‹ Nos chambres hautes [microforme]Chapitre 30 sur 61 · ÉD I · texte numérisé non relu

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prend pas, par exemple, comment, dans les pays longtemps soumis à la monarchie absolue, l'on procède, dans la famille ou dans la municipalité, par voie d'autorité.

ën plein gouvernement démocratique, l’on constate que la famille, comme la municipalité, sont toutes imprégnées des idées de Liberté excessive.

Tout le monde sait, par exemple, jusqu’à quel point, aux Etats-Unis, l'autorité paternelle et Pautorité maritale ont peu d'empire. Très-souvent, dès l’âge de dix ans, l'enfant est déjà émancipé et décide, en dernier ressort, de son avenir. Il prononce sur le genre d'éducation qu'il entend recevoir, choisit lui-mème le pensionnat où ilira faire ses études, quand il a décidé d'en faire. Il a même quelquefois, à un âge aussi tendre, la disposition de ses revenus.

Nous avons nous-mêmes, en Canada, subi, grâce à nos relations journalières avec les Etats-Unis, l'influence pernicieuse de cette désorganisation de la famille et de cet affaiblissement de autorité paternelle.

Dès que la jeunesse s'affranchit de cette autorité et s’accoutume à substituer, au jugement et à l'expérience du père, son irréflexion et les entrainements de la jeunesse ou même les dictées de son imagination ou de ses passions, elle se livre au luxe, à lirréligion, à la débauche, et consume, dans une vie stérile, les forces vives dont la nature l'avait enrichie pour lui permettre de remplir sa mission dans la société.

Voilà pour la famille.

Quant à la société, l’on sait que, dans la politique, les entrainements irréfléchis, les préjugés, les mauvaises passions exercent surtout leur empire sur la jeunesse et les classes inférieures. Non qu’elles soient plus mauvaises que les classes supérieures ; au Contraire ! mais étant moins éclairées et ayant moins d'expérience, elles sont plus accessibles aux erreurs, et il est plus facile de fomenter chez elles les mauvaises passions.

La jeunesse est susceptible de toutes les illusions, de tous les entrainements.

Et l’on sait qu'il existe, chez les classes ouvrières, une hostilité instinctive contre les classes instruites et contre les riches. Elles se persuadent facilement que ces derniers s’en-

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graissent du fruit de leurs sueurs, et que le confort, les hon. neurs, les dignités qui sont le partage des classes élevées, sont entretenus à leurs dépens. De-là une jalousie, un antagonisme, une haine sourde qui sont un des obstacles les plus sérieux au bonheur des classes inférieures elles-mêmes, et un des éléments les plus dommageables à la société.

Or, ceux qui élisent les Chambres populaires, sont le nom bre, c’est-à-dire les classes ouvrières. Et nous parlons ici des ouvriers en agriculture comme des ouvriers en industrie.

Et les agents les plus actifs qui organisent, mettent en action et dirigent le vote de ces masses, se recrutent la plupart du temps parmi la jeunesse.

Que des politiqueurs sans scrupule, que d'habiles démagogues trouvent donc leur compte à soulever tous les préjugés, toutes les passions du peuple contre les classes supérieures et les principes de l'ordre social; qu'ils trouvent moyen de créer l'illusion et i'enthousiasme chez la jeunesse, et ils pourront donner à la politique d’un pays une direction très-funeste, s’il n'y a pas là une Chambre Haute représensantant la science, la propriété, surtout l’âge et l'expérience, pour opposer une force capable d'arrêter le torrent des passions déchainées.

Ces passions, elles sont ordinairement soulevées contre toute autorité : autorité religieuse, autorité de gouvernement civil, autorité judiciaire.

Elles s’attaquent à la propriéte, an capital ; aux monuments de l’art comme aux trésors de la science !

Pour ne citer l'ex: 1ple que d'un pays et d’une époque, nous mentionnerons les de ières dévastations, par le fer et le feu, de la Commune en France, le meurtre des otages, l'abolition

des aumôneries militaires, l'amoindrissement du budget des cultes, les célèbres lois Ferry que l’on a fait voter avec enthousiasme, par une grande majorité des représentants uu peuple, et que le Sénat a rejetées, malgré sa composition, en majorité anti-catholique.

Par les Chambres Hautes, prévalent dans la société les conseils de l’âge, de l'expérience, de la science, de la vertu, des grands intérêts de l'Etat, sur ceux de la jeunesse, de

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l'inexpérience, de l'ignorance, des mauvaises passions, de l'antagonisme des classes de la société.

L'existence des Chambres Hautes est enfin une des consequences du droit de propriété ; principe qu’elle tend à fortifier et à défendre dans la société.

Le droit de propriété découle de la nature de l’homme et de sa condition sociale.

Nous avons dit déjà comment la diversité de talents et de facultés devait inévitablement produire l'accumulation de la propriété, dans les mains de certaines familles.

Or, la propriété porte fa plus grande partie des charges de l'Etat ; et elle est sans-cesse en butte non-seulement à la tendance qui existe aujourd’hui de grever la propriété pour servir des intérêts généraux ; mais encore, elle est menacée par le communisme. Et cependant, le propriétaire n’a, dans la formation des Chambres électives, que son simple vote comme le prolétaire. La barrière la plus solide à opposer à toute entreprise indue de grever la propriété au bénéfice d'intérêts étrangers, aussi bien qu'à toute tendance au nivellement, au commurisme ou à la redistribution gratuite de la propriété, c’est bien une Chambre Haute, représentant les maîtres du sol et ayant le pouvoir de nullifier toute mesure que l'oubli du droit de propriété, l’effervescence populaire ou l'esprit de spoliation pourraient dicter à une majorité de l'assemblée élue par le peuple.

Ces appréhensions ne soni pas seulement spéculatives. Notre âge, si fécond en expériences désastreuses, nous offre plusieurs exemples, malheureusement trop réels, du triste résultat que peuvent produire les aberrations populaires. I ne faut que jeter un coup d'œil du coté de la France, pour voir là le communisme, après avoir fait école, mettre ses théories en pratique.

Lorsque, il n’y a guère que quelques Cécades, Fourrier, St. Simon, Cabet, Enfantin, etc, énonçaient en France, leurs théories communistes, on en riait alors comme de théories philosophiques inoffensives. Aujourd’hui, l’on voit quels résultats désastreux elles produisent dans toute l'Europe.

D'ailleurs, il n’y a pas très longtemps que, dens notre pays même, lors de l'abolition de la tenure seigneurie, le droit de

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propriété était audacieusement nié. Et encore aujourd’hui, certains biens immeubles et certains capitaux, fruits d’une spoliation indigne, ne sont-ils pas retenus, par le Gouvernement de cette Province, au mépris de la justice et du droit ?

Ici comme ailleurs, le principe du droit de propriété ne saurait donc être entouré de trop de sollicitude.

Nous étions donc bien fondé à dire, en commençant, que décréter l’abolition de nos Chambres Hautes, c'était : altérér le caractère de nos instilutions canadiennes de manière à leur donner le cachet d'une démocratie populacière.

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