PET L’AUTORITÉ DU MÉDECIN ET L'ADMINISTRATION
Dans tous les pays où l’on s'occupe sérieusement du traitement des aliénés, on a cherché, depuis longtemps, à établir une juste proportion entre la part d'action de chacune de ces deux autorités afin d'éviter les conflits, les froissements, et d’assurer par là même aux malades la plus grande somme de soins intelligents et efficaces de la part de ceux qui sont chargés de les assister. Il en a été de même pour le pouvoir que doivent exercer l’autorité médicale et la magistrature lorsqu'il s’agit de permettre ou d’ordonner l’admission à l'asile.
Il nous semble, cependant, que léquilibre est assez facile à établir, si seulement on veut bien conserver à chacun ses attributions. Les aliénés, on l’a dit avec raison, ‘‘ sont maintenant élevés au rang de malades ”, et ce sont en effet de véritables malades ; dès lors, ils relèvent entièrement de l’action et de la direction du médecin, et doivent
être soumis à sa seule autorité.
‘* Dans un asile bien organisé, — dit un rapport de plusieurs médecins distingués, cité par. M.
EE & LÉ 2e
RE rod
Vallée —où tout se fait avec ordre et mesure, le malade le plus entêté, le plus désordonné, le plus réfractaire à toute discipline, finit par subir à son insu l'influence du milieu nouveau dans lequel il a. été placé et à devenir gouvernable, ce qui est un premier pas vers la guérison. Maïs pour qu’un établissement de ce genre réponde à sa destination, il ne doit y avoir qu’un chef auquel tout le monde soit tenu d’obéir. Lorsque, dans un asile, l’autorité. est divisée, l'esprit de l’aliéné s’égare, il ne sait au-
. quel accorder sa confiance, et sans confiance, a dit
Esquirol, il n’y a pas de guérison.”
‘Sous peine de voir naître des conflits incessants—ajoute le Dr Valléè —ce qui est fort préju-diciable à la bonne discipline d’un établissement
. de ce genre, la direction doit être une et le médecin
est le chef naturel d’un hôpital où tout doit con-courir au traitement des malheureux qui y sont internés, depuis la diète et le vêtement jusqu'à. l’organisation du travail et la discipline intérieure.
Dans un asile ainsi organisé, le médecin n’a plus, pour faire tout le bien possible, qu'à mettre en œuvre les moyens qu’il a à sa disposition. Ilne faut pas une bien longue expérience, dit le Dr Marandon de Montyel, pour se convaincre de l’inanité des moyens pharmaceutiques dans le traitement de la folie. Ce n’est pas avec des drogues qu'on guérit cette triste maladie, mais bien par l'isolement, hygiène physique, le travail,
dd
RUE Roue
l’hydrothérapie, et, par-dessus tout, l’action du médecin.
& Cette action du médeéin sur son malade doit être incessante : elle se fait sentir directement pendant ses visites, puis indirectement dans l’intervalle de ses visites, par le personnel de surveillance que le médecin doit tenir absolument dans sa main, et dont toutes les paroles, tous les actes doivent pour ainsi dire être inspirés par lui.”
Telle est du reste la position que le médecin occupe aujourd’hui dans toutes les maisons de santé bien organisées. Les affaires ordinaires de l'établissement peuvent bien, il est vrai, être administrées par un conseil ou un corps quelconque ; mais dès qu'il s’agit de ce qui touche directement ou même indirectement au patient le médecin est l’autorité qui décide et commande.
Voici à ce sujet des extraits d’un rapport du Dr H. E. Desrosiers, qui montre comment on fait l’ap-plication de ce principe à l'hôpital de Notre-Dame de Montréal. Ce rapport est daté du 81 mai 1888 :
‘* Dans notre hôpital, la partie administrative est essentiellement distincte de la partie médicale. Les affaires générales de la corporation de l'hôpital
A UE pl AE sont gérées par le bureau des gouverneurs. TL’administration directe est sous le contrôle du bureau d'administration. Enfin, le bureau médical a le contrôle absolu et exclusif de tout ce qui regarde la