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LES CHAMBRES HAUTES SONT NÉES DES BESOINS DE LA SOCIÉTÉ

Car, s’il est vrai que les intérêts immédiats des classes inf6rieures peuvent, presque tor jours, être protégés par les classes supérieures, lorsqu'elles ont assez de vertu pour le faire, ou qu'en le faisant elles servent leurs propres intérêts, vu que les classes supérieures ont, généralement, assez de science et de lumières pour connaître tous les besoins de Ja nation et apprécier judicieusement les intérêts généraux du pays, il n’en est pas de même des intérêts que représentent les classes supérieures, ou des intérêts majeurs d’une nation.

Comment voudrait-on, par exemple, que les artisans, les laboureurs, les simples commerçants, (1) entreprissent de protéger efficacement la haute éducation, les sciences, le corps des lois d’un pays, le haut commerce même ? Comment pourraient-ils donner une direction saine à la législation, à la

(1) Natureïiement, cette remarque est d’une application générale. D'ordinaire, ces classes n’ont reçu qu'une instruction très-superficielle, quand elles en ont reçu. Nous ne parlons pas ici de ceux à qui une éducation supérieure et de talents remarquables permettent d'occuper les premières

positions de l'Etat. Ceux-l2 sont les hommes politiques les plus précieux. De fait, ils appartiennent à l'aristocratie du savoir et de l'intelligence.

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jurisprudence, contrôler avec intelligence l'administration de la justice, le service civil, ete. ? Comment décideraientils judicieusement de lopportunité d'exécuter les grandes amé. liora‘ions publiques, telles que canaux, chen.ins de fer, ete. ? Comment jugeraient-ils de l’ojportunité des traités, et pourraient-ils entretenir, avec avantage, des relations diplomatiques et commerciales avec les pays étrangers ?

N'est-il pas de la dernière évidence que, sans le contrepoids des Chambres Hautes, une majorité inexpérimentée de l'as semblée populaire peut, à la légère, jeter le pays dans des entreprises imprudentes, extravagantes mûme, engager, sans nécessité, le trésor public dans l'exécution de projets populaires, mais ruineux, et compromettre ainsi, pour toujours, la fortune publique ?

Naturellement, les classes inférieures peuvent bic. elire et de fait élisent bien souvent des hommes supérieurs, à la hauteur de ces importantes fonctions. Mais elles pourront bien aussi, au moment le plus critique, leur préférer un politiqueur habile et audacieux, comme la chose s’est répétée cent fois, en Angleterre et très-souvent même en Canada.

Le peuple est naturellement inconstant ; il écoute volontiers les beaux «isours de ceux qui noircissent la réputation des plus fidèles serviteurs des intérêts publics. Et il est arrivé de nos jours, Comme du temps ou fleurissaient les célèbres réprbliques Grecques, que le peuple se soit fatigué d'entendre proclamer les vertus et le désintéressement d'Aristide le Juste.

En Angleterre, les classes supérieures ont remédié à ces inconvénients, en restreignant excessivement, dans la pratiques les franchises électorales des classes ouvrières et en retenant le contrôle absolu d'un grand nombre de colléges électoraux

Ainsi, il était constaté, en 1867, que la Chambre des Communes existante se trouvait élue par moins de un dixième du peuple (1), et que 31 familles seulement contrôlaient, à la même époque, au delà d'un quart des élections, c’est-à-dire, disposaient, à leur gré, d'environ 165 mandats à la Chambre des Communes.

On conçoit facilement qu'avec de tels moyens de contrôle

(1) Todd Parliamentary Government in England, p. 17.

de la branche populaire, la Chambre des Lords en Angleterre tater puisse poser pour l'extrême déférence vis-à-vis les Communes, peau et ne jamais refuser directement les subsides votés par cette il dernière. acco Mais pour nous qui, en Canada, n'avons pas, heureusement, il à nous abriter derrière de telles anomalies, qui favorisons que loyalement le jeu complet de nos institutions et qui donnons cept aux droits du peuple leur entier effet, suivant l'esprit comme ver la lettre de la constitution, il pourra arriver que, sous l'empire le } de préjugés ou d’une aberration temporaire, le caprice popu- et v

laire rejette nos hommes supérieurs, pour leur préférer des médiocrités ou mème des nullités politiques.

Alors, si nos Chambres Hautes n’ont pas, comme en Angleterre, une influence directe sur ie vote de l'électeur, elles pourront au moins, ne serait-ce que par une force d'inertie précieuse en pareil cas, empêcher tout le mal que, autrement, les Communes mal constituées pourraient faire, neutraliser les efforts que ceux qui sont impuissants à édifier font généralement pour tout démolir, comme cela s’est vu, à n'y a pas un siècle, et rendre ainsi d'immenses services à la société.

—Mais dira-t-on, ‘ ce sont là des cas tout-à-fait exceptionnels. Hu Et dans les temps ordinaires, c’est-à-dire presque toujours, les un Chambres Hautes ne servent à rien ! ” tiq

--C'est toujours un peu la fable des membres et de l’es- til tomac ! Parce que les membres ne voient pas s’opérer le Me travail digestif, ils en concluent que l'estomac est un pares- æ seux qui vit aux dépens du travail des membres. Il leur fau- 8 drait la suspension du travail invisible de l'estomac pour leur bi permettre de constater le désordre qui gagnerait de suite le corps social ; et de voir que la mastication, opérée par la Cham- si bre maxillaire, est bien loin de suffire à la réduccion des ali- ! ments en un sang généreux qui entretienne la vie. (

Oh! vous qui proclamez, avec tant d’aise, l'inutilité des Chambres Hautes, n’avez-vous pas songé que votre raisonnement pouvait tout aussi bien s'appliquer aux fonctions du jugement, parmi les différentes facultés de l'intelligence ?

Que fait le jugement ? Il compare, il juge, il révise.

Il révise les conceptions de l'intelligence, afin de bien cons-

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tater si elles sont, en tout point, conformes au vrai et au beau.

Il juge les impulsions du cœur, pour voir si elles sont en accord avec les notions du bien.

Il compare les unes et les autres avec le divin archétype que Dieu a mis dans l'âme de chaque homme. Que les conceptions de l’intelugence soient justes et conçues dans la vérité ; que les im,ulsions du cœur soient nobles et bonnes : le jugement n'aura qu'à constater que le tout est bon, beau et vrai.

Il n'amendera rien, ne modifiera rien !

Et cependant, qui prétendra que, dans ce cas, le jugement aura été une faculté inutile ? Que le cœur et l’intelligence suffisaient à l’homme ?

—Eh bien! c’est là, à-peu-près, la position des Chambres Hautes. |

Pendant bien longtemps, les données de l'intelligence seront parfaites, les aspirations du cœur excellentes; et l’on sera tenté de dire que les fonctions du jugement sont une sinécure

Mais arrivera un bon jour où, par exemple Hugo, le grand Hugo ! sera pris de vertige. Alors, l'intelligence, subissant une éclipse, ne créera plus que du grotesque ou du fantastique ; et le cœur, atteint de nous ne savons quelle fièvre pestilentielle, se corrompra, et au lieu d’inspirer de ces sentiments sublimes qui élèvent l'homme au rang des anges, n'aura plus que des pulsations sensuelles, des appétits vulgaires et même dépravés, se rapprochant de l'instinct de la bête.

Et, chose infiniment regrettable ! le jugement, soit qu’il soit paralysé, soit qu’il ait complètement déménagé, ne fera plus entendre sa voix, pour juger mauvais les produits viciés du cœur et de l’intelligence.

Où pourra dire alors, de l'âme du poëte, que la Chambre Haute n’y siége plus, soit qu’elle ait pris des vacances illimitées, soit que le Législateur Suprême lait complètement abolie, pour cause d’une abstention criminelle ou de quelque grande apostasie.

Or, le malheur nous en voulant, ne pourrait-il pas en adve-

nir ainsi de nos Eonn Législative? Et ne que nos Chambre Hs

es Communes ou de notr serait.il pas utes eussent, elles

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aussi, été abolies ?

L'EXISTENCE DES CHAMBRES HAUTES : CONSÉQUENCE DES PRINCIPES QUI SONT LA BASE DE L'ORDRE SOCIAL, l'ordre SOCial, sont :

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Les fondements de mille, Pautorité, ] grandes

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repose sur ces quatre Juatre piliers de granit.

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à proclamation solennelle de l'importance de la famille dans l'état, et l'expression 14 plus haute de l'autorité paternelle.

La famille est le type Originaire de ] Comme de la société Civile. Les patriarcl Peuples, furent les Premiers prêtres et le

Dans la famille, étaient C Mais aussi les serviteurs et r était donc un petit gouvy très avancée. Chez ies

& Société religieuse 168, CeS pasteurs des S premiers Rois.

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Mille ans après, l’on retrouve, chez les Romains, le Pater familias, et, parmi les plus remarquables des pères de familles, les Pères Conscrits, formant le conseil auguste de la nation. A cause de leurs grands pouvoirs dans l'état sans doute, mais aussi à cause de la tradition qui montrait en eux la continua. tion des patriarches, pasteurs des peuples, on appelait quelque fois les pères Conscrits siégeant dans le Sénat Roi ain une assemblée de Rois.

La création des premières Chambres Hautes ne fut donc que le développement de l'autorité du père, comme chef de la famille, et par là même, ne fit que consolider de plus en plus la famille elle-même, société d'institution divine. Elles furent donc aussi la conséquence des principes sociaux posés par Dieu lui-même, en instituant la famille et l'autorité paternelle.

Elles servirent encore à consolider le principe de l'autorité dans la famille et de l'autorité dans l’état, en ce sens qu’elles furent,-de tout temps, la digue opposée au torrent des idées démocratiques, lesquelles tendent à affranchir le citoyen dans la société et l'enfant dans la famille, du joug de toute autorité.

En ce sens, elles sont donc la sauvegarde de l'autorité dans la famille, comme dans la société.

Les institutions politiques ont une influence directe sur les mœurs, les sentiments, les principes d'un peuple.

On est naturellement porté à emprunter, dans les relations ordinaires de la vie, soit dans la famille, soit dans la société, le mode d'agir usité dans les affaires politiques. Aïnsi, dans les pays constitutionnels, l’on ne peut suère se rencontrer et délibérer sur une affaire quelconque, sans que la délibération ne prenne plus ou moins le caractère d'une délibération parlementaire, Les conseils de la famille elle-même participeront pius ou moins du même caractère. Et lon conçoit difficilement qu'il en puisse être autrement. L'on ne com-

(!) 1 Rohrbacher, Hist. de l'Eglise, p. 351.

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