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LES STATISTIQUES

Nous avons parlé dans les pages précédentes du dépar. tement du régistraire provincial. Au nombre des devoirs que les législatures provinciales imposent aux mêmes départements se trouvent la réunion et la classification des statistiques vitales, judiciaires,* municipales.

Les statistiques ont pris de nos jours une importance de premier ordre, et cependant jusqu’à aujourd’hui le gouvernement de la province de Québec semble avoir ignoré ou méconnu cette importance.

La statistique est en quelque sorte le complément du système représentatif. Aux gouvernants, elle indique les mesures à prendre, les abus à supprimer, les progrès à réaliser; aux gouvernés, elle fait voir l'emploi des deniers publics, les détails intimes de l’administration, et surtout le mouvement de la population qui est le plus sûr indice du bien-être et de la prospérité d’une nation.

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C'est pour cela que dans tous les gouvernements représentatifs la collection, la compilation et la publication des statistiques forment une des divisions les plus importantes de l'organisation administrative. L’Angleterre et les Etats-Unis ont donné l'exemple qu’on a suivi dans tous les pays où s’est introduit le gouvernement constitutionnel, depuis le commencement du siècle. La France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Belgique, ont des bureaux ou des commissions spécialement chargées de compiler et de publier, chaque année, les statistiques qui leur sont fournies par les officiers de l'Etat civil, et du service extérieur. Outre ceux des différents ministères, on publie des rapports sur le mouvement de la population, la vitalité, la criminalité, les institutions de bienfaisance, l'agriculture et d’autres matières propres à faire connaître dans tous ses détails la vie sociale d’un peuple.

La Nouvelle-Ecosse et la province d'Ontario ont chacune une division administrative de ce genre : le département du régistraire des mariages, naïssances ef décès, maïs cette organisation est incomplète, puisqu'elle ne s'occupe que du mouvement de la population. Aussi le‘ commissaire de l'agriculture pour la province S Ontario se plaint-il, dans son dernier rapport, de ce qu'il n’existe dans cette province aucune organisation régulière pour recueillir et publier les statistiques agricoles.

Dans la province de Québec, on a.reconnu depuis lor temps l'importance et l'utilité de ces statistiques. D’après nos lois, les ministres du culte, les greffiers et les protonotaires des tribunaux, les secrétaires-trésoriers des municipalités, les directeurs des institutions de bienfaisance .subventionnées par le gouvernement, certaines compagnies de chemins de fer, etc, doivent transmettre chaque année aux chambres et au lieutenant-gouverneur des données qui

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forment les éléments d’une statistique aussi complète que précieuse. Malheureusement, personne n’est chargé d’une manière spéciale de contrôler ces renseignements, de les compiler et de les publier, en sorte qu’ils se perdent souvent ou.ne sont d'aucune utilité pratique. Ainsi, l’on vote annuellement des sommes considérables pour aider des institutions de charité, des associations littéraires ou scientifiques, sans avoir la moindre idée exacte de la manière dont ces deniers sont employés.

Il importe de remédier à cet état de choses, de donner suite aux dispositions que renferment nos lois ; le seul moyen d’y arriver serait d'établir un #wreau des statistiques, sous la direction d’un officier chargé spécialement de la collection, de la compilation et de la publication de toutes les statistiques de la province. Cette besogne devrait naturellement incomber au régistraire provincial, qui est déjà chargé de la conservation des archives. Son bureau renfermerait toutes les sources d’information auxquelles on puisse avoir besoin de recourir. pour se renseigner sur l’histoire et la statistique de la province, sans compter que le rapport qu’il pablierait chaque année fournirait une foule de renseignements fort utiles au public et indispensables aux députés. Ce rapport serait aussi le moyen le plus puissant de faire connaître notre province à l'étranger, puisqu'il résumerait, sous une forme brève et intelligible, même de ceux qui ne connaissent pas notre province, tous les. faits relatifs à la v#e sociale de notre population. C’est par la publication de semblables rapports que la plupart des Etats de l'union américaine sont parvenus à se faire connattre si avantageusement en Europe.

Voyons ce que devrait être les fonctions et l’organisation de ce bureau.

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