ARRIÈRE LES HOMMES ! PLACE AUX PRINCIPES
On voudra bien ne pas interpréter dans le sens d’une censure de la conduit’; des chefs conservaieurs, les réflexions qui précèdent, concernant la position faite à nos Chambres hautes fédérale et locale.
Il est de fait qu'un homme d'état, appelé à former une administration, est obligé de prendre la situation telle que la lui font les circonstances, et les sentiments du monde poi.tique où il se trouve.
Plus que partout ailleurs, il y a, dans le gouvernement des peuples, des forces majeures devant lesquelles l’homme placé à la tête d'un ministère se voit quelquefois obligé de plier. Ces forces majeures, elles procèdent, la plupart du temps, de l’ignorance, du défaut de principes, des exigences déraisonns les de ceux qui sont censés tenir le frein de cette puissance redc1:
table, irrésistible : la volonté du peuple.
Il arrive même souvent que ces prétendus tribuns, qui sont censés commander aux flots populaires, n’ont aucune influence quelconque, et que toute leur force consiste dans les pom-
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peuses fanfaronnades avec lesquelles ils savent tromper les chefs.
Elle est donc bien sage, la règle qui veut : que le chef politique, chargé de former un gouvernement, soit laissé libre de toute pression, de toute intrigue. C’est à lui à mander spontanément ceux que les services passés, l’âge, l'expérience, une parfaite intelligence de la situation, rendent aptes à l’éclairer, dans le cas où il ne serait pas, lui-même, parfaitement r2nseigné sur les hommes, les circonstances, les besoins et Les aspirations du pays.
Or, pourquoi, en certains cas, les droits des Chambres hautes ont-ils été méconnus ? Cest parce qu'une pression indue, irrésistible quelquefois, a été exercée, pour faire passer les intérêts personnels avant ceux de l'Etat. C’est que, peutêtre, ds membres des Chambres hautes eux-mêmes, en faisant valoir des intérêts privés, ont fait perîre de vue l'intérêt de l'Etat.
Qu'une opinion publique saine, éclairée, indépendante dise donc à tous, quelque légitimes que paraissent les aspirations äâe chacun : Arrière les hommes ! place aux principes ! Arrière, les personnalités ambitieuses ! Arrière ! surtout, ces nullités besogneuses qui s’imaginent que l'intrigue, sans une étude profonde des questions sociales et des ‘besoins de la nation, peut faire des hommes d'Etat !
Il ne faut donc pas toujours tenir les chefs responsables de certains mécomptes. Il y aurait, quelquefois, injustice à le faire.
Certes ! le drapeau conservateur est, aujourd’hui, vaillamment et noblement porté !
Nos chefs fédéraux et locaux sont de nobles caractères, des hommes de cœur et d'intelligence ; et nos destinées ne pour-
aient être confiées à de plus habiles mains.
Mais cela même ne les dispense pas de consulter, sans-cesse, l'esprit de la constitution. Cela ne justifie pas l’amoindrissement, sans exemple, de celles de nos institutions qu’il nous importe le plus, comme conservateurs et comme canadiens, de maintenir dans toute leur rorce et leur efficacité.
Sur les hauteurs du pouvoir, au milieu de ce chassé-croisé
des ambitions personnelles, au sein de cet atmosphère d’in-
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trigues à-travers lequel Je soleil de la vérité a tant de peine à “pénétrer, l’on s’explique que les chefs ne puissent pas toujours juger de l'effet de tous les mouvements stratégiques ordonnés par eux, ou à ex imposés par leurs lieutenants.
Serait-ce une raison pour que nous qui sommes dans la plaine, qui voyons de près les résultats déplorables d’une manœuvre irréfléchie, qui touchons du doigt les points faibles, nous qui habitons même la plus importante des redoutes placées au poste avancé, nous qui voyons que cette redoute, destinée à commander une position importante, est affaiblie, délaissée même, rous devions nous abstenir de jeter le cri d'alarme, de peur de troubler la quiétude des chefs et cette sécurité parfaite où ils sont, touchant l'issue de la bataille ? Nous croyons que non !
Or, les Chambres hautes sont cette redoute. Elles commandent le point stratégique ie plus important, celui des prin cipes conservateurs. De leur force, de leur conservation dans un état de ravitaillement qui les rendent efficace, dépend l'issue de la lutte.
Cette lutte, c’est le grand combat social qui se livre aujourd'hui, par tout le monde, en Canada comme ailleurs, aut ur des institutions qui sont la vie des sociétés.