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CE QUE CERTAINS GOUVERNEMENTS ONT FAIT POUR LES ARCHIVES

Jusqu’à présent les administrations qui se sont succédées au Canada ont fait bien peu dans ce sens. Tout en tenant compte de l'importance secondaire d’une colonie, quelle différence entre ce qui a été fait dans notre pays au sujet des archives, et ce que les gouvernements européens et autres ont fait pour réunir les documents historiques, les ordonner, les publier en tout ou en partie, et par ces moyens en faciliter l'étude.

En Angleterre, par exemple, le gouvernement à fait ériger à Londres un vaste édifice bien aéré, à l'épreuve du feu, et a fait réunir les archives publiques dispersées dans une foule d’endroits différents, c’est ce qu’on nomme le Pub/ie Record Office. Des fonctionnaires spéciaux sont chargés de leur garde et de leur classification, et ils publient chaque année plusieurs volumes de catalogue ou table analytique appelée Calendar.

‘“ A l'exemple de la France,” dit la Ædinburg Review, “ l'Angleterre attribue dans son budget une allocation annuelle aux études d’archéologie et d'histoire. Des écrivains d’un talent supérieur ont, depuis quelques années, été occupés, sous la direction du garde des registres de la chancellerie (master of the rolls), les uns à dresser des catalogues raisonnés des archives nationales, les autres à surveiller la publication des chroniques manuscrites, des mémoires et

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autres documents inédits. Récemment encore, la chambre des communes a autorisé des recherches du même genre et pour le même but, dans les archives des gouvernements étrangers. Ce n’est pas là une tentative expérimentale, un accès d'activité capricieuse, mais un plan bien mûri dont l'exécution sera graduelle et qui s’agrandira selon les circonstances. Depuis, le gouvernement anglais poursuit sa tâche avec persévérance et utilité, ”

Mais nous ne pouvons mieux faire que de citer à ce sujet les remarques äu regretté M. L. P. Turcotte qui avait si fort à cœur la cause de nos archives publiques.

“ En France, écrivait-il, quels soins le gouvernement, les communautés et les sociétés savantes n’ont-ils pas donnés à la conservation des archives. On a fait en 1782 une liste des dépots qui existaient alors, au nombre de 1225. On avait antérieurement (1763) examiné ces dépots et copié plus de 50,000 pièces manuscrites qui forment une des plus belles collections de la Bibliothèque Nationale. Non content de cela, on étendit les recherches à l'étranger et l'on se procura 120 volumes ## fo/io de documents en Angleterre, 50 volumes de lettres de Papes relatives à l’histoire de France; r10 volun.es furent tirés des archives des Pays-Bas.”

‘“ Et qui ne connait la masse énorme de documents inédits sur l’histoire de France, collection de plus de 60 volumes in 40 publiée par le ministre de l’instruction publique sous le dernier empire.” 1

“En Belzique, le gouvernement a pris un intérêt tout particulier à la co!llection et à la conservation des archives.

De 1834 à 1862, en vertu d’un décret du roi Léopold, il a

publié 5 gros volumes in 40 des inventaires des diverses

x Cette collection se trouve À la bibliothèque de la législature à Québec,

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collections ; il fait aussi paraître chaque année plusieurs volumes de coutumes des diverses parties du pays.”

“ Aux Etats-Unis, on a fait des efforts immenses pour augmenter les collections des documents historiques. Les Américains semblent mettre plus de soin que nous à se procurer des manuscrits qui concernent spécialement le Canada, En effet la législature de l'Etat de New-York n’a-telle pas traduit et imprimé des documents dont nous avions des copies originales depuis plus de 20 ans, fait qui n’est pas à notre honneur et que je regrette de constater. L'exemple de l'Etat de New-York, a été suivi par plusieurs autres Etats.”

L'Allemagne n’est pas, non plus, restée en arrière, à ce sujet, des autres nations que nous venons de mentionner. Chaque Etat qui forme aujourd’hui partie de l'empire d'Allemagne a ses archives particulières qui sont sous la direction d’un conservateur, lequel, de temps à autre, rend public, par l'impression, le résultat de ses travaux, et cet ordre de chose remonte à plus de vingt-cinq ans.

“ Mais il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour chercher des précédents, ” écrit encore M. Turcotte, “ La Nouvelle-Ecosse nous en offre un, digne d’être imité. En 1857 la législature, sur motion de M. Howe, décida de faire une collection des annales historiques de cette province, et le résultat a été la réunion, en 1864, de 200 volumes de manuscrits que l’on a classés et catalogués, et d’un volume imprimé qui contient les pièces les plus précieuses. Ce volume a paru en 1869. 1

1 Ces travaux de transcription, de classification et d'impressiou ont coûté au gouvernement de la Nouvelle-Ecosse, la somme de $14,000.

LR, ue DE QUOI SE COMPOSENT NOS ARCHIVES.

Nos archives se composent de registres et documents publics, de copies de la correspondance officielle des gouverneurs et autres manuscrits, copies faites sur les originaux déposés aux différents dépôts d'archives à Londres et à Paris.

Les registres publics sont, en premier lieu, ceux qui contiennent les délibérations et jugements du Conseil Souverain, plus tard appelé Conseil Supérieur, ils sont au nombre de 68, et contiennent toutes les délibérations du conseil qui administra la colonie depuis 1663 jusqu’à 1760. Un travail d'analyse du contenu de ces registres, avec des notes et des commentaires, est fait, depuis 1663 jusqu’à 1700, et il est à espérer que le gouvernement provincial votera à sa prochaine session une somme suffisante pour l'impression de cette première partie ; car ces registres forment la partie la plus importante des archives de la province de Québec, relatives à la domination française. Ce travail d'analyse est unique dans son genre, car nous croyons qu'aucune nation ne peut offrir à ceux qui s'occupent d’histoire la lettre même des procédés du gouvernement qui la régit, pendant le r7ème et le 18ème siècle. L'Angleterre, il est vrai, possède les votes et délibérations de la chambre des communes, dès cette époque éloignée, mais il faut remarquer que, dans la sphère moins importante du gouvernement colonial français dans l'Amérique, les attributions de ce même gouvernement furent plus étendues

que celles du parlement anglais ; car, comme on le voit par l’édit de création, le Conseil Souverain possédait à la fois les pouvoirs législatif, administratif et judiciaire.

Ces registres se trouvent au département du régistraire

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provincial ainsi que 45 autres contenant les ordonnances des intendants, collection moins importante que celle du conseil, mais qui a aussi sa valeur historique.

Dans le même département se trouvent encore les insinuations du Conseil Souverain, les déclarations, édits et arrêts royaux ; les titres de concession des terres, ces différentes collections forment en tout 148 volumes.

Nous venons de parler des titres de concession, or, à ce sujet voici un fait qui est parvenu à notre connaissance et qui fait voir quelle incurie il y avait autrefois, par rappor aux archives. Sous le gouvernement de l’Union du Canada, deux volumes contenant les insinuations des titres de concession octroyés sous la domination française, de terres situées dans le Haut-Canada qui faisait autrefois partie de la Nouvelle-France, furent prêtés au régistrateur du comté d’Essex, Or, en 1875 la législature d'Ontario, sans aucun droit, passa une loi pour permettre de donner à la législature de l'Etat du Michigan, ces deux volumes qui étaient la propriété du gouvernement de la province de Québec, ou au moins celle du gouvernement fédéral. Et ces volumes qui seraient d’une si grande utilité aujourd’hui pour jeter du jour sur la question des frontières d’Ontario se trouvent

‘maintenant perdus pour nous.

En 1841 la législature de l'Etat de New-York, nomma le colonel Brodhead, commissaire pour se procurer des documents relatifs à l’histoire de cet Etat et de la colonie de la Nouvelle-France en Angleterre. Le gouvernement décida de les faire imprimer et ils forment une collection de 18 volumes in-4°.

La Société Littéraire et Historique de Québec, grâce à un octroi du gouvernement, fit copier de la collection Brodhead, 17 volumes qui comprennent la correspondance officielle des gouverneurs français, Cette même société fit

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également copier de la même collection 6 volumes de documents de Londres, co/onial correspondance.

‘“ Plus tard, en 1851-52,” dit encore M. Turcotte, M. Faribault chargé d’une mission officielle en Europe, fit copier des archives des divers ministères en France, la suite et le complément de la correspondance des gouverneurs du Canada, et d’autres documents historiques. Ces 24 volumes qui renferment une foule de pièces importantes pour l’histoire de la domination française, sont déposés à la bibliothèque du parlement d'Ottawa. Il y a encore dans cette bibliothèque d’autres manuscrits intéressants dont on trouve la liste dans le catalogue des ouvrages sur l'Amérique publié en 1858. Ce dernier travail que nous devons à M. Gerin-Lajoie, est fait avec le plus grand soin et contient non-seulement le titre et le sommaires des pièces manuscrites de la bibliothèque du parlement, mais aussi ceux de la Société Littéraire et Historique.”

Il ne faut pas non plus oublier que la Société Historique de Montréal a fait copier une collection de manuscrits précieux et en a publié plusieurs, entre autre, “ Le règne militaire. ” Cet écrit préparé par M. Jacques Viger, a été complété et imprimé par M. l'abbé Verreau.

Ajoutons aussi plusieurs manuscrits intéressarts sur la guerre de la conquête, sur celle de l'indépendance et sur celle de 1812, imprimés et publiés par la Société Littéraire et Historique, sous la direction de M. J. M. Lemoine, un de ses membres les plus zélés, et sous celle de M. James Stevenson, un des dignes présidents de cett” société.

Enfin, il ne faut pas oublier les bureaux des protonotaires de Montréal et des Trois-Rivières, où se trouvent lés jugements du juge royal dans ces deux villes, et celui; de Québec qui possède une partie des jugements de la prévoté, l’autre partie se trouve, par une anomalie inex-

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plicable, dans la bibliothèque de la Société Littéraire de Québec.

Comme on le voit le gouvernement canadien, n’a pas donné à la question des archives toute l'attention qu’elle mérite, et est loin d’avoir imité l'exemple des gouvernements européens, américain et même de la Nouvelle-Ecosse. Cependant en 1873, le gouvernement fédéral,sous la pression des historiens et des littérateurs des deux origines, les plus distingués, s’occupa de la question des archives. M. Douglas Brymner, du bureau du régistraire à Ottawa, reçut la mission de se rendre à Londres, pour faire un examen préliminaire des documents des différents ministères, ceux de la compagnie de la Baïe d'Hudson, du ZritisA Museum, etc., etc, et d'examiner en outre, s’il en avait le temps, les autres dépôts d'archives où il pourrait espérer de découvrir des pièces utiles. Il devait dresser un état detous les documents importants au point de vue historique, ou propres à jeter de la lumière sur les affaires publiques ou sur l’histoire sociale de la colonie.

M. Brymner a réussi à découvrir dans les différents dépôts d'archives, pendant le peu de temps qu'il passa à Londres, plus de 2,000 documents historiques, d’une importance de premier ordre, la plus grande partie se rapportant à la domination anglaise ; inutile de dire que ces documents méritent d’être copiés.

Grâce à l'allocation de $3,c00 accordée l’année dernière par le gouvernement fédéral, on a entrepris de faire copier à Londres une partie de ces documents, on a commencé par la collection Haldimand qui comprend 254 volumes, de ce nombre, selon les informations que nous avons reçues, 70 sont copiés, et le travail de transcription se poursuit encore actuellement.

En 1874, M. l'abbé Verreau recevait également du

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gouvernement fédéral, la mission d’aller en Europe, rechercher les documents qui pouvaient servir à notre histoire et d'indiquer au gouvernement ceux qui, par leur importance, méritent d’être copiés. Ses recherches se sont étendues au British Museum, aux collections Harleian, Haldimand, George III, de la Tour de Londres, aux archives de l'Etat en Angleterre. En France, il étudia les archives de la bibliothèque nationale, les archives nationales, celles de la marine et du ministère des affaires étrangères. Il parcourut les archives départementales à Lille, à Rouen, à Bordeaux, à Marseille. Enfin il a pu constater que des documents se rapportant à l’histoire du Canada, se trouvaient jusqu’à la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg en Russie,

Les manuscrits se rapportant à l’histoire du Canada, qu’il a découverts, signalés et analysés se comptent par milliers, et cependant le savant abbé n’a passé que quelque mois en Europe, mais, comme il le dit lui-même, ces recherches sont loin d’être complètes. ‘“ Ce sont des années, ajoute-t-il, qu'il faudrait employer à un pareil travail. Mais, je puis espérer que plusieurs accompliront ce qu’un seul n’a pu fuire. Du moins j'ai la satisfaction de ne m'y être pas épargné, et d’avoir donné un point de départ aux recherches futures. ”?

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