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CHAPITRE PREMIER

1£S ORIGIItTES DE LA POPULATION

Hfos colonies peuvent se répartir en deux gtotipes r '

Celles qui ne possèdent qu'une population enropéennè tre^ clairsemée, sédentaire ou passagèrement établie dans les villes, et qui, tout à côté de ^la civilisation métropolitaine, conservent la civilisation des races autochtones, comme le Sénégal, Pondichéry, TAnnam, etc. ;

Celles qui ont acquis, après une élimination des races autochtones, iine population spéciale, sans doute composée d'éléments ethniques très dissemblables, mais rendue homogène par son adaptation plug ou moins parfaito à la civilisiatidû métropolitaine, comme la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion (île Bourbon).

A ces derûières (qtli comprenaient autrefois Ja Louisiane, Saint-Domingue, Maurice, etc*),

on réserve plu^ particulièrement le nom général

de Pays créoles (de Tespagnol criollos, expression

servant à désigner tout d'abord les descendants

I des Européens établis dans les contrées améri-

'[ câines, aujourd'hui étendue aux sujets de toutes

races, issus de parents nés oux-mêmes dans les

! anciennes colonies intertropicales)*.

Dans ces pays, encore pleins des traditions de la vieille France, plusieurs races ont vécu ou continuent à vivre, distinctes ou mélangées :

Des blancs^ venus d'Europe : ils appartiennent à peu près exclusivement à la race française * et descendent des premiers colons ou des émigrés, qiii, à diverses époques, ont petssé dans les îles ;

Des noirsy provenant des esclaves que la traite arrachait en masse aux royaumes africains,

* M. Erigar La Selve fait dériver le mot créole, criollo, du verbe espagnol criar, élever» ou du substantif cHado, élève, domestique, « parce que les créoles étaient en eflfet élevés var les Européens qui les avaient eus des femmes indigènes ». j/origine étymologique peut être vraie, mais l'explication est trop exclusivement limitée aux produits métis.

* Aux petites Antilles, il y a eu, dans les premiers temps, comme une sorte de brassage d'éléments ethniques très divers, espagnols et français, anglais et hollandais, etc. Après les i^randes luttes du xvii* et du xvni* siècles et celles du commencement du xix", ces éléments se sont condensés chacun dans dos colonies propres. On rencontre au milieu dos populations blanches et métisses, d'assez nombreuses traces de sémites; plus d'un nom créole traduit une origine judaïque. Quelques Juifs ont joué, d'ailleurs, un rôle considérable, dans notre histoire coloniale. Au xvii* siècle, un d'Acosta faillit devenir acquéreur de tpHtes les habitations importantes de la Martinique et fut expulsé par la compagnie, jalouse de sa fortune. Au xvnr, un Isaac est compromis dans l'immense tripotage fmancier, qui aboutit à la faillite du jésuite Lavalette, etc.

pour les déverser sur les terres de grandes cul- "fures (canne à sucre, café, plantes à épices, etc.) 'çt des engagés xjui plus tard remplacèrent les esclaves ;

Des mulâtres, produits des croisements irréguliers des blancs et des noirs, qui, de bonne heure, formèrent une classe intermédiaire, libre, sans aucun des droits sociaux attachés à Tétat de liberté ;

Des coolies maderiens, chinois et indous :

ces derniers seuls, en raison de leur nombre, mériteront une mention particulière.

Quant aux indigènes américains^ ils ne comptent plus, ni à la Guyane, où ils sont refoulés loin des côtes, ni aux Antilles, où ils sont réduits à des noyaux insignifiants. Ges indigènes appartiennent au rameau sud-américain des Toupis-Guaranis. Ils formaient autrefois deux branches ou nations, animées Tune contre l'autre d'une incompréhensible haine, malgré la communauté probable de leur origine, les Araouaks ou Arrouagues (mangeurs de farine), mélangés, dans les Grandes-Antilles, à des tribus venues de TAmérique centrale et de l'Amérique du Nord, aujourd'hui confinés en quelques petits territoires des Guyanes anglaise et hollandaise; et les Galibis ou Caraïbes {Cariais, canibis, guerriers, d'où les Européens ont tiré le nom de cannibales, après avoir reconnu les habitudes anthropophagiques de ces peuplades), les an-

ciens maîtres des petites Antilles, maintenant presque éteints dans cet archipel % mais comprenant encore des groupements épars et misérables dans la vallée de TOrénoque et sur les bords de rOyapok.

Le créole blanc. — On sait comment TAmérique a été conquise aux civilisations de l'Europe ! Ses races ont disparu ou ont fui devant Finvasion brutale d'aventuriers sans foi, ni loi, puis devant les invasions successives, réglées par rintéfêt des .grandes compagnies ou des Etats maritimes, d'une population qui se recrutait parmi les vagabonds des villes, les déclassés à bout de ressources, les cadets sans fortune et les filles d'hôpital. Lorsque, plus tard, les émigrés eurent acquis un meilleur vernis social, quand les premiers occupants se furent organisés pour

* A la Dominique, il existe un hameau de 150 Caraïbes, qui, s'ils n'ont guère conservé leur pureté anthropolojîique, ont gardé certcunes traditions de leurs at:cAtres et même leur langage. A la Guadeloupe, il n'est pas impossible (ju'une fraction de la population du Morne-rouge^ qui vit exclusivement de la pêch«, descende des Indiens rouges. (mor/ie ne saurait être ici qu'une corruption de moune ou monde, gens, dans une localité sans collines, et l'épithète de rouge s'appliquait aux Américains, surtout aux Caraïbes, teints avec lerocou); et quelques familles, tout à fait créolisées, fières cependant de leur origine, occupent à l'Anse-Bertrand une bande littorale, concédée à leurs ancêtres par l'administration. J'ai eu entre les mains une touchante supplique de ces pauvres débris d'une vaillante race, indignement spoliés par un riche propriétaire (1883). J'y relève cette déclaration bien documentaire ;

« ... Monsieur le directeur (de l'Intérieur), depuis le xviii* siè-

LES ORIGINES DE LA POPULATION It

rexploîtatiôn des terres volées aux indigènes, on n'admit plus au partage que des Enrjacjés de race française, obligés à un véritable travail d'esclave, à\atnt d'être élevés jusqu'au rang de citoyens. Voilà, sauf quelques exceptions, la souche ancestrale des blancs créoles : elle fut grossière, mais aussi vigoureuse, et ses rejetons, pour avoir une origine très modeste, n'en sont pas moins devenus de beaux et bons éléments de population coloniale *.

de, lorsque les Caraïbes disparurent, lorsqu'étant venus fonder des colonies aux îles du Vent, les Français, h^s Anglais et les Hollandais, il y avait pourtant un parti des Caraïbes (|iii s'étaient mis d'accord avec le j,''()uvernenient français, qui ont suivis et obéis aux lois de cette puissance, qui ont toujours consfrvé leurs indépendances, bien qu'ils étaient illétrés et sié<?eant à l'Anse- Bertrand, hameau ou habitation qui porte leurs noms, Caraïbes ; dont nous sommes bien descendants, et bon?. Franrais do toute nature. Nous travaillons pécuniairement pour ('lever nos enfants sur ces mêmes terres qui nous ap['artienn('nt, il nous semble, il y a bien des années, et que personne ne nous ayant cherché aucune chicane. Nous sommes à plusioiirs, bien différentes familles, mais nous possédons toujours le titre de Caraïbes, nous travaillons eu paix et tranquillité... Nous avons le droit sur 200 hectares de terres... » Les sij^natairfs portent tous des noms créoles : « Segcor Centrant et famille, Veuve Méraul Deschamps, Sei^cor Chrisostome et fille, Alexis Sainte- Aimé, Dunoy« Auguste, Madame Joseph, François Adrien, Dame Durtoyer née iSefçcor, Dunoyer Elodie, Dunoyer Saint-Jean, P«- Monlouîs Deschanips, T. Joseph Deschamps, Se<;('or Justine, Desnoyer Claris, Emmanuel Deschamps dite Clairville. »

* Les Espagnols, après les entraînements de la coiuniête, apportèrent un soin méticuleux dans le recrutement (les rx'rsonnes destinées à former leurs établissements. Pour être lutorisé à se rendre au Mexique ou à Cuba, il fallait faire [)r('iiv«i de moralité et de catholicisme, avoir de solides recommauda'ions à la cour. Notre gouvernement aurait-il reconnu queUiue avantage sérieux à ce système d'exclusivisme? Au mois de novembre 1888, dans une commune de basse Bretagne, un jeune homme d'excellente famille, intelligent et en possession de quelques capitaux, sollicita un passage gratuit pour le Tonkin. Le ministère auquel il s'adiessa, ayant pris dos informations

A la Guyane^ les premiers colons sont des Normands. Deux convois partis de Rouen sont enlevés par les privations et les maladies, au milieu des Indiens, dont ils ont dédaigné le concours et Falliance. En 1635, une compagnie marchande essaie de s'installer, avec privilège de Richelieu, et, en 1643, sous l'impulsion d'une nouvelle compagnie, la colonie reçoit 300 engagés. Elle eût pu dès lors prendre un heureux développement, sans la sottise et la cruauté de Poncet de Brétigny, qui éloigne les Indiens, en les forçant à choisir entre l'esclavage ou la mort, et même les blancs, exaspérés par ses rigueurs et réduits à accompagner les Indiens dans les bois. D'autres convois sont nécessaires. Mais, quelles que soient les compagnies qui se succèdent, l'incurie, plus que le climat, les décime à leur arrivée (à Kourou, en 1764, plusieurs milliers d'engagés se fondent au bout de quelques mois, manquant d'abris, de vêtements et même de vivres !) Viennent les mauvais jours de la Convention et du Directoire : les vengeances politiques jettent à Sinnamary plus de 300 proscrits, dont la moitié meurent bientôt de misère. Puis le calme se fait. Mais déjà la situation est si compromise qu'elle ne laisse guère entrevoir de remède. Cependant des Européens ont réussi

sur son compte, non pas auprès du maire (un conservateur!) — mais auprès d'un simple citoyen, fervent opportuniste^ écarta la demande : le signataire était un honnête hommd, mais un tiède républicain.

à prendre racine sur le sol de la Guyane et des familles créoles à s'y constituer. Ces éléments trop rares sont comme noyés dans une population de couleur elle-même insuffisante. La transportât! on n'a ^uère augmenté le nombre des travailleurs utiles. Une colonie, qui aurait pu devenir un des plus beaux fleurons de notre empire d'outre-mer, végète (tristement, sous la tutelle d'une administration apathique.

Aux Antilles, des aventuriers normands, bretons^^saintûixgeois, se groupent sous la conduite de chefs élus. A Tépoque des premiers établissements réguliers, patronés par le cardinal de Richelieu, ils se répartissent en quatre catégories d'habitants :

Les boucarmrs, qui se livraient à la chasse (ils tirent leur nom du procédé qu'ils employaient pour conserver la viande des bœufs sauvages, le boucan : l'animal abattu était découpé sur place, sa chair fumée et desséchée) ;

Les flibustiers, qui couraient les mers sur de frêles embarcations, enlevant à l'abordage jusqu'aux navires de haut bord, mais se livraient trop souvent aux actes de la plus révoltante piraterie, sous le prétexte d'une guerre d'extermination contre les Espagnols (leur nom prouve l'origine tout anglaise de ces bandes d'écumeurs, il dérive de free-booters, francs-butineurs) ; # Les Colons, qui s'adonuaient à l'exploitation

du sol;

14 Nos CR.BOLES

Les Engagés^ attachés par ua coutrajt volontaire aux^ioucaaie^s e,t aux colons.

Tout ce monde ne valait pas bien cher au début* Les flibustiers étaient cens (Je sg-c et de corde, entremêlant 1^ componction et les œuvres pies ^ux bUspbçBaes et ^ux brigandg-ges. Les boucaniers, qui les regardaient c comme des scélérats », ^vec moins djç vices crapjialeux, n'avaient pas beaucoup plus de scrupule^. Les colons étaient durs, aussi impitoyables envers leurs engagés qu'envers des esclaves d'autre race, La. qualité maîtresse de ces premiers hqibitants, c'était une bravoure à toute épreuve. Au milieu de guerres continuelles, souvent abaïi(Jo^i^és,à eux-mêmes, ils ne fléchirent Jamais. Bientôt, en dépit des fatigues, malgré les calajïiités qui entraînaient pour eux les plus rigoureuses privations, ils acquirent une vigueur et une résistance peu communes. Jl leur fallait dei^ fejQames, on leur en expédia de France, e.t, bien que recrutées dans les plus basses couohes, «es misérables exilées commencèrent .à modifier les mœurs de ja façon la plus heureuse ; elles adoucirent ce que les habitudes avaient de trop brutal, tout en prenant un peu « des vertus militaires de leurs maris ». Rapidementlessociétés se policèrent*.

* Voir les Histoires ou Relations de Dutertre, Labat, Bochefoi't, etc., résumées dans la col. des voyages (Didot, 1759,# t. LXIX), et les Études historiques de J. Cornilliac.

tES Origines de la population 45

« Il y a deux sortes de familles dans les Isles, écrivait le Père Dutertre, les premières sont composées de personnes mariées ; les autres de certains garçons qui vivent eu société, qu'ils appellent matelotage aux termes du pays ; ils ont dans La ca^e égale authorité sur les serviteurs ; tout y est en commun et ils vivent en fort boiuie inteljigence. Lorsque l'un d'eux se marie, ils se séparent et l'on partage les serviteurs.., ; Thabitatiojtt est aprétiée et celuy à qui eile échoit est obligé d'en p^yer 1^ moitié à Tautre.., Toutes les meilleures familles qui sont aujourd'huy dans les Isles ont commencé comme cela : car M. d'Esnaujjbiic et après luy M. l'Olive n'y ayant mené que des engagez, quand ces pauvres gens avoient aohevé l^u^s trois ans, ils se mettoient deux ou trois ^ensemble, abattoient des bois et faisoient une habitation sur laquelle ils bastissoier>t une case, et faisoient des marchandises. Quand l'un estoit marié, il assistoit son matelot à faire une limitation ^t taschoit de luy acheter quelque engagé, afin de laider à gagner quelque chose pour acheter une femme... *.

« Au commencement que les Isles furent habiiées, chacun faisoit sa place; ceux qui venoient libres ave^c des hommes àJloient trouver le gouverneur qui leur donnoil gratuitement une place

* Car les |]ea>we&. se payaient eX elles choisissaient pour mari le plus offrant.

de bois de deux-cens pas de large sur mille pas de hauteur à défricher : il en donnoit autant à ceux qui sortoient du service, mais l!on a depuis réduit la hauteur des étages à cinq-cens pas * ». Mais déjà les esclaves noirs ont été introduits. Les engçigés blancs vivent à côté d'eux, soumis à des obligations tout aussi dures. « Les familles des gens mariés sont ordinairement composées dé trois sortes de personnes : des maistres, des serviteurs françois et des esclaves. C'est une loy inviolable et fondamentale dans les Isles, que ceux qui y passent aux dépens d'un autre, soit hommes, soit femmes, soit garçons, soit filles, sont obligez de servir trois ans, à commencer du jour qu'ils mettent pied à terre dansTisle, ceux qui ont payé leur passage. Il n'est pas besoin d'en passer de contrat, et on n'est pas moins engagé sans écriture qu'avec tous les contrats des notaires de France. Celuy qui en passe un autre n'a pas seulement le droit de s'en servir trois ans; mais le peut vendre à qui bon luy semble et celuy-ci à un autre, si bien qu'on a veu de jeunes gens françois, et souvent de bien meilleure maison que ceux qui s'en servoient, changer sept ou huit fois de maistre en trois ans. L'unique moyen de se redimer de cette servitude, c'est de trouver des amis qui en

* Les petites Antilles sont constituées par des séries de collines (moraes), étagées du littoral au centre culminant du système.

achètent un autre pour servir en sa place, et, en ce cas, les gouverneurs contraignent les maistres d'agréer cet échange. •• Les femmes et les filles sont sujettes à la même loy ; mais comme elles sont beaucoup plus rares, aussi elles ne sont pas soumises à toutes ces rigueurs ; car les femmes des officiers les achètent, et s'en servent à faire leur ménage... Elles ont un privilège que les maistres et niaistresses ne les peuvent pas retenir, quand quelqu'un les recherche en mariage; car, en rendant le prix qu'ils en ont payé, elles sont mises en liberté et ils les épousent. Les familles d'aujourdhuy sont bien différentes de celles du commencement où la rareté des femmes obligeoit les habitans d'épouser les premières venues ; ce qui fait que quantité de pauvres filles ont trouvé de fort bons partis, car on ne travailloit que pour avoir une femme et la première chose qu'on demandoit aux capitaines quand ils arri voient de France es toit des filles. A peine estoient-elles descendues à terre, qu'on couroit tout ensemble au marché et à Tamour ; ' on n'y examinoit bien couvent ny leur naissance, ny leur vertu, ny leur beauté, et deux jours après qu'elles estoient arrivées, on les épousoit sans les connoître ; car il n'y avoit presque pas une de ces précieuses qui ne se vantât d'estre bien alliée en France ; quoy qu'il en fût, le mary les habilloit le plus superbement qu'il pouvoit et

s'estimoit encore bien heureux d'en avoir à ce

prix. Mais ce qill estoit au commencement si fecherché est atljburdhuy un sujet de rebut : les filles qui estoienl la meilleure marchandise qu'on pùst mener aUl Isles, soht aujourd'huy de contrebande, si ce n'est qu'elles y ayent quelques parens, qu'elles passent à leurs dépens et qu'elles ne soient avantagées de qUflque beauté ; car, pour lors, elles peuvent espérer de trouver un bon parti. La cause de ce changement vient de ce qu'à présent il y a quantité de filles nées aux Isles, que les habitans aiment mieux prendre de bonne heufe de la maison du père et de la mère pour s'allier dans Tlsle que d'épouser des personnes qu'ils n'ont jamais veuës, ni connues... * ». La race s'est constituée, en même temps que la vie est devenue plus sédentaire. Les aventuturiers, plus rares, ont abandonné la chasse et la course pour l'exploitation des bois précieux (campêche, acajou, etc.). Les colons se sont multipliés : les productions d'un sol fertile leur ont assuré le bien-être avec la fortune. Des habitations, où l'on cultive les épices, le café, la canne à sucre, etc., se sont élevées partout et un commerce actif se concentre eh des villes, sur le littoral. Des relations fréquentes s'établissent entre la France et ses colonies des Antilles où la population s'accroît et s'améliore d'une ma-

* Du Tertre. Hist, gén. des Antilles habitées par les Français, Paris, 1667.

hiërë continue. Un demi-siècle a suffi pour ce résultât, malgré les guerres, malgré les épidémies, îtiâlgré lèS fautes et les eiltraves de Tadmi^ nistrâtioii des compagnies. Or, qu'on ne Toublie pas, cette prospérité a été l'œuvre du blanc, déclaf ê inapte à s'acclimatet sous les tropiques, incapable de triompher des atteintes endémiques, de r^tnuer la terre aux meurtrières effluves. < Mais le blanc créole a lui-tnême créé un préjugé qui a plongé plus tard dans le marasme des Colonies fermées à de nouvelles immigrations d'Europe. De travailleur, il s'est fait maître. Il à trouvé trop pénible, pour lui et pour les siens, des labeurs qui donnèrent la force à ses ancêtres. Il n'a t)lils voulu que diriger des troupeaux d'esclaves qu'on lui amenait à grands frais des côtes africaines. Il a repris l'orgueil de caste (on n'est plus au temps où les boucaniers dissimulaient sous des sobriquets ridicules les noms d'illustres familleis) et il a étendu cet esprit à tous ceux de sa couleur. Plus d'engagés, car il ne faut pas montrer uU blanc en communauté d'occupations laborieuses à côté du nègre avili, et d'ailleurs, grâce au partage de gloires et de misères communes, existe-t-il une raison de dis-* tinguer, aux lies, entre nobles et roturiers ! Tous les blancs sont des hommes d'essence supérieure de par leur origine^ de par le droit de conquête et de domination; ils n'accordent aux autres que la même pitié dédaigneuse ou les ménage-

ments dictés par Vintérêt du maître envers ranimai utile. Sous TinteUigente et énergique impulsion de Golbert, nos colonies prennent leur plein essor ; mais aussi la distinction des couleurs achève de s'accentuer ; l'esclavage est régularisé par le Code Noir^ . L'aristocratie créole est à son apogée ; elle compte dans ses rangs un grand nombre de familles titrées et beaucoup d'anoblis par la faveur joyale, en raison dès services rendus aux îles *. Tout noble est doublé d'un riche planteur et tout planteur roturier peut aspirer à la noblesse, car la fortune donne l'influence et mène à tous les hauts emploie de la milice et de l'administration. Cette aristocratie s'entretient et se fortifie par ses mélanges avec le sang européen. Mais elle prépare sa décadence par le trop facile abandon de son berceau : la conduite des habitations est laissée à des gérants, souvent à des affranchis, qui n'ont plus qu'un intérêt secondaire à leur prospérité; le maître va jouir en France des richesses que lui ont procurées les sueurs de ses esclaves ; les colonies

* Il f'St bien Tœuvre de Golbeit ; mais il n*a été promulgué

qu'après la mort de ce ministre, en 1685.

* Ce système d'anoblissement était largement pratiqué dans les colonies anglaises, et même, à la Barbade, il y eut plus de chevaliers, créés par les rois de la Grande-Bretagne, « que dans tout le reste de leurs possessions d'Amérique ». Mais, aux colonies comme on France, plus d'une particule fut aussi accaparée sans droit. Voir : Lettres patentes du Roi^ en forme (Védit, concernant les anoblissemens dans les colonies françoises et les preuves de noblesse à faire dans le Royaume par l^ habitants desdites colonies^ 24 août 17&2.

s*appauvrissent de tout Targent qu'attire la métropole et la race perd sa puissante cohésion*. La Révolution lui portera un très rude coup par l'affranchissement des noirs ^ et l'admission des hommes de couleur à l'égalité politique ' ; elle va d'ailleurs entraîner l'écroulement de notre empire colonial, par l'abandon de la Louisiane et de Saint-Domingue et réduire nos possessions antilliennes aux ile^ de la Guadeloupe, des Saintes, de Marie-Galante, de la Martinique, sans parler de deux ou trois îlots sans importance. Là cependant le créole blanc n'a pas dépouillé toute vigueur. Il lutte avec ténacité contre le floi des éléments métis qui l'assaillent. Mais peu à peu, ruiné par son entêtement à poursuivre un système exclusif d'anciennes cultures qui ne sont plus suffisamment rémunératrices, avec la main-d'œuvre libre et la concurrence étrangère, il cède ses dernières habitations à la puissante compagnie du Crédit foncier ; les terres morcelées tombent aux mains des hommes de couleur, que le régime politique et les préférences gouvernementales transforment d'autre part en dirigeants. Les Antilles perdent une élite qui

* Baudry des Lozières a bien compris le danger de ces retours, moins dictés par l'amour de la mère-patrie que par une avi(lii«^< de nouveaux plaisirs, le désir * de briller comme des météores » dans la capitale du luxe, etc. Sec. voy. à la Louisiane, I, 261.

'Affranchissement momentané, sous la Convention et le Directoire, définitir à prartir de 1848.

* Complète à partir de 1848.

aurait dû affermir à tout jamais leur prospérité. A la Réunion (Bourbon)^ l'histoire du créole blanc est, à peu de chosj3 près, ce qu'elle a été en Amérique. Il y a pourtant quelques différences. L'île a bien été occupée tout d'abord par des aventuriers, auxquels on envoya de Paris des lots do filles, recrutées dans les hôpitaux ou sur la ri^e ; mais elle était déserte et Jes Européens n'y ont trouvé personne à voler et à massacrar. Les progrès de la colonisatioTi ont été lents ; ils se sont accomplis, comme par ricochet, à l'ombre de la Compagnie de Madagascar : en 167Û, aji rapport de de la Haie, il n'existait encore que quatre habitations, avec vin^^ cinquantaine de Français, et, au xvnf siècle, la population était demeurée si réduite, malgré l'extrême salubrité du climat, que, pour l'accroître, ou alla jusqu'à donner des lettres de naturalisation et d'amnis-. tie à des forbans de diverses nationalités. En 1730, la Compagnie des Indes est incertaine, si elle doit garder l'île ou l'abandonner. On a cependant fourni aux habitants des vivres, des instruments de culture, des noirs en très grand nombre*. Tout va périclitant jusqu'à l'arrivée de La Bourdonnais. Alors tout change de face et la colonie s'élève rapidement au pins haut degré de prospérité. Les ndêmes conlre-cqup^

* Hist. gén. des voy.,XJXU, 433 et XXXI, 399 ; Guet, Les Ori' gines de Vile Bourbon, Rev. mar. et col., 1886.

LES ORIGINES DE IiA POPULATION 3H

que la Révolution a entraînés dans les Antilles, ont été ressentis à la Réunion. Mais, dans cette dernière colonie, où le préjugé de couleur semble avoir été toujours atténué, le créole blanc a conservé une prépondérance d'influence, depuis longtemps perdue par lui en Amérique. Je parle du créole qui, par son instruction et ses relations incessantes avec la métropole, a consenti à ac-cepter les conditions d'une vie nouvelle ; car la descendance des anciens colons compte parmi ses plus purs représentants un certain nombre d'arriérés, qui persistent dans Tignoranoe et la routine d'autrefois, demeurent stationnaires au milieu de l'évolution des mœurs et, vivant misérables, presque en sauvages, dans les régions les plus retirées de l'intérieur, ne font plus figure dans la société coloniale {Petits- Blancs).

Le nègre. — A la Guyane et aux Antilles, ce sont les Africains de la côte oôcidenlale, à la Réunion, ceux~de~Ia côte orientale et les Malgaches de Madagascar, introduits par la traite, puis par engagement, qui ont formé les éléments de la population aujourd'hui dominante. C'est par millions que les nègres ont été arrachés à leurs pays et transportés dans les colonies européennes intertropicales. La nation qui a toujours proclamé le plus hautement les grands devoirs

philanthropiques est aussi celle qui a douné le premier exemple de ce honteux commerce et y a déployé Tâpreté la plus ardente : les Anglais ont été les principaux courtiers en chair humaine; de la fin du xvïi® siècle au commencement du xyu!**, ils ont approvisionné d'esclaves tous les marchés antilliens, ils en ont jeté 910,000, de 1680 à 1786, dans leur seule possession de la Jamaïque* !

Les abominations de la traite semblaient choses naturelles aux blancs qui en tiraient profit. Il faut en lire le récit, froidement rapporté, dans les ouvrages spéciaux (Guides pour la conduite des habitations de cultures), si Ton veut comprendre la survivance des haines de la couleur, aux colonies, haines avivées par TinstrucLion des masses autrefois déshéritées, et rendues plus actives par l'élévation subite de ces masses à tous les pouvoirs publics. On parle du recrutement et de l'entretien d'un troupeau de nègres, comme de la formation et de la conservation selon les moyens les plus avantageux, d'un troupeau d'animaux! quelconques.

Ecoutons Ducœurjoly, « ancien habitant de Saint-Domingue »*.

* Bryan Edwards, Hist, des Indes occid,, II, 64.

* Le « citoyen » Diicœurjoly, * ancien habitant de Saint- Domingue », ruiné par les événements survenus dans cette ile, a laissé un livre des plus curieux à consulter sur la vie coloniale : Manuel des habitans de Saint-Domingue. Paris, an X.

J'emprunterai d'autant plus volontiers à cet ouvrage, qu'il est devenu fort rare, même dans les bibliothèques de nos colonies.

Voici comment il apprend aux novices a les moyens les plus généralement employés pour se procurer les nègres nécessaires à la culture ».

Le premier moyen et c le plus productif » est Y enlèvement, a Ces enlèvements sont faits, ou par les marchands noirs, qui vendent par échange aux Européens leurs compatriotes, qu'ils surprennent, ou par les Européens eux-mêmes. »

La manière de procéder est simple. » Quelquesuns se cachent dans les forêts, ou près des routes, attendant le voyageur sans défiance, comme le le chasseur attend la proie timide ; d'autres se mettent en embuscade dans ]es champs de riz, et enlèvent tous les enfants qu'on y place pour chasser les oiseaux; il y en a aussi qui se tiennent près de sources d'eau, et saisissent les malheureux que la soif force de venir s'y désaltérer, ou près des baies afin d*y surprendre ceux qui y pèchent pour leur nourriture. Mais le poste le plus avantageux est dans les prés, lorsque Therbe est haute, ou à côté du sentier qui communique d'un village à l'autre... » Des canots remontent les fleuves jusqu'à 200 lieues de la côte, afin de procéder à ces razzias ou pour ramasser les esclaves déjà capturés et tenus en réserve par les affidés. — « Le second moyen pour se procurer des esclaves, c'est d'allumer la guerre entre les souverains de la Guinée. Ces princes, ainsi que ceux 4'Ëurope, souvent ambitieux et jaloux, brûlent d'accroître leur territoire, leurs revenus

26 NOS CQÉPLE^

et leur pouvoir. Cette ambition suscite des guerres meurtrières, et les vaincus qui échappent h h mort sont condamnés à Tesclavage. Les princes qui entreprennent ces escarmouches, car on ne peut leur donner d'autre nom, ne sont pour Terdinaire que des chefs de tribus. Tant qu'on ne leur commande pas d'esclaves, ils sont en paix. Arrive-t-il des vaisseaux? Ils marchent aussitôt à la conquête de quelques cantons, brûlent de$. villes, saccagent les campagnes, eteminènput captifs tous les habitants, à moins que, victime^ eux-mêmes de leur cupidité, ils ne deviennent la proie du traitant qui devait les enrichir... » — Le troisième moyen vaut les précédents : il cour siste « à exciter plusieurs souverains contrq leurs propres sujets » ; on propose à ces pripce» d'échanger une cargaison d'Europe contre des esclaves : « Ils envoient aussitôt des troupes contre quelques villages, les brûlent et chargent de chaînes leurs habitants... » — Le quatrièwB moyen est plus ingénieux : c'était de faire substituer aux anciennes pénalités pour les crimes ou les délits, parmi les nations noires, la ppinq unique d'être réduit en esclavage et vendu Le procédé « ne suffisant pas pour satisfaire la cupidité des souverains de la Guinée, ils ont multiplié les crimes pour multiplier les coupables ; cfi n'est point encore assez, ils ont fixé des gradations subtiles dans les délits, afin d'en établir dans les punitions ; ils ont statué que les forfaits

graves coûteraient la liberté non seulement aux coupables, mais à tous les mâles de sa famille, mais à sa famille entière, mais à ses amis, et aussi loin qu'il leur plairait d'étendre la rigueur despotique ». — On vend aussi les débiteurs insolvables et, sur la côte, plusieurs marchands ont des réserves d'enfants, qu'ils élèvent pour en trafiquer, « dès qu ils sont parvenus à l'âge du travail ».

Ces malheureux, que les traitants acquièrent, « de la première main )>, pour un morceau d'étoffe, un sabre, un pistolet, ou quelques bouteilles d'eau-de-vie, vaudront, au port de destination, jusqu'à 1,800 ou 2,500 livres. Mais avant d'arriver, que de misères ils auront eu à supporter, quelles épouvantables hécatombes ils auront fournies à l'insatiable avidité des blancs ! Il y a la marche des convois de leurs points de formation vers la côte, la lourde entrave au cou et aux pieds, sous le soleil, la pluie, les coups des conducteurs ivres et £^rutis ; puis le parquage sans abri, parfois sans nourriture, au milieu des marais, en attendant l'embarquement. A bord, redoublements de souffrances. On entassait les esclaves dans des faux-ponts sans air ni lumière, où ils ne pouvaient se tenir debout ni même bouger ; on s'inquiétait peu des provisions : on a vu des convois périr faute d'eau ; la ration était exiguë et de mauvaise qualité, presque toujours composée de salaisons avariées (à ceux qui refu-

baient de manger, on approchait de la bouche une pelle rougie au feu, en menaçant de les en brûler ou de leur faire avaler des charbons ardents). La mer devenait-elle mauvaise, les moindres ouvertures étaient fermées ; le fauxpont n'était plus qu'un foyer de miasmes hor-. ribles, oîi se joignaient, aux odeurs dégagées des co^s entassés, celtes des vomissements provoqués par le roulis, des déjections des malades incapables de remuer, etc., et quand le calme revenait, les captifs étaient torturés au souvenir de la patrie et de la famille à tout jamais perdues pour eux, par Tappréhen^ion du sort qui les attendait (les nègres croyaient généralement qu'on, les achetait pour les manger). « On a beau leur dire (touchant intérêt !) qu'on les mène dans un charmant pays et leur débiter d'agréables mensonges, ils n'y ajoutent aucune foi, ils se chagrinent et se laissent souvent mourir de désespoir. » (Quelle mauvaise grâce I)

Le convoi arrive au port, bien réduit, mais encore riche de profits pour l'armateur ou le capitaine. La vente est annoncée. « L'esclave des deux sexes est alors exposé nu aux regards des personnes qui veulent en acheter, afin qu'elles puissent juger si les sujets sont bien conformés et n'ont point de maux cachés... » Le nègre âgé de dix-huit à vingt ans se payait ordinairement 2,400 livres (la valeur diminuait à mesure que Tâge était plus avancé), le négrillon de douze à

seize ans, 16 à 1,800 livres, Tenfant de huit à douze ans, 1,200 livres; les négresses coiitaient presque aussi cher que les hommes : celles qui avaient des enfants âgés de cinq à six ans ne pouvaient être vendues séparément (non point par charité. Ton ignorait ce sentiment-là dans le monde des exploiteurs qui traitaient le noir en vile bête de somme, mais pour assurer la conservation d'un produit^ plus tard susceptible de bonne vente).

Puis, venait la répartition sur les habitations, l'apprentissage du travail forcé sous le fouet toujours levé du commandeur, les soufifrances physiques et morales de toutes sortes, chez les mauvais maîtres, cruels ou insouciants de la pitié, dédaigneux d'un code qui leur paraissait empreint de trop de douceur envers l'esclave (!) et d'ailr leurs assez puissants, au milieu des leurs^ pour être assurés de l'impunité, même après un crime ; — chez les bons, l'oubli par l'abrutissement.

Et l'on osait soutenir que le nègre, aux colonies, était plus heureux esclave que libre, que son sort était préférable à celui d'un grand nombre de nos paysans ou de nos ouvriers, déclaration doublement infâme et à la honte des gouvernements, car elle visait à consacrer la théorie du bonheur des masses par la soumission docile à une caste de privilégiés et elle avouait que le prolétariat métropolitain était pire que l'esclavage coloniaU

Des cris d'indignation venaient-ils à retentir avec trop d'éclat, arrachés â des âmes d'élite, par la vue des souffrances dii noir? Les créoles avouaient qu'il se commettait bien quelques excès, mais ce n'était jamais parmi leur monde, et chaque colonie revendiquait poUr elle-même une mansuétude qu'elle refusait à ses sœurs.

Partout cependant les faits démetitaient les prétentions affichées, et bien rares étaient les blancs qui auraient eu le droit d'écrire ces éloquentes paroles de Parny à soti ami Bertin(Ile de Bourbon, janvier 1773) :

c( Non, je ne saurais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tomber que sur le spectacle de la servitude, où le bruit des fouets et des chaînes étourdit mon oreille et retentit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon semblable. On troque tous les jours un homme contre un cheval : il est impossible que je m'accoutume à une bizarrerie aussi révoltante. Il faut avouer que les nègres sont moins maltraités ici que dans nos autres colonies; ils sont vêtus; leur nourriture est saine et assez abondante ; mais ils ont la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu'au coucher du soleil; mais leur maître, en revenant d'examiner leur ouvrage, répète tous les soirs : Ces gens-là ne travaillent point. Mais ils sont esclaves, mon ami; cette idée doit bien empoisonner le maïs qu'ils dévo-

rent et 4^'ils détfempetit de leur sueur... » Et comme démonstration dé leur heureux sort, ils s'échappent en bandes, s'abandonnent dans une pirogue dérobée à la merci des Ilots, où presque toujours ils disparaissent, — ou s'enfoncent dans l'intérieur de l'île, où des gens payés par les communes leur font lâchasse, « aussi gaiement qu'à des merles ». On se donne la peine cependant de leur apprendre le catéchisme. « J*en vis un derniërement qu'on avait arraché de sa patrie depuis sept mois ; il se laissait mourir de faim. Comme il était sur le point d'expirer, et très éloigné de la paroisse, on me pria de lui conférer le baptême. Il me regarda en souriant et me demanda pourquoi je lui jetais de l'eau sur la tête : je Idi expliquai de mon mieux la chose; mais il se retourna d'un autre côté, disant en mauvais français : « Après la inort^ tout est fini^ du moins pour nous autres nègres; je ne veux point (Hune autre vie, car peut- être serais- je entore votre esclave, » '

En Amérique, c'était pire.

Les maîtres français ont eu d'ailleurs, parmi les ètraûgers, même auprès des créoles espagnols et anglais, une mauvaise réputation de dureté et de férocité envers leurs esclaves. Il faut bien reconnaître, qu'au fond de notre caractère, il existe une forte dose de vanité et d'irascibilité, favorables aux écarts les plus criminels. Nos émigrants du ^vw^ siècle n'étaient pas

hommes triés sur le volet et les premiers colons léguèrent à leurs successeurs une partie de la brutalité de mœurs, créée chez nous pendant une longue période de guerres religieuses. Le dédain de la vie humaine engendra la non-pitié vis-à-vis des faibles. Plus tard, la fortune ne fit que rendre plus intenses les convoitises, et maints blasonnés et roturiers parvenus eurent à cœur d'acquérir vite et de jouir tôt^ sans souci dès moyens. Le sang du nègre dut produire beaucoup d'or.

« Il y avait dans les Mornes, à quelque distance de Port-au-Prince, une habitation possédée par une bonne dame, qui, n'ayant pas besoin d'augmenter rapidement son bien, défendait qu'on tourmentât ses esclaves. Elle B(iourut et l'habitation fut vendue. L'acquéreur trouva bientôt que les nègres étaient trop paresseux pour satisfaire promptement la soif de richesses qui le dévorait. Il voulut les forcer au travail, et ne fit que les rendre indociles. L'habitation fut de nouveau mise en vente, et la valeur, comme on peut le croire, baissa. Un second acquéreur se présente... (suit les errements de son prédécesseur et échoue comme lui. Un troisième acquéreur, M. de ..*, obtient la propriété pour une somme très minime, que ses amis regardaient comme perdue)... Mais il avait fait son calcul. Il s'établit sur les lieux; il envoie les nègres au, travail et les accompagne lui-même bien armé. Leur goût pour la paresse et leur esprit de mu-

tinerie se manifestent bientôt. M. de ... tranche la tête lui-même à celui qui paraît être le principal instigateur du désordre. Cet exemple de férocité ne suffit point; un seconde tête tombe. Ce n'est point assez encore. Il fait creuser une fosse profonde et enterrer jusqu^au cou deux ou trois nègres. En cet état, on leur donne de la nourriture pour prolonger leur supplice et pour attendre qu'ils soient dévorés tout vivants par les vers. Depuis Thabitation prospéra et M. de ... était^ quand la Révolution vint, un des riches propriétaires de la contrée. » (E.-M. Massée)

Est-il singulier après cela, de lire l'explosion de joie bruyante qui se manifesta parmi des gens aussi heureux^ à Tannonce des grands chan* gements accomplis depuis les événements de 1789, l'élan qui les poussa vers la liberté jusqu'à les faire triompher, à Saint-Domingue, d'une armée de vieux soldats, quand, au mépris des principes, on le voulut comprimer * I

' Vhle de Cuba et la Havane, Paris, 1825, p. 321. Voir auss mon livre : Le Crime en pays créoles (ch. i).

* On n'a pas à s'étonner des récriminations des blancs, ni des torrents d'invectives qu'ils déversèrent sur les défenseurs de la liberté des nègres. Mais il est triste d'avoir à rappeler que les hommes de couleur ne paiiirent pas comprendre une émancipation dans le sens large et généreux. Les révoltés de Saint-Domingue furent tout d'abord des associations très restreintes d individualités. Les premiers chefs de l'insurrection « n'avaient pas la pensée de demander la liberté des esclaves et ne la réclamaient que pour eux-mêmes...; les mulâtres tenaient beaucoup à conserver leurs propres esclaves... ;' ils envoyaient à la mort ceux des noirs qui les avaient soutenus... » Sp. John, Haïti, p. 46.)

34 NOS GRÉOLiBS

La Révolution ne fut qu*un leurre pour les pauvres noirs. Ils entendirent parler autour d'eux de liberté, d'égalité et de fraternité. Ils se batticeat bravement contre les Anglais, quand nombre de btancs, à l'imitation des émigrés, s'enrôlaient parmi les ennemis de la République. Et ils se voyaient contraints au travail dans les ateliers nationaux, rendus par force à la culture du sol, obligés àla résidence sur leurs anciennes paroisses sous la promesse de salaires illusoires; mais aussi sous la menace plus réelle de durs châtiments. Bientôt même le système impérial fit renaître les pires époques de l'esclavage, et"des hommes, qui avaient déchaîné avec le plus de violence les appétits des noirs, éveillé avec le plus d'audace leur haine fanatique contre les riches planteurs, — devenus les plats favoris de l'autorité nouvelle, — acceptèrent la mission d'étouffer dans le sang de leur naïfs auxiliaires d'autrefois, les doctrines prêchées par eux, au profit de leur cynique ambition. Ecœurant exemple de duplicité politi^que, de négation de la moralité sociale, offert à des masses toute» d'instinct et de sentiment, par des hommes de race intellectuelle et dirigeante *. Des révoltes éclatèrent.

« Le farouche émissaire de la Convention, Victor Hugues, héros sinistre, dont l'énergie patriotique fait oublier les vols et les assassinats, mais dont la fin relève la bassesse, après avoir été le grand promoteur du Sans-Culottisme à la Guadeloupe, devint gouverneur impérial à la Guyane. Dans la même île, le lieutenant de vaisseau Lacrosse avait excité les noirs à

Ellesf urent arrêlées^ar des supplices et Tacharnement des blancs se tourna, impitoyable, contre ceux des leurs qui ne craignirent pas de se mêler aux nègres.

La Révolution de 1848 et les efforts d'un petit groupe d'hommes généreux abolissent enfin l'esclavage dans toutes nos possessions. Mais pendantjrop longtemps encore, on continua à introduire aux Antilles et à la Guyane, surtout à la Réunion, à Nosi-Bé, à Sainte-Marie-de-Madagasoar et àMayotte, sous le nom d'Engagés africains^ des^çonvois de véritables esclaves. En 1861, à la Martinique, j'ai assisté au débarquement d'un convoi de ces pauvres diables, ironiquement appelés des travailleurs libres. Ils étaient parqués sur la savane de Fort-de-France, au nombre d'environ 300, hommes, femmes, enfants, nus, leur numéro d'ordre au cou, sur une plaquette de fer-blanc, tremblants sous l'incertitude du sort qui leur était réservé. Ils attendaient la répartition, la vente ! Cette traite hypocrite a enrichi des gens de haut négoce, qui sont devenus, eux et leurs fils, des personnages très honorés (l'argent n'a point gardé l'odeur de la chair noire et c'est tout ce qu'exigent les plus

la rébellion «t aux excès, pendant son premier séjour; revenu un peu plus tard "avec le titre de capitaine-général gouverneur, n provoqua, par ses Inqualifiables rigueurs, une révolte qu'il ne sut pas enrayer, eut la honte de se laisser prendre et chasser par ceux-là mômes qu'il avait si odieusement persécutés î U devint baron de rEmi)ire, mais il restera l'une. des plus vilaines figures qu*uti historien puisse avoir à retracer.

36 NOS gré!oles

diTiciles). Même aujourd'hui, elle^ nlejst. pas complètement supprimée. En 1878, à Nosi-Bé, j'ai pu constater sur les habitations l'existence de nombreux Maquois, recrutés sur la côte orientale d'Afrique, et certainement incapables d'avoir compris et si^é aucun contrat d'engagement ; j'eus à sévir, un jour, contre un planteur, qui ne ménageait pas les rigueurs inhumaines .à ces malhe^- -eux, ... à la grande indignation de toute une population, ■^— une poignée de blancs et de mulâtres, que j'appris à connaître pendant u,ne magistrature de deux mois, — et de cyniques doléances trouvèrent un soutien auprès de politiciens et d'administrateurs parés de l'étiquette républicaine *.

* Certains députés fêtent avec fracas, en des banquets inondés d'éloquence... et d'excellents vins, à Paris, l'anniversaire de Tabolition de l'esclavage aux colonies. Savent-ils ceci? et, s'ils le savent, pourquoi se taisent- ils devant les Chambres et le pays ?

A la côte occidentale d*Afrique, les traitants achètent toujours des nègres, non pins des troup^eaux, mais des individus, principalement des femmes, dont ils font leurs concubines, et des enfants, qu'ils transforment en domestiques dociles et peu coûteux. Le prix moyen de ces têtes est un collier d^ambre artificiel (marchandise venant d'Allemagne et d'une valeur commerciale de 150 à 200 francs^. Ces noirs, à leur arrivée dans les chefs-lieux, deviennent libres, après une déclaration et un jugement, qui régularisent les affaires de l'achSteur, mais ils sont laissés à la disposition de celui-ci (le tuteur, le maître d'adoption, par euphémisme administratif), jusqu'à l'âge de vingt ans et sous la condition qu'on leur apprendra un métier. De métier, on ne leur apprend que celui pour lequel on les a achetés (adoptés !) et comme ils sont in^/apables de trouver ù vivre en dehors de la domesticité, ils y restent, ne coûtant à leurs possesseurs qu'une maigre nourriture et un léger vêtement.

11 y a mieux. Sur le territoire d'un poste français, fat vu un convoi de 200 Diobas, fugitifs, recueilhs un à un sur l'insolente réclamation d'un principicule foulah, rassemblés dans la cour

Les Nègres créoles sont maintenant les égaux | politiques du blanc. Mais ils dominent celui-ci < par le nombre, ce qui revient à dire que, grâce > au suffrage universel, ils arriveront bientôt à l'annihiler. Pour ceux qui observent de loin, c'est parfait. Pour ceux qui observent de près, non grisés par les vapeurs des théories doctrinaires et les séduisants résultats de leurs appli-

que dominait le drapeau tricolore et livrés par ordre supérieur à leurs maîtres.

Le colonel Frey, dans un livre récent, a donne à entendre quel hideux commerce couvraient nos expéditions vers le Haut- Niger. (Lire à cet égard un article de M. de kératry, Révélationsy dans le Figaro du 10 octobre 1888.)

 la côté orientale d'Afrique, les boutres arabes emmènent toujours des cargaisons de bétail humain.

L'Angleterre et l'Allemagne ont armé des navires pour la répression de la traite. Mais le sort des nègres est le moindre de leurs soucis, et Talliance des deux empires cache leurs visées cupides. — Les capitaines anglais, lorsqu'ils capturent un bâtiment chargé d'esclaves, touchent une forte prime, qui stimule leur zèle, et les noirs, au lieu' d'être rendus à leur patrie, doivent payer leur délivrance par un service obligatoire de cinq années dans une colonie anglaise. Je sais un capitaine qui ne %e récria pas, quand on lui proposa à demi mot (contre une alléchante rétribution) d'amener... ses prises à ISosi-Bé plutôt qu'à Maurice. — Quant aux Allemands, leurs livres et leurs journaux trahissent leurs véritables appétits. En 1887, la compagnie de l'Afrique orientale décernait un prix à un mémoire, sur V Art de dresser les nègres au travail des habitations^ mémoire où l'on développait la pure doctrine esclavagiste : « Il faut habituer le Noir a se considérer à perpétuité comme le subordonné du colon allemand; tenir les enfants indigènes éloignés de la maison paternelle et de leurs parents... Les enfants devront, de toutes façons, être considérés comme une propriété de l'établissement auquel ils sont attachés... »

Un seul homme, un Français, a élevé une voix indignée et désintéressée, Mgr Lavigerie. On l'a récompensé, dans sa patrie, par les attaques les plus viles et les plus calomnieuses.

Mes opinions ne sont point cléricales; mais je tiens avant tout à demeurer dans la voie du juste et du vrai. Il est triste d'avoir trop souvent à les signaler plutôt du côté de ses adversaires 1

38 NOS gréolëb

cations, c'est moins heureux. Il ne me paraît pas démontré, au point de vue simplement démo* graphique, que le noir d'aujourd'hui ait acquiii la résistance physique prolongée dans ses milieux d'immigration forcée S ni, au point de vue social, qu'il ait jamais fait preuve, en quelque lieu que ce soit, de capacités intellectuelles et d'aptitudes collectives supérieures. Il devait être affranchi. Mais il eût été désirable, que sa race gardât le contrepoids d'un élément ethnique mieux doué qu'elle sous le rapport des facultés directrices, bien adapté au climat, malgré que Ton prétende le contraire, et d'ailleurs facile à entretenir dans sa vigueur par de fréquentes instrusions de sang d'Europe, au prix de l'abandon de notre niais système de tracasserie et d'apathie administratives. L'exclusivisme autrefois existant au profit du blanc existe maintenant tout au profit du nègre. Les deux oppositions ne valent pas mieux l'une que l'autre. On s'en aper* cevra tôt ou tard..,, mais peut-être trop tard.

Le mulâtre. — Le blanc n'estimait le nègre guère plus qu'un animal susceptible d'un dressage utile. Mais la débauche lui faisait oublier la diffé-

* J'ai écrit là-dessus ma pansée dans un mém. Kur VÀceiima* temcnt de la race noire d'Afrique {Rev. d'anthrop.^ 1882).

ronce du Bang et il ne dédaignait pas de partager ses faveurs entre la négresse et la femme de sa race. <c On sera sans doute étonné d'un goût aussi dépravé de la part des blancs, écrit Ducœurjoly ; il est cependant général^ soit qu'ils y soient entraînés par Toccasion et la facilité, par Toisiveté, par Tinfluence du climat, par rhabitude, par l'exemple, par Tindolence et la fierté des blanches, ou parle peu de soin qu'elles prennent de leur plaire ; et peut-être, dans Torigine de nos colonies (par la disette d'autres femmes ou) par un motif de curicrsité... » Ce dernier mobile seul peut expliquer labandon de quelques femmes blanches à des nègres esclaves, chose rare, mais qui Teût été beaucoup moins, d'après le P. Labat, « s'il y paraissait chaque fois que cela arrive * ». De ces unions sont sortis les mulâtres. Le clergé catholique, qui assimilait naguère le ra^)prochement du chrétien et de la sarrasine au crime de bestialité, n'alla pas aussi loin dans nos colonies : il eut quelque pitié pour des faiblesses difficiles à empêcher, et protesta même contre les excès de sévérités répressives, inspirées par une politique de caste défiante et malavisée. Toutefois sa voix resta timide. « Le nombre des mulâtres serait bien plus grand dans nos isles, remarque le P. Labat, sans les peines

* Nouv, voy. aux isles de V Amérique. 1724, éd. en 6 vol., II,

qu'encourent ceux qui les font : car les négresses sont d'elles-mêmes très lascives, et les hommes blancs ne Tétant guëres moins et trouvant beaucoup de facilité à contenter leurs passions avec ces créatures, on ne verrait autre chose que des mulâtres, d'où il s'ensuivrait de très grands désordres, si le Roi n'y avait remédié, en condamnant à une amende de 2,000 livres de sucre ceux qui sont convaincus d'en être pères ; mais si c'est un maître qui ait débauché son esclave, et qui en ait eu un enfant, outre l'amende, la négresse et Tenfaut sont confisquez au profit de l'hôpital *, sans pouvoir jamais être rachetez sous quelque prétexte que ce soit. On ne peut assez louer le zèle du Roi dans la disposition de cette ordonnance ; mais on permettra aux missionnaires de dire qu'en cherchant à remédier au scandale que ce crime causait, on a ouvert la porte à un crime bien plus énorme, qui consiste dans des avortements fréquents que les négresses se procurent quand elles se sentent grosses, et cela fort souvent du consentement ou par le conseil de ceux qui en ont abusé *• »

* Et des religieux de la charité. Les bons frères apportaient, dans la recherche de la paternité, une ardeur qui leur attirait quelauefois de fâcheux désagréments. N'arriva- t-il pas un jour, qu'à l'un d'eux, devant le juge, une effrontée négresse présenta son enfant de contrebande, en le gratifiant d'un : Tài papa li, dont elle ne voulut point démordre. L'assistance a se pâmait à force de rire » . Labat, /. c, 123.

En général^ces iiiiion&, formées par la débauche, n étaient que passagères, ou bien elles constituaTénl un simple concubinage. Mais quelquefois elles furent cimentée» par des liens légitimes. Si la négresse ne méritait pas toujours d'ê&'e admise au foyer régulier, elle savait en certains cas s'en rendre digne par le dévouement. Chose assez surprenante, il ne semble pas que ces mariages aient été aussi mal vus qu'on eût pu le croire à priori, d'après les préjugés de caste : sans doute parce qu'ils étaient la conséquence d'obligations exceptionnelles. Ils étaient d'ailleurs fort rares \

Les mulâtr es, nés de femmes esclaves, furent d'ahord affranchis de plein droit à l'âge de vingtquatre ans « pourvu que, jusqu'à ce temps-là, ils eussent demeuré dans la maison du maître de leur mère ». Mais par ordonnance royale, ils durent plus tard conserver le sort de leur mère, suivant le vieil adage, romain, partus seqtiitur ventrem. Cela n'empêcha pas la formation d'une race métisse, qui se développa de plus en plus belle et vigoureuse, à mesure que les croisementsTsè multiplièrent entre ses éléments plus clairs et les blancs de pur sang, à mesure aussi que des mariages devinrent plus fréquents entre ses propres éléments. Cette race grandit par ses

* Labat n*a connu que deux mariages de ce genre aux iles du Vent; il rapporte run sans un mot de critique, l'autre avec indignation, mais en raison de la triste réputation de Tépousée. /6., 128.

sujets libres, les uns nés en cet état, les autres affranchis. Issue de Tamour, elle s'entretient et conquiert ses premiers privilèges par ramour ; car la mulâtresse, armée des séductions du corps et de rintelligence, a mieux su que la négresse capter les faveurs, du maître riche pour ses

\ enfants. Ceux-ci n'arrivent à aucune fonction d'importance ; mais ils reçoivent une instruction

' souvent égale à celle des blancs ; ils méditeront, dans Tombre et le silence, sur le hasard de leur origine ; placés entre deux races extrêmes, corn* parant leurs qualités et leurs besoins, qu'ils fusionnent, ils s'initieront d'eux-mêmes aux grandes aspirations ; ils se rendront dignes peu à peu de réaliser celles-ci. Lorsque la Révolution éclate, ils ne sont rien, mais ils méritent d'être quelque chose. La chute de la monarçhiej en entraînant celle des privilèges, leur ouvre la porte des emplois publics : ils y font preuve des plus brillantes qualités. Une inepte réaction menace de les replacer sous un joug despotique : les uns courbent le front, avec Tespoir d'une prochaine délivrance ; les autres refusent d'abandonner aucune parcelle de la liberté et de l'égalité conquises et meurent les armes à la main (Delgrès, à la Guadeloupe). Enfin sonne le réveil de 1848 .: les gens de couleur restent définitivement les égaux politiques des blancs.

Le mulâtre, sous le rapport plastique et cérébral, est un être admirablement doué. Mais

LES ORIGINES DE lA POPULATION 43

il porte en lui le germe destructeur. Il s'éteindra s'il ne rencontre un homme d'autorité puissante, sorti de ses rangs, qui lui fasse toucher du doigt le danger de son isolement, moins dicté aujourd'hui par le préjugé de la couleur, que par la haine jalouse et irréfléchie du métis contre le blanc, créole ou européen. Malgré son apparence, il ne me semble point en état do se suffire à lui-miême pour la conservation indéfinie de sa race. S'il sb retrempe dans lo noir, il rétrograde vers le sang africain. Il doit donc chercher à se mêler aux. blancs. Avec plus de tact, il serait arrivé, sinon à faire taire d'emblée les répugnances des blancs créoles, du moins à s^ïlîer sans trop de peine avec les blancs d'Europe et, par ceux-ci, il eût réussi peu à peu à pénétrer dans les meilleures familles locales. L'union ainsi comprise eût amené la fusion de l'élite des métis, dans la race supérieure, et entretenu, parmi les milieux de croisements à tous degrés des mulâtres avec les noirs, une certaine pondération, qui aurait diminué les chauods d'un envahissement graduel des masses par l'élément africain ou même prévenu cet envahissement. Le blanc n'eût que gagné dans cette voie et nos colonies ne seraient pas aujourd'hui des foyers de divisions , menacés d'un effondrement. Mais par les tendances contraires, le noir seul restera le maître. Le blanc, sans nouvelles attaches avec son berceau, disparaîtra

bien vite. Le mul&tre, qui s'en réjouit à Tavance et ne sait rien diminuer de son étroite rancune, lui arrachera pièce à pièce ses terres, déjà morcelées par le Crédit foncier, son influence, déjà plus qu'ébranlée par des députés tous ou presque tous issus de la couleur; il dominera par le nè^re momentanément, sans penser, sans vouloir croire qu'il périra par lui *.

Seuls ou aidés des mulâtres, les noirs n'édifieront jamais une société progressive et solide.

J'émets sans réticence une opinion qui me semble vraie. Je me soucie fort peu qu'elle plaise ou déplaise, qu'elle ait ou non quelque écho. Au moins suis-je satisfait de me trouver, sur ce brûlant terrain, en communauté d'observations et d'idées avec Spencer Saint-John, qui a étudié de si près la société haïtienne et for-

' 4c Le \rai mulâtre, le mulâlre type, est le produit d'une négresse et d'un blanc... La reproduction du mulâtre par luimême est impossible à suivre, car le produit de ce croisementlà s'est recroisé tantôt avec le blanc, tantôt avec le noir, ou bien avec l'un et l'autre successivement, et il est résulté de ces mélanges des nuances, qui, des deux côtés, n'ont pu être notées par des noms^ que jusqu'à la quatrième génération. Passé la quatrième génération, suivant que l'élément blanc ou l'élément noir a jété de plus en plus dominant, le mulâtre redevient blanc ou noir. J'ai cru remarquer que deux mulâtres types qui se reproduisent entre eux (la mère de la femme et de l'homme ayant été des négresses, ce qui a lieu le plus ordinairement) la nuance de leur enfant est plus noire que la leur et semble tendre naturellement vers un retour au nègre. C'est ce qui expliquerait la suprématie des noirs à Haïti, où, après quarante ans, ils ont fini par prédominer. Le mulâtre ne peut exister que par le croisement incessant du blanc et du nègre. Passé la quatrième génération, il. rentre dans l'une ou l'autre de ces souches. Cette remarque avait été déjà faite par de Paw. » (Rufe, Soc, d'anthrop. de Pari5, 1868.)

mule ainsi ses appréciations : « Je regrette de dire que plus j'ai acquis d'expérience, moins j'ai cru à la capacité du nègre pour occuper une position indépendante. Tant qu'il se trouve en contact avec les blancs, comme dans le sud des États-Unis, il s'en tire bien; mais dès qu'il n*est plus sous cette influence^ comme à Haïti, il tend à reprendre les coutumes des tribus d'Afrique, et s'il ne survenait aucune pression extérieure, il rétrograderait bien vite à Tétat des habitants du Congo.... Je crois qu'il est incapable de créer une civilisation, et que, même s'il recevait une meilleure éducation, il conserverait encore une certaine infériorité; comme homme, il ne sait pas se gouverner lui-même, et comme nation il n'a pu faire aucun progrès. Pour bien le juger, il faut avoir vécu très longtemps avec lui et ne pas se laisser influencer par la théorie de l'égalité d'aptitude de toutes les races à progresser dans la civilisation. Il est hors de doute que les mulâtres sont supérieurs comme intelligence et sont bien plus capables de gouverner, quoiqu'ils ne l'aient guère prouvé jusqu'à présent. Il est pitoyable de voir, quand on lit leur histoire, avec quelle facilité la moindre question d'intérêt ou d^ambition les détourne du droit chemin, et combien il est rare que leurs actes soient dictés par le patriotisme... * »

^Hmti ou la République noires trad. de West, 1886, p. 128,

46 NOS CBÉ0LÈ9

Les colonies anglaises d'Amérique ont prospéré, parce que, de bonne beure, les mulâtres et les blancs y ont subi la fusion et qu*elles Ont ainsi acquis une population d'élite homogène et vlvace, apte h conserver la direction de la masse noire, au profit de tous.

Je terminerai ces considérations générales sur les éléments fondamentaux de la population de nos vieilles colonies, par vine remarque curieuse.

Les origines multiples des familles et des individus sont comme résumées dans les noms propres.

Parmi les blancs, on rencontre des noms bien français, normands, saintongeois, etc., beaucoup agrémentés de la particule nobiliaire... de bon ou de mauvais aloi.

Parmi les mulâtres, mêmes noms que parmi les blancs, ou immixtion de noms prétentieux, souvent aussi précédés d'une particule sans doute un peu suspecte en plus d'un cas.

Puis, quand on arrive aux noirs, on découvre les plus bizarres séries de noms et de prénoms, les uns sentant l'origine africaine, les autres l'imitation de la période révolutionnaire, qui vit tant d'imbéciles s'affubler... non des vertus, mais des noms des célébrités les plus retentis-

iânies de la Rome antique; d'autres enfin accusent un entraînement admiratif vers certains hommes, ou peut-être une velléité naïve et vaniteuse de s'affilier par le nom a des familles du pays ou de la métropole.

Fréquemment, la mère donne, sans le moindre «orupule, le nom d'un père... réel ou supposé à Tenfant naturel, qui le garde et le transmet.

Autrefois, jamais le blanc n'eût toléré qu'un noir portât un nom usité dan3 la caste ^ et même on allait ordinairement chercher pour Tesclave baptisé, dans les recoins ignorés du calendrier orthodoxe, les noms sanctifiés les plus extraordinaires ; on imposait indifféremment au nouveau-né des noms masculins ou féminins, sans se préoccuper du sexe, comme pour ajouter au ridicule de certaines appellations ; on donnait pour nom un numéro d'ordre, une locution usuelle, etc.

Quand plus tard on dut se relâcher des sévérités de la coutume, en faveur des noirs affranchis, on leur laissa prendre des noms plus conformes au milieu dans lequel ils étaient destinés à vivre, mais empruntés encore aux couches les plus basses de la population française ou trahissant les sobriquets de la caserne.

Il se rencontre enfin dans le monde de couleur,

• Une ordonnance de 1773 défend aux noirs libérés de donner à leurs enfants d^autres noms, que ceux tirés de ridiome africain.

beaucoup de noms dérivés de l'anglais et du hollandais. D'autres sont d'origine franchement judaïque.

Au milieu de ce chaos d'appellations de toutes sortes, l'Européen éprouve un sentiment perplexe... et quelque peu hilariant. Il a, beau se prémunir contre les surprises, c'est toujours avec un étonnementdifficile à cacher, qu'il entend résonner à ses oreilles ou qu'il lit dans les feuilles locales les noms de maints personnages aujourd'hui notables, conseillers municipaux, conseillers généraux, mieux que cela même !

Quelques noms pris au hasard donneront une

ée de la chose * :

Amilcar Pierre,

Pruneau,

Produle Jean,

Citronnelle,

Ghelismar Agapit,

Gazanavette,

Lolo Jean-François

Crève-cœur,

Zacaïr Voizir,

Abenzoar,

Moïsa Louis,

Ottiuiar Ulysse,

Coridon ViJbrod,

Codés,

Toto Symphor,

BrutuSy

Isaac Balthazar, ; .

Congo,

Iphigénie Denis,

Coco,

Sapho Jean,

Zozo,

Roboam Teriullieu,

Cépolin,

Salomé,

Yphis,

< Comme ces noms sont empruntés à des annuaires ou à des comptes rendus publiés dans les colonies, j*estime i(ue leur citation ne saurait blesser aucune susceptibilité. Quelques-uns d'ailleurs, s'ils sont bizarres, sont portés par des hommes fort dignes de les relever.

Pénélope Pierre, Hugo,

Polynice Gabriel, Napoléon,

Sainte-Hélène Philippe, Voltaire,

Vainqueur Jacques, Turenne,

Taillepierre V&isaint, Sennachérib, etc. etc.

Il n'est pas jusqu'à des exclamations banales, qu'on n'ait transformées en noms propres : à la quatrième page d'un journal, à la suite d'une annonce, j'ai lu le nom d'une demoiselle Magrémoi (malgré moi) 1

A certains de ces noms, il reste à ajouter de beaux titres. Nos colonies n'ont pas encore de marquis de la Banane, de ducs de l'Orangeade, etc. Mais cela pourra venir.

Le coolie indou. — L'Indou actuel est la résultante anthropologique de croisements très anciens, sur le sol de l'Inde, entre des races diverses, autochtones ou immigrées, et entre ces races et l'aryen conquérant. Celui-ci ne s'est consenré pur ou presque pur, qu'au sein d'un petit nombre de familles de caste sacerdotale. A Tépoquedes grandes invasions musulmanes, l'arabe a pénétré dans ce monde, déjà si mélangé, et il y a introduit un nouvel élément de modification ethnique et sociologique. Fidèle aux traditions brahmaniques et à leurs dérivées, ou converti

à rislamisme, Fludou garde le même isolement vis-à-vis de ses derniers maîtres, les Européens (Portugais et Hollandais, Anglais et Français). A Pondichéry et dans les établissements qui en dépendent, la Ville noi?'e s'élève distincte et séparée de la Ville blanche. Il y a cependant quelques c^'oisements et leurs produits sont désignés sous le nom de Topas ou cens à chapeau \.

L'Indou nous occupera comme élément immigré dans nos colonies dites sucrières.

Lorsque Tesclavage a été aboli, lorsque la pseudo-traite des Africains, déguisée sous le nom d'engagement, a elle-même pris fin, il a fallu se mettre en quête de travailleurs pour ces colonies. On a songé aux Chinois, qui se sont montrés médiocres cultivateurs et serviteurs très indociles. On a bientôt trouvé dans l'Indou, contraint par la misère à chercher des moyens d'existence hors de son pays, l'être souple et malléable, facile à conduire et à dompter, au cours de l'exploitation inique, — qui convenait à des chefs d'habitation encore imbus des traditions exclavagistes. Le coolie ihdou, s'il n'est pas tout à fait un esclave, estbien un serf de la glèbe, sous le titre d'engagé,

* « Leur appellation ne vient pas^ comme on le croit, de ce qu'ils ont le droit de se vêtir à l'europénne et de porter le chapeau ou topi... : (d'après M. Ferrier), le mot topa dériverait du persan iop^ qui signifie canon ; en effet, les descendants des Portugais, qui étaient de classe mixte, furent faits cânonniers sous le gouvernement français, d'où Top-ha, » (Huillet, Hyg, des blancs, des mixtes et des Indous à Pondichéry. Pondichéry, 1867, p. 12.)

pt le maître, Vengagiste, peu soucieux trop or- |dinairement d'exécuter les clauses d'un contrat jréeiproque, à Tabri dans sa mauvaise foi, grâce ^ la connivence tacite des autorités locales *, jpourrait encore se croire aux beaux temps d'autrefois, s'il n'avait à redouter, de temps à autre,

'De loin en loin, Tadministration prend des airs protecteurs et relève, par de^ circulaires presque aussitôt oubliées, les plus petits côtés â'une situation que tout le monde sait intolérable pour rindou. « MM. les inspecteurs de l'immigration ont signalé à Tattention de l'administration de nombreux abus qu'ils ont eu à constater sur presque toutes les habitations flu'ils ont visitées... Sur un grand nombre de propriétés, il a été constaté que les balances, poids et mesures réglementaires pour la distribution des vivres aux engagés étaient dans un état de vétusté et d'usure qui en altérait Pexactitude; sur d'autres, ces instruments n'existent même pas. Ces faits constitpent non seulement des délits punissables aux termes du Code pénal, mais ils entraînent fat£^lement des erreurs matérielles préjudiciables ^ux engagés... Aux termes des contrats d'engagement, les ^salaires doivent ôtre payés intégralement aux engagés à rex[)ifation des vingt-six. jours de travail. Cette clause n'est pas |Observée sur un grand nombre d'habitations, où l'on continue, icontrairement à la règle, h retenir la moitié du salaire, pour être payée à la fin de l'année (?). L'article 34 de l'arrêté de 1861 prescrit aux engagiststes de remettre, chaque semestre, aux engagés un règlement de leur compte, qui devra comprendre le montant des journées fournies pour la libération et des somnies payées. Cette prescription, qui est la sauvegarde des intérêts en jeu, n'a jamais été exécutée par les engagistes. Il est temps cependant que chacun se renferme dans ses obligations. Aux termes de l'article 30 du même arrêté, les engagés ont droit à des vêtements, qui se composent, savoir : pour les hommes, de deux chemises, de deux pantalons en tissu de coton, et un chapeau de paille par an ; pour les femmes, de deux chemises, deiix robes et quatre mouchoirs en tissu de coton par an. L'ar- •ticle 31 du même arrêté prescrit une infirmerie dont les conditions d'installations sont définis. Partout, il paraîtrait, ces dispositions sont incomplètement exécutées... » (Cire, du 17 août 1^0, de M. Rougon, directeur de l'Intérieur à la Martinique).

11 faut bien que les nombreux fonctionnaires, qui vivent grassement dé l'immigration, justifient leur raison d'êU'e : tous créoles d'ailleurs, ils ont soin de ménager leurs amis, et lés circulaires ne produisent qu'un long feu.

vr

l'intervention désagréable de quelque magistat courageux ^

L'Indou, quand il s'engage, sait à peu près ce qu'il fait ; mais seulement à peu près. Il est recruté dans les castes les plus diverses. Il est doué d'intelligence et souvent de, quelque instruction ; il a perdu du rigorisme de ses habitudes par de fréquents contacts avec les Européens, dans son propre pays, et le gouvernement britannique lui offre quelque sauvegarde contre les surprises, lorsqu'il s'agit d'un enrôlement pour une colonie française. Mais le malheureux est trompé de mille façons : chez lui, par les agents recruteurs de sa race, qui lui volent ses primes, avant même qu'il ait rallié le port d'embarquement; à bord, oîi, après lui avoir promis le respect de certains préjugés de caste, on en rit, jusqu'à pousser quelques fanatiques au suicide ^ ; sur les habitations, où, loin de retrouver le mode de culture qui ne l'obligeait au labeur que pendant trois ou quatre heures, dans les rizières de l'Inde, il se voit tout à coup astreint à une rude occupation de plus de dix heures sur les champs de canne

' Mal en (jésuite pour ces magistrats. On essaie de les écraser sous le ridicule ou par la diflfamatiou et tôt ou tard o» leur fait payer chèrement leur clairvoyance et leur droiture. J

* Gela arrive principalement sur les navires anglais, où, dans l'espérance de mieux attacher le coolie à sa terre d'immigration, on embarque des prêtres (brahmes). Ceux-ci reçoivent l'assurance d'être nourris à part ; mais au large, on les soumet à la ration commune et les misérables dupes, préférant la mort à la souillure, se précipitent à la mer.

OU à Tusine. Puis viennent les privations, les froissements de l'arbitraire, la fatigue et le chagrin, qui souvent ouvrent la porte aux maladies. Les uns vont mourir à Thôpital, les autres se livrent au vagabondage ou commettent des crimes, pour se débarrasser d'une existence devenue trop à charge. Les plus fermes résistent, à Tidée qu'ils reverront leur pays, car, au bout de cinq années, ils ont droit à leur rapatriement. Mais c'est alors que l'odieux se manifeste le plus hautement ! Si la colonie est à bout de ressources, ou si elle dédaigne d'employer ses revenus à l'affrètement d'un navire, elle n'écoute pas les réclamations des engagés : elle les garde, et ce que la nostalgie et la misère emportent diminue d'autant la masse plaignante, la masse pour laquelle il faudra peut-être, sur un ordre de la métropole, débourser quelques milliers de francs. Lorsque je quittai la Guadeloupe, en 1887, il y avait dans l'île près de 2,000 coolies, qui attendaient encore leur rapatriement depuis plus de dix ans !

Gomment pourrait-on compter sur un appoint utile, avec des immigrants traités de cette façon? Et cependant quel parti, des colonies privées du travail des noirs, — qui ne veulent pas entendre parler de la grande culture, au souvenir trop vivace des ancêtres, esclaves, usés par elle, — auraient pu retirer du travail mieux compris des Indous, patients, faciles à satisfaire, avec quelques ménagements et de la justice 1 Gette race,

qui n'est pas sans qualités, qui possède à un assez haut degré F esprit de prévoyance *, était d'adaptation certaine à des climats similaires du sied ; elle eût fourni de nouveaux éléments fixes à une population, qui a besoin de se retremper par des infusions de sang étranger, afin de s'entretenir en vigueur et en croissance» Au lieu de cela, malgré l'énorme chiffre des convois qu'elle a jetés sur le sol de la Réunion, des Antilles et de la Guyane, elle n'abandonne à ces colonies que des cadavres : ce qu'elle a de meilleur est rendu à son berceau '•

* Je tiens de M. Courooux, trésorier-payeur à la Pointe-à- Pître, qu'au départ de chaque convoi de rapatriement, il était versé dans ses caisses une centaine de mille francs, pour traites sur les principaux centres de l'Inde ; les familles emportent avec elles d'importantes épargnes en or.

* Il est, selon moi, parfaitement vrai, que l'immigration indienne « consomme presque autant de créatures humaines qu'en consommait autrefois resclavage», ainsi que Ta soutenu Schœlcher {^Immigration aux colonies^ Paris, 1883).

A la Martinique, on a dressé la statistique suivante, qui se passe de tout commentaire. La proportion des décès annuels, p*bur 10,000 sujets de chaque catégorie, e&t de 426 chez les immigrants indous, de 327 chez les indigènes de nos établissements dé rinde, de 285 chez les créoles {Mon. des coi. du 18 mars 1685).

A la Guadeloupe, de 1854 à 1883, il a été introduit 39,805 coolies indous, qui ont donné 4,748 naissances : sur ce total de 44,553 têtes, il y a eu 20,844 décès et 2,148 rapatriements ; il restait au 31 déc. 1^83, dans la colonie, 21,561 immigrants {Mon. des col. du 13 avril 1885).

L'Angleterre vient d'interdire le recrutement, dans Tlnde» des engagés pour les colonies françaises d'Amérique.

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