ABOLITION DU DOUBLE MANDAT. À
Nous avons dit de quelle sollicitude nos principaux hommes M dÉ’tat Québecquois entourèrent, à son origine, cette précieuse M organisation de notre gouvernement local ; et avec quel patriotisme ils formèrent, autour de cette constitution naissante, des rangs serrés que l'ennemi n’eut jamais pu pénétrer.
Mais fidèles à leur rôle dissolvant, nos libéraux commencè- M rent de suite à briser ces rangs. Avant même les premières M élections sous l'empire du nouveau régime, ils portèrent une M première atteinte à la nouvelle constitution, en soulevant de M suite le cri d’abolition du double mandat. 4
Cette manœuvre, habile au point de vue des luttes de parti, M en ce que les députés conservateurs, alors maîtres de la grande
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) majorité des comtés de la Province de Québec, allaient, dans M Ê bien des cas, en optant pour une chambre, laisser la porte de i \ l'autre chambre ouverte à leurs anciens adversaires libéraux, M | était des plus préjudiciables aux vrais intérêts de la province, 1 ul ! et portait un coup fatal au prestige des législatures locales. i È :} C'était commencer à préparer l'exclusion, de ces législatures, M
de presque tous les hommes supérieurs que leurs capacités, M leur grande expérience politique, désignaient naturellement comme devant être chargés de nos intérêts dans la légisiature fédérale.
Cette doctrine d’abolition du double mandat fut, de suite,
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répudiée par la Province qui donna, presque partout, le doubie mandat aux anciens députés, soit conservateurs, soit libéraux, qui l'avaient sollicité.
ais l'ambition personnelle de quelques conservateurs leur fit prêter main-forte aux libéraux sur ce point. Méconnaissant la valeur du principe qu'ils trahissaient, ils n'hésitèrent point à porter atteinte à la constitution, pour se donner une raison plausible d'ôter l'un des deux mandats à l'ancien député. # Nous voulons bien ”, disaient-ils, ‘ reconnaître les qualifications supérieures de nos aînés, et leur droit à la confiance des électeurs ; mais nous sommes, en principe, contre le double mandat!” C'était une manière si commode de combattre un ami politique, sans encourir la disgrâce de son parti !
Nous sommes d'opinion que ce fut alors une faute regrettable, de la part de quelques-uns des chefs conservateurs, que de céder sur ce point et de sacrifier le double mandat. Avant son abolition, il avait cependant eu le temps d'assurer, à notre province, quelques-uns de ces résultats qui seuls étaient suffisants pour témoigner de l’excellence du principe ; tels que, par exemple, le règlement de la dette laissée aux provinces d'Ontario et de Québec et son assomption par le gouvernement fédéral; règlement qui, d’après l'opinion de la plupart de nos hommes d'Etat d'alors, n’eut pas eu lieu, du moins sur des bases aussi avantageuses, ou du moins n’eut pas été accompli aussi promptement, si la plupart des ministres locaux n’eussent pas été en même temps les représentants les plus distingués de notre Province dans la législature fédérale.
L'on a, dans le temps, couvert cette politique d’abolition du spécieux prétexte de rendre nos législatures locales plus indépendantes du pouvoir fédéral. Or, les événéments qui suivirent, notamment le fameux drame Letellier-Joly, sont venus bien vite donner à ces prétentions le plus sanglant démenti.
Sans retirer aucun avantage quelconque de cette abolition, nous avons inutilement multiplié les carrières politiques, tout en en diminuant sens:blement les avantages, bien qu’elles fussent déjà bien ingrates ; et nous avons, tout gratuitement, privé nos législatures provinciales et même notre législature fédérale, du bénéfice de l’expérience, de l’'habilité et du patriotisme de nos meilleurs hommes politiques. Aussi, certains LE