‹ Nos asiles d'aliénésChapitre 9 sur 21 · PERSONNEL—GARDIENS—GARDES-MALADES OU INFIRMIERS · texte numérisé non relu

PERSONNEL—GARDIENS—GARDES-MALADES OU INFIRMIERS

S'il est nécessaire que le médecin soit le chef reconnu et ait une autorité absolue sur le personnel

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d’un asile, il n’est pas moins important que ce personnel soit choisi par lui et possède les aptitudes et les qualités nécessaires pour exécuter les ordres d’une manière intelligente et contribuer dans toute la mesure possible à la guérison ou, au moins, au bien-être et au soulagement des malades.

Le médecin et ses aides ne peuvent consacrer à chaque patient qu’un espace de temps assez limité pendant la journée. Ce sont surtout les surveillants ou gardiens, les gardes-malades ou infirmiers qui vivent presque constamment auprès des aliénés, et ce sont eux, par conséquent, qui sont le plus en mesure d'exercer une influence salutaire par leurs paroles et leurs actes de tous les instants. Il faut donc, non-seulement qu’ils aient certaines aptitudes pour leur état, mais encore qu’ils soient dressés au service, qu’ils aient fait un véritable apprentissage.

Et cependant, en général on nomme à cet emploi des gers que l’on prend au hasard, sans s'occuper de leurs aptitudes. Et, comme la rétribution est assez maigre, de dix à quinze dollars par mois, il n’y à que ceux qui ne peuvent pas gagner leur vie autrement qui offrent leurs services. On a donc, presque toujours des incapables, ou, tout au moins, des hommes de facultés bornées.

Pourtant, nous venons de le dire, ce sont là des fonctions d’une grande importance.

‘“ Le service de surveillance, dit le Dr Vallée, dans son rapport de 1890, est par-dessus tout un

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moyen de traitement dans un asile d’aliénés, et aussi ne saurait-on donner trop d'importance au recrutement et à l’instruction (training) d’un bon personnel de gardiens. ”

Et plus loin :

‘ Le recrutement d’un bon personnel de gardiens est, comme nous l’avons vu, un des points essentiels dans l’organisation d’un établissement d’aliénés. Or, je ne crois pas qu’on y ait toujours apporté le dicernement nécessaire. ”

Dans son rapport de 1887, il s'exprime ainsi :

‘Je crois devoir revenir, dans ce rapport, sur une question que je considère une des plus importantes au point de vue de la bonne organisation d’un asile d’aliénés : je veux parler du recrutement des gardiens. Ce sujet a toujours préoccupé ceux qui s’intéressent à la question des aliénés, mais, depuis quelques années, on lui a accordé une sollicitude toute particulière. En Amérique, mais surtout en Angleterre et en Ecosse, on a réalisé des progrès réels relativement au personnel des surveillants et gardiens d’asile, et c’est en ce point plus encore que dans la beauté des installations qu’on doit reconnaître la supériorité de leurs asiles sur les nôtres.

‘ On travaille, dans ces pays, à former des gardiens compétents, à les instruire sur leurs devoirs. Il en est de cette état comme de tout autre, il faut y faire un apprentissage, et, dans cette carrière comme

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dans beaucoup d’autres, c’est le cas de dire avec le poëte :

.-.. Retenez cet avis :

Pour savoir quelque chose il faut l’avoir appris.

‘ Or, comment peut-on espérer trouver de toutes

pièces un parfait gardien d’asile dans un homme qui, la veille, était menuisier, tailleur de pierre ou même journalier ? Le gardien est l’agent du médecin auprès du malade ; c’est par son intermédiaire que se fait la principale partie du traitement, et l’on peut dire que sa tenue auprès de celui dont il a charge, son langage, sa douceur ou sa sévérité, la forme qu’il donne à tous ses soins, sont une portion du régime physique et moral et doivent toujours porter l'empreinte de la pensée qui le prescrit. Mais tout cela s’enseigne et s’apprend, et c’est dans ce but qu’il a été publié un si grand nombre de manuels à l’usage des gardiens d’asile.

I] y a plusieurs années, le professeur Clouston a appelé l’attention sur cette question, dans un écrit intitulé : On the questions of getting, training and

retaining the services of good Asylum Attendants. En novembre 1883, le Dr Clark, médecin de l’asile du district de Glasgow, a lu un mémoire sur le même sujet, (The special training of Asylum Attendants) devant l’Association médico-physiologique, et l’on trouve dans le numéro de janvier 1884 de l’Americain journal of Insanity, les preuves des progrès que les idées développées par le Dr Clouston avaient

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faits, non-seulement dans la Grande-Bretagne, mais encore en Amérique. ‘ Dans l'Etat de New-York, ‘‘est-il dit dans ce journal, en sus des instructions ‘* pratiques qui sont donnés tous les jours aux gar- ‘ diens dans les asiles, on a, (dans trois d’entre eux ‘tout au moins, à Ward’slsland, à Buffalo et à ‘* Utica) organisé un cours de leçons systématiques. ‘* Ces leçons sont faites par le personnel médical et ‘* roulent sur les devoirs des gardiens (attendants) et ‘on y comprend quelques instructions élémentaires ‘* en anatomie, physiologie, hygiène, préparation de ‘ la nourriture pour les aliénés, bains, mesures de ‘* précaution en cas d’accidents à prévoir, dans l’asile ‘* ou au dehors. ” |

‘ Rien, dit M. de Crisenoy (La loi concernant les aliénés), n’est plus pénible, ne demande plus d’attention, de patience, de sang-froid, que la tâche de soigner et de garder des aliénés, et cependant, dans nos asiles, le personnel des gardiens, insuffisamment payé, se recrute généralement parmi les gens qui n’ont pas trouvé d’autres moyen de gagner leur vie; * aussi, la surveillance des directeurs et des médecins ne suflit-elle pas toujours pour empêcher des actes de négligence et de brutalité. ”

‘* Il est donc évident que l’on ne sauraitaccorder trop d'importance à cette question du recrutement et de l’amélioration du service des gardiens. Nous aurions certainement des réformes à réaliser de ce côté, et parmi les réformes utiles, je suggèrerais les

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suivantes. En premier lieu, le nombre des gardiens pourrait être augmenté avec avantage, car leur proportion est assez faible relativement à la population des malades. Maïs ce qui me paraît plus urgent, c’est qu’ils soient employés exclusivement au service des patients. Trop souvent, on les fait travailler au dehors, et pendant ce temps, certaines salles de plus de soixante malades restent sous la surveillance d’un seul gardien.

‘ On devrait aussi faire porter des costumes aux gardiens, le décorum y gagnerait beaucoup et ce serait pour les malades un exemple de bonne tenue qui ne pourrait leur être que favorable. Enfin, les

médecins de l'asile devraient de temps à autre don-

ner aux infirmiers et aux gardiens des leçons pratiques sur la nature de leurs devoirs et sur la manière de les remplir.

‘Je suis convaincu que si l’en parvenaïit à former ainsi un personnel de gardiens entendus, sachant parfaitement ce qu'ils ont à faire, la physionomie de nos asiles de malades se modiflerait avantageusement. ?

Il va sans dire que les autres employés, à part les gardiens, doivent aussi être choisis avec un certain soin. [ls ont toujours plus ou moins de rapports ‘avec les patients, et souvent une seule de leurs taquineries, ou de leurs paroles imprudentes, peut avoir les résultats les plus fâcheux sur certains malades déjà aigris. É

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