NAISSANCES, MARIAGES ET DÉCÈS
En vertu des lois actuelles, toutes les données relatives au mouvement annuel de la population, naissances, mariages et décès, sont transmises au protonotaire de chaque district, ainsi que les doubles des registres de l’état civil tenus par les ministres du culte ; les protonotaires transmettent ensuite à la législature un résumé du contenu de ces doubles de registres, dont ils ont la garde et la conservation.
Dans la pratique, on peut dire que ces dispositions restent à l’état de lettre-morte. Les officiers chargés de tenir les registres de l’état civil transmettent bien les doubles aux protonotaires, mais la plupart de ces derniers ne s'occupent aucunement de les compiler ét d’en envoyer le résumé aux chambres, de sorte que, au fond, nous n'avons aucune donnée pratique sur le mouvement annuel de la population, Puis, ce qui est encore bien plus regrettable, dans plusieurs districts les protonotaires ne prennent aucun soin des doubles registres, qui sont laissés à traîner dans les voûtes ou les greniers des palais de justice et se perdent en grande partie. C’est d'autant plus déplorable que si les originaux conservés dans chaque paroisse viennent à se perdre, par incendie ou autre accident, il est impossible de les refaire, ce qui est très-grave.
Mais, en supposant même que les protonotaires suivent régulièrement les prescriptions de la loi, il ne reste pas moins deux lacunes à combler, deux inconvénients à faire disparaître.
D'abord, de deux choses l’une: ou il est utile de faire connaître chaque année le mouvement de la population, ou c’est inutile. Si c’est inutile, qu’on révoque les dispositions de la loi auxquelles on ne donne pas suite; mais si c’est utile, et il n’y a pas de discussion possible sur ce point, il
faut faire exécuter les lois en vigueur, et le seul moyen d'y arriver, c’est de confier cette besogne à un officier public spécialement chargé de ce soin, et obligé de publier chaque année un rapport sur le mouvement de la population, ainsi que cela se pratique dans presque tous les pays.
En second lieu, la dispersion des régistres dans les différents palais de justice rend les recherches bien plus difficiles. Supposons, par exemple, qu'il s’agisse de trouver la filiation d’une personne. Après avoir cherché dans les archives d’un district, on constate que les actes de naïissance, de mariage ou de décès d’un ancêtre se trouvent dans un autre district ; il faut se transporter dans cet autre district, ce qui occasionne des dépenses et une perte de temps considérables, dépenses et perte de temps qui seraient évitées si les doubles de tous les registres de l'état civil étaient recueillis et conservés en un seul endroit, par un officier 44 hoc. Qu'on demande à M. l'abbé Tanguay ce qu’il eût évité de troubles, de difficuités et de dépenses pour recueillir les matériaux de son Dictionnaire généalogique des familles, s’il eût trouvé tous les registres réunis au bureau du régistraire provincial. Ces difficultés sont une des principales causes qui empêchent les recherches historiques.
Donc, si la collection des archives de l’état civil était confiée à un cffcier spécial, l’on serait sûr, 1° qu’elles seraient recueillies et conservées avec soin, 2° les recherches seraient beaucoup plus faciles, 3° le mouvement de la population serait constaté et publié chaque année, trois points de la plus haute importance.
Pour compléter ces renseignements le régistraire, car c’est à lui qu'incombe naturellement cette besogne, p'"lierait des tableaux montrant le sexe, l’âge, la condition civile des mariés, des morts et des nouveau-nés. Ces différents tableaux Re une source inappréciable d’information.
EAN, | ‘ol STATISTIQUES VITALES
” Les statistiques vitales, indiquant les causes des décès, le sexe et l’âge des décédés, forment le complément naturel des données sur le mouvement de la population. Ces statistiques sont de la plus grande utilité pour la science médicale et les compagnies d’assurance, Avec les renseignements généraux que donnerait le rapport du régistraire sur les circonstances dans lesquelles se produisent certaines maladies, surtout celles qui ont un caractère épidémique, ces statistiques fourniraient un précieux contingent au progrès de la ‘science médicale ainsi qu’à l'amélioration de l’état sanitaire de nos populations.
L’'utilité de ces statistiques est reconnue déjà par notre population ; il y a quelques années, M. le Dr Larue, député de Portneuf, a fait voter une loi qui pourvoit à la collection de ces statistiques et à leur publication par le commissaire de l’agriculture. Mais cette loi, que personne n'est spécialement chargé de faire observer, est presque restée à l’état de lettre-morte, ce qui ne changera pas, tant que le soin de veiller à son observation ne sera pas confié à un bureau régulièrement organisé, dirigé par un homme qui fera des études professionnelles, pour ainsi dire, sur cette importante matière. Avec une organisation efficace, il est certain que les médecins se feraient un plaisir et un devoir de fournir des indications, des renseignements dont ils seront les premiers à profiter.
es 10 STATISTIQUES MUNICIPALES
Le code municipal impose aux secrétaires-trésoriers l'obli: gation de fournir chaque année à la législature, des états contenant une foule de renseignements de la plus grande
utilité sur la population et la propriété foncière cotisable, les ,
recettes et les dépenses de chaque municipalité, son passif et son actif, etc. Ces états sont transmis aux trois branches de la législature, d’une manière plus ou moins régulière, mais on n’en tire aucun avantage, puisqu'ils ne sont ni compilés ni publiés : ils ne servent qu’à grossir la masse des papérasses inutiles qui s'accumulent chaque année dans les bureaux publics.
C'est excessivement regrettable, puisque ces documents
ont une importance réelle. On parle souvent de dette
publique, on compare les impôts prélevés dans notre pro-
vince à ceux qu’on perçoit en d’autres pays ; or comment faire la comparaison d’une manière exacte et équitable, quand on ignore la situation financière de nos munici-
palités, leurs dettes et les recettes dont elles peuveht dis.
poser? Comment, par exemple, le gouvernement peut-il aviser aux moyens de règler la question du fonds d'emprunt municipal sans connaître les ressources et les obligations des municipalités? L'entretien des aliénés et des infirmes dans les asiles publics devra, avant longtemps, être mis,
partiellement ay moins, à la charge des municipalités ; or,
comment se renseigner sur la praticabilité de ce projet, sans savoir si les municipalités sont plus capables que le
gouvernement de supporter ces charges ? Un rapport bien :
compilé, renfermant des données recueillies avec soin, renseignerait parfaitement Tadministration et le public sur
ces différentes questions, dont la solution devient de plus
en plus urgente.