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LES ENNEMIS DU CONSEIL LÉGISLATIF

Les ennemis du Conseil sont nombreux ; et nous les retrouvons un peu partout :

Ils se recrutent surtout dans les rangs des libéraux avancés. En cela, rien d'étonnant : ces libéraux sont conséquents avec leurs principes. Pour eux, le Conseil est tout simplement une forteresse qu’à tout prix il faut raser.

Aux libéraux avancés se joignent, sur cette question, le groupe des fanatiques anti-catholiques et anti-français, qui ,par instinct, sont hostiles à toute institution ayant l’effet de protéger notre nationalité. Cela ne doit guère surprendre ; il n’y a

là rien que d’assez naturel.

“ liaments and the establishment of ‘“ a strong federal or central govern- “ment. The provincial parliaments “are a great disadvantage at pre- ‘“ sent. They cannot regulate any ‘“ questions of vital commercial in- “terest, such as railroad matters, “ which are legislated by the Domin- ‘“jon Government. The consequence “ is that the country spends an enor- ‘mous sum annually to support “ their sessions, which are of no ‘ practical benefit. In fact, their ac- “tion only serve to handicap and ‘“embarrass the real government.

“This will probably be made the ‘“ principal issue during the next “ session of Parliament. My views ‘“ on this subject I am sure are con- “ curred in by the majority of Cana- ‘“ dians who are at all acquainted « with the evils of the present sys- “tem. The question of annexation “js always coupled with this im- “ provement, although I do not see « why.”

Il faut bien en prendre notre

‘“ parlements provinciaux, et d’éta- ‘“ blir un fort gouvernement fédéral “ou central. Les parlements pro- ‘“ vinciaux sont d’un grand désa- ‘“ vantage à présent. Ils ne peuvent ‘“ régler aucune question d'un intérêt ‘“ vital pour le commerce, telles que ‘ les matières concernant les chemins “ de fer, sur lesquelies le gouverne- ‘“ ment de la puissance a seul le droit ‘“ de légiférer. Il en résulte que le ‘pays dépense annuellement des ‘“ sommes énormes, pour payer les ‘ frais de leurs sessions, ce qui n’est ‘“ d'aucun avantage pratique. De ‘“ fait, leur action ne sert qu’à emme- ‘ notter et embarasser le seul vrai ‘ gouvernement. Cette question fera ‘ probablement l’objet principal de “ Ja lutte, durant la prochaine ses- ‘“ sion du parlement. Mes vues sur ce ‘“ sujet sont, j'ensuis sûr, partagées ‘“ par la majorité des canadiens qui ‘“ sont quelque peu au fait des maux ‘résultant du système actuel. La “ question d’annexion est toujours ‘“ mêlée avec celle de cette améliora- ‘“ tion dans notre système politique, “ bien que je ne puisse comprendre ‘“ pour quelle raison.”

Ce bon Monsieur Ross ! qui ne comprend pas comment le fait d’abolir la charte de leurs droits, et de ravir le contrôle de leurs affaires religieuses et nationales à un million de loyaux sujets de Sa Majesté, puisse les pous-

ser à l'annexion !!!

parti: La francophobie est au fonds de presque tous les désordres économiques de notre pays et de tous nos mécomptes sociaux et politiques. :

Mais ce qui nous surprend bien davantage, c’est de compter, au nombre des ennemis du Conseil, de ces libéraux modérés, ou libéraux constitutionnels de race anglaise ou française, qui se donnent comme les admirateurs passionnés de la constitution anglaise et qui en demandent partout et toujours l’application.

Enfin, à notre grand étonnement, nous retrouvons, dans les rangs des abolitionnistes, des conservateurs ! des hommes, qui se disent conservateurs de principes ! des disciples enthousiastes de Lafontaine, de Baldwin et de Cartier !

Pour les libéraux avancés, tout élément conservateur doit être banni des sociétés. Et lorsque l'on se rappelle que les chambres hautes sont, et ont toujours été, dans tous les pays, comme le boulevard des principes conservateurs ; lorsque l’on considère que, d'après les principes sains de gouvernement, ces chambres doivent être le rampart de l’ordre social, la garantie de stabilité des institutions nationales, la défense du droit, la sauvegarde de la religion, il ne faut pas s’étonner que les ennemis systématiques du droit, de la religion et de l’ordre, les adversaires de toute institution nationale, soient hostiles aux chambres hautes. - Les principes de ces gens-là sont les dissolvants inévitables de toute force nationale, religieuse et sociale.

Il ne faut donc pas être surpris de les trouver toujours, le marteau du démolisseur à la main, au pied de tes forteresses, travaillant sans cesse à en miner les fondements.

Rien d'aussi grave, sans doute, ne préoccupe l'esprit de la plupart des abolitionifistes. Les uns, ne comprenant rien au jeu des institutions constitutionnelles, n’y voient que du feu. On suit le drapeau du parti, sans savoir où ilva. Les chefs crient à bas le Conseil ! et l’on répète : à bas le Conseil ! Les autres n’y voient qu’une question d'argent ; des places qui ne sont pas en la possession des amis. Pour eux, décréter l’abolition du Conseil, c’est détruire vingt-quatre maigres sinécures, tout-à-fait inutiles à la province, et dont les titulaires actuels, hommes d'un mérite plus que médiocre, sont indignes de tous

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égards, surtout depuis qu’ils ont chassé Monsieur Joly du pouvoir.

D'autres accordent bien une certaine importance au Conseil ÿ mais habitués qu’ils sont à peser les intérêts publics au poids de leur intérêt privé, il leur parait évident qu'il faille sacrifier le Conseil au préjugé populaire, afin de- soigner par ce moyen leur propre popularité. Pour eux, taute politique consiste à suivre le préjugé en le flattant, au lieu de travailler à former une opinion saine en réagissant contre le préjugé.

Quant à ce groupe de francophobes qui se glorifie d’être, au sein du Canada, un éternel brandon de discorde, il réclame à grands cris l'abolition du Conseil, non parce qu’il est opposé. au principe des chambres hautes, ni même parce qu’il perd de vue l’apropos de l'existence du Conseil, mais parce qu’il voit, dans l'abolition de ce corps, un progrès vers l’union législative ; et dans l’union législative, non pas une amélioration sur le système actuel, dans le sens d’une meilleure administration de nos affaires, mais seulement l’un des moyens les plus sûrs d'en finir avec la langue et la nationalité des canadiensfrançais.

Ces mêmes hommes.furent, dès l’origine, les ennemis acharnés de la constitution octroyée aux provinces, par l’Acté de l'Amérique Britannique du Nord. Du premier coup-d’œil, ils virent bien que la position faite par cet acte, à l’élément français, était inexpugnable. Ils virent qu’il ne leur restait, à euxmêmes, aucun prétexte de se plaindre, vu surtout que l'établissement d’une chambre haute, réclamée par les hommes d'Etat de leur race, allait être, pour leurs intérêts religieux el nationaux, un surcroit de garantie. Ils comprirent donc, que tant que la Province de Québec voudrait conserver sa nationalité, ses institutions, ce cachet propre qui en fait une nation distincte dans la nation. elle était libre de le faire.

En prirent-ils leur parti de bonne grâce, et sans arrière-pensée ? Oh ! non ! Ilsconnaissaient nos points faibles. Ils savaient que, grâce à nos divisions intestines, nous présenterions toujours un côté vulnérable ; que, soit par esprit de parti, jalousie ou ambition personnelle, soit par défaut d'intelligence de la position politique qui venait de nous être faite, nos doctrinairés libéraux et même quelques conservateurs, ne tarderaient

pas à porter une main sacrilége sur cette sauvegarde de nos droits. Ce que toute la puissance de l'Angleterre n'avait pu réaliser ; ce que la tenacité persévérante des anglo-saxons avait tenté vainement durant un siècle, ils ne désespérèrent pas de le voir accomplir par quelques-uns des nôtres. Ils ne renoncèrent donc pas un instant à leur œuvre favorite d’anihilation de tout ce qui est français. Et bientôt, les nôtres commencèrent à leur donner raison. Aussi, chaque fois qu'ils voient, chez nous, quelque dévoyé travailler directement à la destruction de notre constitution provinciale, comme dans le cas actuel, c’est avec délices qu’ils se joignent à eux pour leur prêter main-forte. Encore une fois, leur action n’a rien que de naturel !

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