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DIVERSES AUTRES CAUSES DE L'AMOINDRISSEMENT DES CHAMBRES HAUTES

Loin de vouloir jeter sur les chefs toute la responsabilité de: l'état de choses que nous avons signalé, nous nous empressons d'ajouter que les Chambres hautes elles-mêmes, la pres, une portion du public, quelques députés aux Chambres basses, partagent, dans une très-grande mesure, cette responsabilité.

Les plus à blâmer sont, sans doute, les membres des Chambres hautes eux-mêmes. Parmi les devoirs qui leur incombaient, le plus impérieux, c'était celui de sauvegarder, avec un soin jaloux, cette partie de la constitution qui concerne leur propre Chambre.

L'esprit, encore plus que la lettre, devait en être scrupuleusement respecté. Dans le conflit des intérêts, dans la lutte incessante que se livraient les deux principes monarchique

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et démocratique représentés respectivement par les deux Chambres, il n’y avait pas lieu 4° fsire parade d’un désintéressement de mauvais aloi, pour concéder tout à l’élément démocratique. L'on n’a pas droit de se montrer généreux, par l'abandon de ce qui ne nous appartient pas !

Nous connaissons, aussi bien que qui que ce soit, les exigen

ces de la politique ; nous savons que le fonctionnement du

gouvernement constitutionnel, surtout dans un pays de composition hétérogène comme le nôtre, est une succession de compromis. Mais qui dit compromis dit : concessions mutuelles, et non le partage léonien dont nous avons parlé. Concédcrs aujourd'hui une portion de nos droits; soit; pourvu que demain vienne la compensation qui fasse pencher la balance de notrecôté.

En 1859, Palmerston prenait neuf de ses ministres dans les Communes et cinq seulement chez les Lords. (C'était la première fois qu’une majorité des ministres était prise aux Communes). Mais, dès 1863, s’opérait le mouvement de compensation ; et le même gouvernement n'avait plus que sept ministres aux Communes et il en avait huit Gans la Chambre des Lo:ds.

En 1866, Lord Derby prenait huit ministres aux Communes, et sept seulement dans la Chambre haute. Mais dès 1867 le même chef avait neuf de ses ministres dans cette dernière Chambre, et six seulement dans les Communes. Nous comprenons de tels compromis réciproques : nous n’admettons pas l'absorption constante des priviléges de l’une des Chambres par l’autre, sans que cette dernière ne concède jamais rien en retour.

Les membres des Chambres hautes, du Conseil aussi bien que du Sénat, ont-ils fait respecter ainsi les droits de leur Chambre ?

Non! Ils ont laissé sacrifier le priacipe de l’équilibre des pouvoirs. À eux donc les premiers à dire leur med culpd !

La presse a largement contribué à produire le résultat déplorable que nous signalons. Les journalistes sont essentiellement batailleurs et vivent surtout de cette vie d’excitation qu’entretient le théâtre animé des Chambres basses. La pluvart d’entre eux aspirent, bien légitimement sans doute, à

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prendre une place distinguée dans la politique : mais dans cette politique de luttes ardentes à laquelle ils sont habitués. Ils se destinent donc aux Communes, et contemplent d'avance, du haut de leur tribune, la place qu’ils y occuperont au prochain parlement. Le débat d'aujourd'hui, c'est celui qu'its continueront demain. Nul besoin donc de regarder ailleurs et de s'informer même de ce qui se passe au Sénat ou au Conseil, vu surtout que tous les chefs, presque tous les ministres sont ici,et que c'est ici que se joue, du moins ils le croient, le sort de la bataille au point de vue du parti. De plus, une partie de la grosse presse, de celle que copient les journaux de second ordre, vit, en grande partie, de patronage, quelque fois de patronage politique. Et les patrons sont là : ceux qui tiennent la clef du coffre comme ceux qui en forcent l'ouverture. Et souvent, le patronage se mesure sur le diapason de la louange distribuée aux patrons, et sur la qualité des rapports faits au public.

Ajoutons que, dans la province de Québec surtout, le gros des politiqueurs sans science politique, ce menu des cabaleurs et des meneurs, ceux qui savent le moins et qui crient le plus fort, conserve encore d'instinct une certaine haîne contre les Chambres hautes. Avant 1840, le Conseil se recrutait surtout parmi des hommes de race, de religion, de langues étrangères à celle des enfants du sol ; et sans tenir compte de leurs droits et de leurs légitimes aspirations, il était le foyer des antagonismes et des préjugés de race. De là une haîne bien excusable, que os démagogues libéraux se sont appliqués à perpétuer et à étendre à nos Chambres hautes actuelles. Et l’on ne songe pas qu'il y à un abîime entre cette Chambre oligarchique du commencement du siècle et nos Chambres hates actuelles, nommées par des gouvernements de notre choix, composées de nos meilleurs patriotes.

Cela ressemble un peu à cette haîne instinctive dont certains fils de la verte Erin poursuivent, sur ce continent, le parti conservateur, sans songer qu’il ÿ à un océan entre ce dernier et le parti conservateur anglais avec lequel ils ont eu maille à partir dans le Royaume-Uni.

S'ensuit-il que le pays soit hostile aux Chambres hautes comme institutions politiques, et que les Canadiens aspirent à

dépasser tous les autres peuples en excès démocratiques ? Il n'y a rien de cela ! Les griefs contre l’ancien Conseil, habilenent exploités par des hormes doués des talents de l'homme d'Etat, mais qui ont préféré se faire figarotiers ou pierrots, pour capter la popularité, ont tenu, en certains quartiers, nos Chambres hautes en défaveur, bien que la masse de la population, les citoyens &. votent, ceux qui font la fortune publique et la force de l'Etat, les respectent et mettent leur confiance en elles. Leurs membres, pris en général, comptent certainement, chacun dans leur localité respective, parmi les hommes les plus populaires du pays ; mais quant aux Chambres hautes elles-mêmes, rien n’est plus de mode que les quolibets et le persifflage à leur adresse.

L'un de nos dignes sénateurs, journaliste, mais railleur avant tout, s'est même fait une spécialité de ses diatribes à l'adresse des Chambres hautes. Il n’a presque jamais parlé du Sénat, dont il fait partie, que pour le tourner en ridicule, et a toujours affecté de passer sous silence les travaux les plus importants de ce corps. Il a fait école ; et pendant quelques années, nombre de feuilles conservatrices se sont fait une gloire d’imiter les dédains de ce libéral, à l'adresse des Chambres hautes, et de copier de loin son persifflage. Quant à lui, il avait parfaitement apprécié l4 situation. Il savait ce que quelques coups d’encensoir habilement distribués pouvaient faire oublier. Durant cinq ans, apologiste de M. McKenzie et de sa politique, rempli de superbes dédains pour la politique de protection, il a ri à son aise des Chambres hautes. Et, si l’on en croit une rumeur qui semble parfaitement accréditée, cela ne l’a pas empêché de se voir, le seul de tous les sénateurs de la Province de Québec, remarqué par les chefs conservateurs, et d’être aujourd’hui, en Europe, l’apôtre de la politique nationale ! Certes ! il n’en faudrait pas plus pour montrer combien large est le cœur des chefs conservateurs et sur quelle grande échelle ils pratiquent les sublimes enseignements du christianisme, puisqu'il wa fallu qu’un soupir pour obtenir le pardon de ce larron péniten: !

Autre cause :

Il existe, parmi ceux qui occupent, dans la politique, une position marquante, et qui exercent une influence sur les évé-

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nements, un certain nombre de députés, qui ne se soucient nullement des principes et ne veulent faire aucun cas des questions sociales. De nos institutions, ils ne respectent que ce qu’il faut respecter pour flatter le peuple. Ils se contentent de faire de la politique au jour le jour, de satisfaire au besoin du moment. Il s’agit de rester au pouvoir ou d'y monter. Tout est là. Pour atteindre ce but, faut-il flatter tel ou tel préjugé, caresser telle ou telle erreur ? On le fait, si l'erreur ou le pré jugé assurent le succès d'aujourd'hui.

Mais ce préjugé, il va grossir et sera incontrôlable dans dix ans! Mais dans dix ans, cette erreur aura étendu des ramifications puissantes et acquis une force terrible!

—Qu'importe ? Bien sot est celui qui s’amuse à se préoccuper de ce qui arrivera dans dix ans, lorsqu'il pevt se procurer aujourd'hui le bonheur avec le succès : Durant dix ans, l’on acquiert assez de puissance pour se moquer alors de ceux qui auront souffert de nos défaillances d'aujourd'hui.

D'ici à dix ans!

‘“ Le roi, l'âne ou moi nous mourrons”’! (Lafontaine).

Soyons orateur, soyons ministre ; et avec les bénéfices journaliers de notre apostasie, au moyen d’un job, d’un /oop-line quelconque, on saura bien, à la barbe des gens de principes, effacer le souvenir de nos lâchetés ou de nos compromis.

Tous ne poussent pas aussi loin le cynisme dans la théorie; mais beaucoup le pratiquent. Exemple :

Il s’agit, pour Mardochée, de se caser à tout prix, et Mardochée aime les bons coins et les forts émoluments. Or, toutes les charges de l'Etat sont remplies, et par des titulaires ayant tous des capacités et des droits bi£u supérieurs à ceu= äe Mardochée. Tout autre eut vu là l'impossibilité d’2rriver de suite aux hautes charges. Il n’en est pas ainsi de Mardoclée. Il faut qu'il se case. De ces charges, une proportion est assignée aux Chambres hautes, une autre aux Chambres basses. Le principe est là qui veut que, pour le prestige de chacune des deux Chambres, il leur faille leur part. Le principe fondamental de la constitution veut l'équilibre parfait entre les deux Chambres.

Eh bien, le principe a tort ! Car, il faut bien que Mardochée:

se case.

Au principe, Mardochée opposera un autre priacipe :

Il sait que déjà la force prépondérante est ans la Chambre basse. Il flattera donc le pouvoir le plus fort et il posera en principe : Que dans un pays comme le notre, un pays où il n’y à pas d’aristocratie, tout appartient au peuple, et que tous les portefeuilles appartiennent aux députés du peuplé. Et s’il

-daigne concéder au Conseil un seul ministre pour y jouer le

rôle de Maitre Jacques, c'est par bonté de cœur !

Mais comme, toutes choses égales d’ailleurs, un principe n'est pas plus fort qu'un autre principe, et qu’il faut à tout prix que Mardochée se case, Mardochée opposer: deux prin- -cipes ! à celui de l'équilibre parfait des trois pouvoirs :

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