plus chères sans doute, sont armées de stries et de coches qui dessinent des chevrons et des dents de loup. La plupart présentent d'ailleurs un perfectionnement : entre les deux lèvres latérales de la hache il y a une extumescence transversale, un talon sur lequel doit venir s'appliquer le manche auquel HaëhTen l'arme est encore mieux fixée par un lien riSS^&in^^ qui passe dans un anneau placé au-dessous B^etileu. et au milieu de la hache. Les étrangers ^*^^* ont un assortiment abondant de ces objets qui excitent grandement la convoitise des guerriers. Cette admiration causée par la couleur brillante, dorée en quelque sorte de ces armes, est encore accrue lorsque Ton constate leur force de pénétration et leur tranchant, lorsque l'on voit avec quelle facilité on peut les affûter quand elles sont émoussées. Les étrangers qui se servent d'armes pareilles font plusieurs expériences de ce genre, ce qui redouble

le désir des hommes d'acquérir des haches aussi belles et aussi terribles.

Il y aussi des herminettes qui présentent sur celles qui sont en silex poli, cet avantage que la fonte a pu leur donner une courbure éminemment favorable au travail auquel ces outils sont em-^ ployés.

Des ciseaux à froid, tiges quadrangulaires, massives et résistantes, amincies seulement à une ex-

Hache en bronze à ailerons. Trouvaille da Theil, Billy (Loir-et-Cher) « Abbé Bourgeois.

trémité, paraissent bien préférables aux ciseaux d€^ pierre, qu'un coup porté à faux fait trop souvent casser. Ces instruments, si courts qu'ils soient, 12' à 15 centimètres seulement, peuvent être d'un usage très profitable et font, avec les herminettes, l'envie des charpentiers d'une tribu riveraine de la mer et par conséquent pourvue de barques de bois qu'il faut souvent réparer et remplacer par de nouvelles.

Pour les agriculteurs les étrangers ont des instruments tranchants dont la lame large et plate est tantôt, et c'est le plus souvent, recourbée, tantôt presque droite avec une légère incurvation^

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au milieu ; la pointe de ces instruments est arrondie et à la base se trouve une excroissance, pareille à un bouton plus ou moins accentue, qui aide au maniement de cet objet. Les nouveaux venus expliquent que, dans leur pays, c^est avec ces couteaux-là que Ton coupe le blé, que l'on fait la moisson ; ils démontrent l'avantage qu'oflfre la courbure de la lame qui permet de scier plus vite une poignée d'épis à la fois ; c'est là un instrument bien supérieur pour cet emploi au long couteau droit en silex, qui, si tranchant qu'il soit, ne peut atteindre les épis que d'un côté, tandis que la faucille les prend de face et de droite et de gauche.

Les couteaux ne manquent pas davantage dans la pacotille de ces marchands venus de l'Orient. Mais, ils ne sont pas non plus droits, et présentent au contraire une forme légèrement ondulée, une double incurvation, l'une vers le milieu de la lame du côté du fil, l'autre à l'extrémité sur le dos. Il y en a de très simples, ornés d'un filet tout bonnement ; il en est aussi de luxueux, dont le dos est couvert de gravures en creux, stries transversales, stries en chevron, longues raies en croix de saint André, dont les divers motifs alternent entre eux. Sur la lame des lignes courbes, des lignes droites, des pointillés se succèdent et font une ornementation barbare et pourtant d'un aspect assez riche. Mille menus objets divers complètent cette pacotille. Pour ces riverains de l'Océan, les étrangers

ont des hameçons simples et doubles qui obtiennent UQ grand succès.

En fait de bijoux, rassortiment est de nature à satisfaire la coquetterie des indigènes, hommes et femmes. Il consiste surtout en bracelets et en épingles de toutes dimensions et de figures assez

Xsy

Hameçon double en bronze. Lac de Neufchàtel. G>I1.

Morlillct.

Hameçon simple en bronzo. Lac de Neufchàtel. Coll.

Monillet.

variées : il y a des bracelets lourds et massifs, chargés de dessins compliqués dont le prix doit être assez élevé ; ily en a de plus modestes, simples tiges de métal arrondies, et dont le cercle n'est point fermé; d'autres, au contraire, font un anneau plus que complet, puisque les extrémités se dépassent mutuellement, elles sont alors ornées d'une petite spirale. La grandeur de quelques-uns de ces ornements est telle qu'il n'y a pas à songer à les

placer au poignet frêle d'une femme mais bien à la massive cheville d'un guerrier. Tout cela excite naturellement Tadmiration et la convoitise des habitants du village, mais les lois de Thospitalité dominent ces passions.

Aussi bien, les étrangers paraissent être des hommes robustes et hardis, habiles au maniement des armes dont ils sont pourvus et qui, elles aussi,

Bracelet en bronze. Trésor de Réalon.

(Hautes-Alpes). Musée de Saint- Germain.

Bracelet en bronze. Trésor de Réalon. (Hautes-Alpes.) Musée de Saint-Germain.

sont on ne peut plus remarquables . A leur ceinture de cuir, pendent des poignards acérés et tranchants, les uns courts et épais dans le genre de celui qui a été offert la veille au chef de la tribu, les autres allongés et parfois ondulés comme une flamme. Mais, ce n'est pas tout ; à côté de son poignard, chacun de ces voyageurs porte une autre arme inconnue jusqu'alors des indigènes de cette contrée. C'est une lame de métal longue et . étroite, très pointue et tranchante sur les bords, garnie d'une poignée, celle-ci tantôt tout en bronze, tantôt formée de deux plaques deboisfixéespardes rivets

NOS angAtrss

i la base de la lame dont le pommeau s'évase en un petit disque plat. G*est Tépée qui fait son apparition à Textrémité de la Gaule dont plus tard elle sera l'arme nationale. Tantôt lalame n'est qu'un triangle extrêmement allongé, quelque chose comme Textension de la lame du poignard, car, tandis que celle-ci n'a guère plus de 25 à 30 centimètres, celle- là en compte jusqu'à 50 et 60. Une autre lame, au contraire, a les bords parallèles sur les deux tiers de sa longueur, puis elle se rétrécit insensiblement jusqu'à la pointe ; enfin, il en est d'un peu plus courtes, 40 centimètres environ, qui sont renflées vers l'extrémité et grâce à cette disposition et à leur poids doivent être terribles en frappant de taille. Les poignées sont ornées de dessins et d'incrustations de métal lorsqu'elles sont en bois, ainsi que les larges pommeaux discoïdes. Chaque épée a son fourreau, tantôt de bois^ tantôt de cuir et parfois en bronze, mais toujours chargé de l'ornementation géométrique

Épé« de bronze Qui ost la Caractéristique de cette industrouvés dans . .

la Seine. Mu- trie.

Germain. Avec leurs épéos et leurs poignards, les étrangers ont leurs haches d'armes d'un aspect formidable, et leurs lances armées de pointes acérées

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de métal à larges ailerons et à doailles solides et profondes où s'enfoncent les hampes du chêne dur. Seules, leurs flèches ont encore des pointes de silex ; mais, c'est que le bronze est trop précieux pour risquer de le perdre en en garnissant des armes que le gibier emporte parfois ou que l'on ne retrouve pas toujours après la bataille. Enfin des boucliers de bois et de cuir sont garnis d'une quantité considérable de rivets à larges têtes, distribués en dessins réguliers mais serrés de façon à former comme un véritable revêtement de métal. Décidément la petite troupe de ces marchands est des plus respectables et il ne ferait pas bon de vouloir les dépouiller par force de leurs richesses. Chacun s'évertue donc à chercher ce que l'on pourrait troquer contre ces belles choses.

Grâce à la connaissance très suffisante qu*a le chef des voyageurs du langage des indigènes, il devient facile de s'entendre ; des fourrures d'animaux sauvages seront acceptées volontiers. Mais surtout ce que les maixhands désirent acquérir, ce sont les produits marins : de beaux coquillages nacrés, irisés de couleurs chatoyantes, des pierres dures et brillantes que l'on recueille dans les sables de la plage, où les flots les ont apportés ; enfin le sel extrait des eaux que la mer en se retirant^ après les orages et les grandes marées, a déposées dans les creux de rochers. Leç échanges commencent donc sous la surveillance du chef du village qui, lui-même, prend une part importante

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à ce trafic. Les pourparlers sont longs, parfois assez vifs, car chacun youdrait peu donner pour avoir beaucoup ; mais on parvient toujours à s'arranger, et, vers le milieu de la journée, les habitants du village, les chefs de famille qui se soat réservé le droit de trafiquer, remportent chez eux nombre d'objets de bronze, véritables trésors pour eux, tandis que les étrangers enveloppent et rangent avec satisfaction, dans leur bagage, les achats qu'ils ont faits.

La journée s'est presque tout entière écoulée pendant ces transactions, et le soleil commence à descendre vers l'horizon occidental. A ce moment le chef des étrangers s'adresse au chef du village et lui dit :

« Dans les contrées lointaines d'où nous venons, on dit que le soleil, après avoir tracé sur le ciel immense sa courbe lumineuse, va se plonger, le soir, dans les flots de la mer, dont nous entendons d'iciles sourds grondements; cette mer,assure-t-on, est comme un lac aux eaux amères et dont personne n'a jamais vu l'autre bord. Tu es le chef, le maître de ce canton voisin de la mer ; tu sais que nous sommes venus chez toi avec des intentions pacifiques pour échanger nos objets de bronze étincelant contre les produits de l'industrie de tes sujets. Ce n'est donc point dans un but coupable ni impie que je viens te demander la permission pour moi et mes compagnons d'aller contempler la mer et de voir s'il est bien vrai que le soleil j dispa-

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raîsse pour s'y reposer, et passe ensuite sous la terre afin de renaître, glorieux et vainqueur des tënèbres perfides, dans les régions où nous sommes nés. Vous êtes les hommes du soleil du soir, nous sommes les hommes du soleil levant ; un même culte pour le dieu de lumière nous réunit sans doute, et tu ne voudras pas nous refuser la joie de contempler les merveilles du coucher du soleil dans la Mer-Brumeuse ».

« Tes paroles sont bonnes et sages, ô chef étranger, lui répond le chef du village, toi et les tiens vous êtes mes hôtes, et je ne puis vous refuser ce que vous me demandez. Venez donc assister au spectacle que vous désirez contempler ».

Il dit, et appelant plusieurs de ses guerriers avec lui, il emmène lesetrangers vers le bord de la mer. La petite troupe franchit une lande couverte de bruyères roses, d'ajoncs épineux, de genévriers bas et tordus par les vents du large, elle gravit une pente douce hérissée ça et là de blocs de granit gris et moussu, et quand elle arrive à la crête, les voyageurs aperçoivent devant eux le splendide panorama de la mer. A cette vue, les nouveaux venus s'arrêtent et restent longtemps immobiles, plongés dans une admiration et un étonnement profonds.

Nous ne ferons pas ici la description d'un paysage maritime au coucher du soleil. Nous dirons seulement qu'après avoir considéré avec recueillement le disque solaire, rouge comme un énorme bouclier â*or en fusion, enveloppé qu'il était dans les brumes

du soir, s*enfonçant lentement derrière la ligne lointaine que forment à Thorizon la mer et le ciel, le chef des étrangers donna des ordres à ses hommes. Les uns amoncelèrent quelques grosses pierres pour construire une sorte d'autel, les autres recueillirent des mousses, des herbes, des branches sèches, et après avoir demandé la permission au chef indigène d'offrir un sacrifice au dieu de lumière, le chef entonna dans sa langue un chant dans lequel il semblait célébrer la gloire du soleil. Un des étrangers prit dans son sac deux morceaux de bois différant d'essence, Tun qu'il appointa, l'autre où il pratiqua une petite cavité. Le chef plaçant dans celle-ci l'extrémité du bâton pointu, le fit rapidement tourner au moyen d'une lanière enroulée autour, et qu'il tirait alternativement par chaque bout. Ce mouvement de rotation rapide ne tarda pas à enflammer les deux, morceaux de bois, et toujours en chantant, le feu fut mis au bûcher placé sur l'autel. Les étrangers accompagnaient de leurs voix mâles l'hymne de leur chef, qui, à un moment donné, prenant une bouteille de terre qu'il avait avec lui, en versa sur le brasier une liqueur qui, au lieu de l'éteindre, produisit au contraire une grande flamme.

Cette cérémonie était à peine accomplie, que -le disque solaire disparut complètement à l'horizon. Impressionnés par ces rîtes inconnus, les indigènes considéraient leurs hôtes avec un étonnement respectueux, et lorsque tous reprirent le chemin

du village, les deux chefs entamèrent une longue conversation, qui se continua assez avant dans la nuit autour du foyer du campement. Le chef étranger expliquait au chef indigène les mystères de sa religion, lui contait les exploits de ses ancêtres, protégés et accompagnés par leurs dieux ; lui décrivait comment ces divinités les avaient instruits dans leurs arts et leurs industries, leur avaient appris à fondre ensemble certains minéraux, qui produisaient ensuite le métal dur et brillant dont ils fabriquaient de si belles choses ; lui disait la découverte du tissage de la laine des moutons, après celle du feutre ; lui contait comment son peuple était parvenu à dompter le cheval, qui abondait dans les régions orientales, où il vivait à l'origine^

Cet entretien merveilleux pour le chef indigène lui ins]pira envers ces étrangers une grande estime, presque de la vénération ; il les engagea à faire un long séjour parmi eux, leur offrit même de s'unir à sa ti^ibupar des mariages, et ainsi à ne plus consti^ tuer à eux tous qu'une seule et même nation. C'est de cette façon que s'opéra sans doute la fusion des^ deux civilisations, celle delà pierre polie et celle du bronze.

Il résulte en effet, avec évidence de l'étude des gisements préhistoriques de cette époque, que la. transition entre les deux âges se fit lentement et à peu près pacifiquement. Dans les dolmens de la^ fin de9 temps néolithiques, on recueille de rareik

su

objets de bronze, évidemment importés chez des populations qui ne connaissaient que Tindustrie robenhausienne. Parmi les cités lacustres, à côté de celles qui appartiennent complètement à l'époque de la pierre polie, on en rencontre qui sont certainement de répoque du bronze. Tel est le cas, par exemple, à Morges, localité située sur la rive septentrionale du lac de Genève, à Touest de Lausanne. Là, non loin du bord, à côté d'une station purement robenhausienne, existe Une autre station caractérisée par l'abondance des objets de bronze, d'une fabrication assez primitive. Cette station a été prise pour type par M. de Mortillet, qui divise Tâge du bronze en deux époques successives : la plus ancienne, qu'il appelle morgienne, où le bronze n'était traité que par la fonte dans des moules de pierre, et la seconde où l'industrie métallurgique est parvenue à ce degré que le bronze est forgé, martelé, façonné à la main, et prend ainsi toutes les formes, s'assouplit au gré de l'ouvrier, sans pourtant qu'on ait abandonné l'art du fondeur pour les objets massifs d'une part, tels que les haches à douille, et de l'autre pour la préparation des minerais eux-mêmes. Un trésor caché d'une grande importance, découvert à Larnaud

Bouton en bronze. Fonderie Larnaud (Jura). Musée de SaintrGermaic.

iSS

Qvark) a donné le nom de lamaudienne à cette période.

Mais cet art du fondeur de bronze où a-t-il pris naissance? Où a-t-K)n découvert qu'en soumettant à l'action d'un feu intense certaines terres ou cer-

Manche en bronze k douille France. Tranchant mar* télé.

Manche en bronze à douille.

Moussaye. (Bretagne.)

taines roches il en découlerait une substance malléable d'abord, qui en se solidifiant acquerrait une grande dureté unie à une souplesse remarquable? Commentceite invention admirables'est-eUeopérée? On Tignore et on l'ignorera probablement toujours. La seule hypothèse vraisemblable que Ton puisse avancer est celle-ci : Di^ns une région abondante en;

NOS ANCftTRSd

minerais de cuivre, oa recueillit un jour quelques morceaux de ce métal à Tétat natif comme on en trouve encore dans rAmérique du Nord ; après avoir constaté les avantages de cette matière nouvelle» le hasard ât Connaître qu'on en pouvait produire de semblable en traitant par le feu les minerais, au milieu desquels on avait ramassé des fragments de cuivre natif. Dès lors l'art du métallurgiste était trouvé.

Où cette découverte a-t-elle eu lieu, découverte qui devait être pour l'humanité la cause d'une transformation profonde?

Assurément point en Europe, où Ton ne rencontre pas d'objets préhistoriques en cuivre pur.

Probablement dans les lointaines régions de l'Extrême-Orient, là où les minerais de cuivre sont nombreux et riches en métal.

Bientôt on s'aperçut que ce métal péchait par trop de souplesse, qu'il se bossuait^ se tordait trop facilement. De là, la nécessité de lui adjoindre une substance qui lui donnât plus de cohésion, plus de résistance. Des essais^ aujourd'hui oubliés, amenèrent la découverte que d'un mélange de minerai de cuivre et de minerai d'étain, celui-ci en ixès minime proportion, sortait un métal qui avait toxct l'éclat du cuivre, uni à une fermeté et à une densité

Hache en bronze à douille.

Musée de Bordeaux.

beaucoup plus considérables ; c'était le bronze que nous voyons importer dans notre pays et plus tard que Ton y fabriqua sur place, grâce aux gisements stannifères du centre de la France et des deux Cornouailles (1).

La domestication d u cheval eut lieu également en Orient, dans les vastes plaines herbues où vit encore le tarpan, cheval sauvage de l'Asie centrale.

Cet animal, nous l'avons dit, n'a point ou peu laissé de ses ossements dans les gisements néolithiques ; mais, lorsque le bronze Go^ge^en ^^^^^ ^^ bronze à commença à se montrer ^£X^^ deï'riu^'rd^t^^^^^^ abondant dans notre pays^ de pTouard. ""' Nancv'*''' ^

. ,. , , , Musée de ^^^^y*

les jndices de la présence Nancy.

de chevaux domestiques chez nos ancêtres d'alors deviennent plus nombreux. Qu'à cette époque, les animaux sauvages de cette espèce, qui s'étaient perpétués en Gaule depuis les temps quaternaires, aient été saisis et domptés à l'instar de ceux que Ton amenait d'Orient avec les objets de bronze, rien de plus naturel. C'est ainsi que les races quaternaires se retrouvent encore de nos jours dans

(1) C'est M. de Mortillet qui a formulé le premier cette théorie de l'origine du bronze. Voir Hevue d'Anthropologie, 4^ année, p. 675.

plusieurs de nos races équines contemporaines. Mais il n'en est pas moins positif que ce ne fut qu'à la période morgienne que cet utile associé de l'homme fut généralement employé.

A la période larnaudienne, nous le voyons enfin complètement asservi ; on le monte, on l'attelle, il

Tube en bronze. Vaudrevanges. Musée de

Saint-Germain.

Brassard en bronze. Vaudrevanges. Musée de

Saint-Germain.

joue dans la vie sociale le rôle important .que la vapeur seule restreindra de longs siècles plus tard. A l'époque larnaudienne, nous touchons presque aux temps historiques. Tous les beaux débris de cette civilisation dans nos contrées rappellent ce que nous connaissons par Homère de la plus ancienne civilisation grecque. Il ne faut pas oublier, en effet, que d'après VIliadey Tairain ou bronze constitue la

matière à peu près exclusivement employée dans Tindustrie. Le fer, dans le poème homérique ne paraît que comme un métal rare et presque inutile encore. Les stations lacustres de la deuxième période de l'âge du bronze, les trésors perdus et retrouvés de nos jours, les sépultures où, sous des tertres, dorment dans des caisses de pierre nos aïeux les Celtes de la fin des temps préhistoriques, lorsque leurs cendres extraites du bûcher funéraire ne sont pas recueillies dans des urnes placées également dans des tumuli ; tous ces gisements nous révèlent un art et une industrie qui se sont perpétués en Gaule presque jusqu'à la conquête romaine. Et lorsque le fer entrera en usage, les formes des objets seront les mêmes qu'à l'âge de bronze ; aussi bien ce dernier métal sera-t-il encore abondamment employé et dans les armures et dans les bijoux. Il restera en quelque sorte le métal noble, le métal sacré. Le fer ne fut-il pas longtemps interdit à Rome dans certaines cérémonies religieuses ?

Si nous essayons de reconstituer par

Epée en bronze.

Station de Grésine (Lac du Bourget. Musée de Chambéry).

rimagination le portrait du guerrier à l'époque larnaudienne, nous arrivons à nous représenter le chevalier gaulois qui combattit César et ses légions. Tous deux portaient la même cuirasse, ornée de dessins géométriques au repoussé, cuirasse du modèle de celle de nos cuirassiers modernes, mais en bronze, ainsiquele prouvent à la fois le spécimen péché dans laSaône, à Saint-Germain-du-Plain(Saône-et-Loire)

Rasoir on bronze. Tumulus de Créadcey Musée de Saint-Germain.

et les bas-reliefs de Tare de triomphe d'Orange. Tous deux se coiffaient du même casque de bronze, mitre conique, aux deux valves rivées Tune à l'autre par le bas et par une large crête que rappelle le cimier de certaines salades du xvi® siècle; ces casques ont été trouvés en plusieurs endroits, et le musée de Saint-Germain en possède plusieurs exemplaires. Une singulière pièce découverte en Styrie et représentant une sorte de procession religieuse et militaire à la fois, nous offre des statuettes de cavaliers ainsi coiffés et escortant un char aux larges roues massives, traîné par des chevaux. Ces cavaliers portent aussi de vastes boucliers arrondis

qui devaient être en cuir ou en bois revêtu de bronze.

Au cou, aux bras, le même guerrier de la deuxième période de Tâge de bronze avait des anneaux d'airain et souvent d'or. N'oublions pas, en effet, qu'à l'époque de la conquête romaine, la Gaule recueillait dans ses fleuves de nombreuses paillettes d'or, Gallia aurala, l'appelait-on.

A l'époque larnaudienne les bijoux d'or ne sont pas rares, en effet.

A la fois, ornement et arme défensive, la ceinture de bronze avec ses pendeloques et ses chaînettes du mêmemétal faisait entendre un joyeux et belliqueux cliquetis à chaque pas du guerrier, tandis que son cheval, en secouant la tête faisait résonner les disques de bronze enchevêtrés qui lui ornaient le poitrail et le cou, et mâchait son mors de bronze ou de corne.

Les armes étrient celles que nous connaissons déjà, l'épée de bronze au court et large pommeau, très orné, le poignard, le couteau même pendu à la ceinture par un anneau au bout du manche, la

Ra>oir en brou ce. Lac du Bourget. Coll. Costade Beau regard.

Mentant di mors en bronze. Découverte de Vaudreva-ges. Musée de Saint-Germain.

Mors en bronze. PalafiUe de Mœringen. Lac de Sienne. (Coll. Gross.)

longue lance garnie de bronze à la base et à la large et forte pointe de bronze. Les haches, de formes variées, tiennent le milieu entre les armes et les outils : ceux-ci sont d'une grande diversité et indi-

Tinlimabuluin en bronze. Découverte de la Ferlé; près Moulins. (Pour timon de char).

quent un raffinement prononcé dans l'industrie générale. Il n'est pas jusqu'aux rasoirs, en forme de disque ou de croissant, qui n'indiquent que les aïeux des Celtes de César se rasaient déjà soigneusement la barbe, ne conservant, sans doute, que la longue moustache.

Tout indique, en effet, que les hommes de l'âge

!2t)4 NOS ANCÊTRES

de bronze ne furent autres que des Celtes. Comme ceux-ci, originaires de TOrient, ils présentent ce type celtique déterminé si magistralement par Broca : taille moyenne, crâne court, aplati sur l'occiput ; type qui constitue encore aujourd'hui le fond de la population d'une région ou d'une large bande de terrain formée par la Bretagne, le Berry, l'Auvergne, le Dauphiné et la Savoie, contrées qui toutes faisaient partie de la Celtique de César. Or, ce type, qui apparaît dès l'âge de la pierre polie, devient prédominant à l'âge de bronze en Gaule et le demeure dans la région historiquement habitée parles Celtes. Mais, ceux-ci, nul ne l'ignore, sont, en dépit des invasions, nos véritables ancêtres. Ils ont conquis et absorbé leurs prédécesseurs autochtones des temps quaternaires ; ils ont résisté aux bruns Aquitains qui les pressaient vers le Sud et aux blonds Kymris ou Belges qui vinrent au commencement des temps historiques établir leur suprématie sur la Gaule septentrionale; ils ne cédèrent qu'à Rome qui leur donna sa langue et combina son génie avec le leur pour créer le peuple français. En vain, les Germains de toute provenance s'abattirent sur notre pays et y régnèrent parfois quelque temps. Ils ne purent résister à l'influence puissante des Celtes unifiés par Télément latin. Aussi bien Latins et Celtes étaient-ils de même race, c'est-à-dire de race aryenne et lorsque les ancêtres des Romains vivaient dans leurs habitations sur pilotis le long des rives du Pô,

lorsque les premiers Celtes se répandaient dans la Gaule préhistorique et y prospéraient, ils ne différaient guère entre eux: mœurs, religion, langage, tout ce qui constitue principalement un peuple, avaient chez eux origine commune.

Sous l'influence de la Grèce, admirable initiatrice de la civilisation occidentale, Rome, avec son génie pratique si puissant, créa et fonda Tensemble des institutions et des mœurs d'où est sorti le monde moderne. Mais, nos ancêtres de la Gaule n'avaient point non plus échappé à l'action civilisatrice de Tesprit hellénique : Marseille, colonie phocéenne, lui ouvrit la vallée du Rhône; la vallée du Danube, alors peuplée jusqu'à son embouchure par des peuples gaulois, celtes et kymris, fut également la grand'route qui laissa pénétrer au cœur de notre pays la culture intellectuelle des Grecs. Aussi, quand les Romains, après avoir franchi la barrière des Alpes, entrèrent en contact avec nos ancêtres, trouvèrent-ils en eux des intelligences toutes préparées à recevoir leur civilisation, sinon plus avancée, mais du moins mieux coordonnée, mieux équilibrée que la leur.

La Gaule, nous l'avons vu, était, à la fin des temps préhistoriques, la patrie de peuples divers ; des races relativement récentes sur notre sol s'y mêlaient aux antiques races des âges de la pierre. Après Tarrivée des hommes de l'âge du bronze, de nouveaux éléments ethniques s'ajoutèrent à l'ancienne population. Les Celtes, venus d'Orient, se

répandirent sur toute la surface de l'Europe occidentale : la Suisse, l'Italie du Nord, la Gaule, l'Espagne, les îles Britanniques devinrent leur domaine, tandis que l'Allemagne du Sud, la Bohême et le vaste bassin du Danube inférieur jusqu'à la mer Noire restaient la demeure d'un grand nombre de peuples de leur race.

Ils n'écaient pas seuls cependant sur ce vaste espace géographique et ils n'absorbèrent point partout leurs prédécesseurs. Dans les Alpes méridionales et sur les bords de la Méditerranée, vivaient les Ligures, farouches et jaloux de leur indépendance. Mais les Ligures n'avaient probablement ^té que les pionniers d'avant-garde de la grande migration celtique : leur type physique et les rares débris de leur langue sembleraient du moins confirmer cette hypothèse .

En Espagne et sur le versant septentrional des Pyrénées jusqu'à la Garonne, les premiers occupants, désignés sous le nom trop vague et trop général d'Ibères, n'abandonnèrent pas la place ; les uns se mêlèrent aux Celtes, les autres surent conserver dans leurs cantons rétrécis une autonomie à peu près complète.

Au Nord, au contraire, l'expansion celtique se fit amplement, largement, puissamment. Toutefois, un jour parut où les Celtes de la Gaule au delà de la Loire eurent à compter avec des envahisseurs d'une autre race, les Kymris ou Belges. Ceux-là étaient d'un aspect tout difierent; grands, blonds.

au teint blanc et rose, aux yeux clairs, à la tête allongée, ils ne ressemblaient en rien aux Celtes. Comme eux, cependant, ils venaient de TOrient lointain, ils avaient remonté la vallée du Danube et ils parlaient un langage aryen, étroitement apparenté à ridiome celtique. Donc, si au point de vue anthropologique ils se distinguaient des premiers colons arrivés dans notre pays, au point de vue historique nous ne pouvons que les confondre avec eux. Peut-être Tintroduction du fer dans l'Europe occidentale fut-elle synchronique avec l'arrivée des Kymris ; ce n'est pourtant qu'une pure supposition. Mais le fait positif de l'identité de mœurs et d'institutions chez tous les Gaulois, Celtes et Belgo-Kymris, au moment de la conquête romaine, demeure incontesté et incontestable. Il y avait là les éléments d'une véritable nationalité, éléments non encore suffisamment agglomérés, mais que devaient bientôt fortement réunir et cimenter Rome et sa virile organisation administrative.

En effet, les soixante peuples de l'Aquitaine, des deux Celtiques et de la Belgique, se constituèrent vainement en trois ou quatre confédérations ; divisés par des querelles intestines, aveuglés sur leurs intérêts généraux, les seuls vrais, les seuls durables, par le souci mesquin et égoïste de leur autonomie locale, ils ne connurent point le sentiment réel et grand du patriotisme. Aussi la Gaule laissa-t-elle violer son sol à plusieurs reprises par des invasions du dehors. Hannibal put passer impunément, avec

son armée de mercenaires, des Pyrénées aux Alpes. Les sauvages du Nord, Cimbres et Teutons, réussirent à franchir le Rhin et, ravageant nos provinces de l'Est, ne furent écrasés qu'en Provence et en Piémont par les légions romaines. Les Suèves d'Arioviste menaçaient d'étouffer la jeune civilisation celtique sous la barbarie germanique, lorsque César apparut et les refoula dans la forêt Hercynienne. Le défaut d'unité rendait les Gaulois incapables de repousser l'étranger. On le vit bien pendant les campagnes da célèbre proconsul. Jamais la Gaule tout entière ne se souleva contre l'ambitieux conquérant, jamais il ne se produisit une ligue de ses peuples assez forte ni assez disciplinée pour écraser dans une insurrection formidable les soldats romains, relativement peu nombreux et dispersés sur un vaste territoire. Les Celtes n'avaient point la notion de Tunité nationale, mais, quand Rome la leur eut donnée, ils ne l'oublièrent jamais.

Si Ton n'examine qu'en elle-même l'histoire de César et de sa conquête de la Gaule, on ne peut que condamner et flétrir la dureté et l'ambition du capitaine illustre, du futur dictateur. Mais si l'on envisage les conséquences générales de la romanisation de la Gaule, nous, Français, nous ne pouvons que nous enorgueillir d'un événement historique qui a appris à nos ancêtres gaulois ce que c'était que d'être citoyen, ce que c'était que la Patrie, dans le sens le plus large et le plus noble. Lorsqu'en l'an 27 avant notre ère, Auguste créa à

Narbonne le grand Conseil des Gaules, Concilium Galliarum, qu'en l'an 12 Agrippa transporta à Lyon (1), les représentants des soixante peuples ou « cités », qui y étaient rassemblés, commencèrent à oublier qu'ils étaient Aquitains, Celtes ou Belges, et à se sentir Gaulois ou plutôt Gallo- Romains. Mais, plus tard, quand presque tous les habitants de la Gaule eurent acquis les droits de latinité d'abord et ensuite ceux de la cité romaine, •quand un homme né sur les bords de la Seine ou •de la Loire, transporté dans les montagnes de l'Arménie ou près des cataractes du Nil, se sentit l'égal «ur toute l'étendue de l'empire de celui qui avait YU le jour au pied des Sept-CoUines, chacun comprit que la patrie n'était point la localité plus ou moins importante où ses parents l'avaient mis au monde, mais l'ensemble des pays régis par les mêmes lois, par les mêmes institutions, par les mêmes mœurs. Désormais, nos ancêtres pouvaient transmettre à leurs descendants un sentiment énergique et vivifiant, le sentiment national.

Les Gallo-Romains, qui confondaient dans leur masse les populations préhistoriques, les Celtes, les Kymris et les Romains, demeurèrent dès lors inébranlables dans leur unité déjà constituée en principe. Les invasions de barbares n'entamèrent point cette unité ; dans nos provinces du Nord, les Franks ; dans celles de l'Est, les Alamans et les Burgondes;

(1) E. Desjardins (de Tlnstitut), Géogr, de la Gaule romaine, i. II, p. 25.

dans le Midi, les Visigoths, et plus tard les Normands en Neustrie, ont pu laisser de nombreux descendants encore reconnaissables aujourd'hui à leurs caractères physiques ; mais tous ces Germains ont été absorbés par la civilisation gallo-romaine, celle-ci changeant de nom pour devenir française, mais conservant son génie prime-sautier, vif et persévérant, qui allie les qualités aimables et joyeuses du loyal Gaulois à Tesprit d'ordre et de centralisation du Romain.

Heureux mélange qui a fait la gloire de la France, qui l'a tant de fois sauvée de la ruine, qui Ta rendue le flambeau éclatant de la civilisation occidentale, l'apôtre imperturbable du progrès! Ce ne sont cependant pas les épreuves qui ont fait défaut à notre cher pays : parfois, on a pu penser qu'il allait sombrer et disparaître au milieu des tourmentes déchaînées contre lui. Mais, ainsi que la nef des armes de Paris, il a continué à fendre les flots, il ne s'est jamais englouti. Toujours Tidée nationale l'a sauvé et des autres et quelquefois de lui-même, de ses propres erreurs. Hantée d'abord par de rares êtres étranges, innommés, puis parcourue par des hordes de sauvages abjects, habitée plus tard par des tribus s'élevant lentement mais sans relâche dans l'échelle de la civilisation, théâtre de luttes innombrables et à jamais ignorées entre des peuplades qui devinrent plus tard de petites nations, la France s'est faite, s'est formée, s'est constituée telle que nous la voyons, telle que nous l'aimons aujour-

d'hui. Bien loin de nous sont les temps où elle n'existait point, même à Tétat de Gaule avec ses soixante peuples ; bien lointaine encore, quoique plus rapprochée, l'époque où nos ancêtres commencèrent à jouir d'une organisation politique nationale. A présent, il y a une France que notre devoir est de maintenir^ de défendre et de transmettre à nos enfants aussi forte et aussi prospère que nous le poi;irrons. Le souvenir du passé nous servira de leçon; à l'exemple de nos pères, confondant en une seule pensée la patrie et la République, nous prendrons et garderons leur devise : une et indivisible î

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