VICTOR-EMMANUEL
Cette lettre, qui restera comme un monument de honte pour celui qui l'a signée était la déclaration de guerre de l'Italie ; car le St. Père ne voulait, ne devait ni ne pouvait souscrire aux propositions qu'elle contenait, lors même que les protestations de respect et de dévouement qu'y faisait le roi Victor eussent été sincères.
Nous ne nous arrêterons pas à montrer la futilité du seul prétexte mis en avant pour couvrir l'odieux de l'invasion. Jamais, au dire de tous ceux qui ont s'éjourné à Rome dans l'été de 1870, les sujets du Pape n'avaient goûté une tranquillité plus parfaite. D'ailleurs, le motif allégué était des
plus mal choisis : Victor Emmanuel obéissait lui-même en esclave à la révolution lorsqu'il demandait à Pie IX de lui céder Kome, et croyait, en offrant cette nouvelle victime au monstre des sociétés secrètes.conserver encore sa couronne menacée. Le St. Père n avait-Il pas le droit de lui répondre : " Médecin guéris-toi toi-même."
Quant à l'abandon de la souveraineté temporelle du St. Siège, et au licenciement des troupes étrangères, on connaissait assez la fermeté et la délicatesse de coeur de Pie IX, pour être certain que ces exigences seraient nettement rejetées. Mais c'était précisément ce qu'on voulait. Tous les moyens employés jusque là, étaient venus se briser contre l'inébranlable non possumus du successeur de Pierre. La révolution ne pouvait avoir Eome que par la force des armes ; elle voulut la guerre, et Victor- Emmanuel s'y soumit.
Le 10 septembre, le jour même où Pie IX inaugurait la magnifique fontaine de la place des Thermes, près de la gare du chemin de fer, et que la population de Rome acclamait avec les transports les moins équivoques de joie et d'amour son auguste souverain, l'armée piémontaise traversait les frontières et faisait prisonnier à Bagnorea, un poste avancé d'une vingtaine de zouaves sous les ordres du lieutenant de Kervyn.
Le lendemain soir, ils paraissaient vers neuf heures et demie au nombre de cinq à dix mille devant Montefiascone, petite
ville située sur les bords du lac Boiserie, et munie de vieilles fortifications en ruines.
Deux dragons pontificaux, envoyés à la découverte, étaient revenus à toute bride et pousuivis de près par les lanciers piémontais, avertir le commandant de la garnison, M. le comte de Saisy, chef du quatrième bataillon des Zouaves. Celui-ci avait déjà reçu, à deux heures de l'après-midi, l'ordre de se retirer devant les Italiens, et de ne se battre que s'il était attaqué; mais comme les ternies de cet ordre lui laissaient une certaine latitude, il avait voulu attendre, secondé en cela par le désir des zouaves qu'il commandait, pour se retirer, à la lettre, devant les Piémontais, et courir la chance de frapper les premiers coups, si on l'attaquait.
La garnison de Montefiascone était composée de la troisième compagnie du quatrième bataillon, capitaine d'Arcy et sous-lieutenant Murray : et de la quatrième compagnie du même bataillon, capitaine de la
Messelière, formant un effectif d'environ cent soixante-dix hommes. On avait coutume d'appeler ces deux compagnies, britanniques, parce que la première était surtout composée d'Anglais et d'Irlandais, tandis que dans la seconde l'élément canadien dominait.
Les Zouaves étaient déjà au lit lorsqu'on vint annoncer l'approche de l'ennemi. Les alertes avaient été si fréquentes les jours précédents, que cette nouvelle trouva d'abord beaucoup d'incrédules ; mais quand on ne put plus conserver de doutes, se lever, s'habiller, faire son sac et partir, tout cela fut, pour les Zouaves, l'affaire d'un instant.
Cependant, on n'était pas sans espérance d'échanger quelques coups : les .dragons avaient été poursuivis jusqu'à trois ou quatre cents métrés de la ville, et l'ennemi pouvait s'être avancé encore : or, pour atteindre la route de Viterbe, il fallait aller à leur rencontre pendant quelque temps; mais les piémontais, vu l'heure avancée, Bans doute, n'avaient pas jugé à propos
d'attaquer, et avaient établi leur camp dans un vallon à peine hors de portée de fusil. Les Zouaves, lorsqu'il se mirent en marche vers dix heures et demie, purent voir allumer les feux des bivouacs et longer, pour ainsi dire, le campement ennemi.
On, arriva sans autre incident à Viterbe à deux heures du matin, le 13. La ville était déjà en mouvement ; toute la garnison était déjà sur pied ; on avait élevé des ouvrages en terre en avant de quelques portes, on en munissait d'autres de matelas pour amortir les boulets, enfin tout annonçait qu'on s'y préparait à un siège. En effet, le Lieutenant colonel de Charette, à qui une dépêche du Général pro-ministre venait de donner une entière liberté d'action, avait résolu de s'y défendre vigoureusement, malgré l'énorme disproportion des forces : il n'avait à opposer à l'ennemi que sept compagnies de Zouaves, une compagnie de gendarmes, quelques artilleurs et un peloton de' dragons, en tout environ huit cents hommes; toute son
artillerie consistait en deux pièces de campagne.
Dans la matinée, M. de Charette reçut de Civitta Castellana, un télégramme conçu en ces termes :
" Je suis attaqué par douze mille hommes: adieu ! "
De Résimont, Capt.
Cette dépêche annonçait dans son laconisme héroïque, que la garnison de Civitta Castellana était résolue à résister jusqu'au bout aux attaques de l'ennemi, et qui le croira ? le commandant de la place n'avait sous ses ordres qu'environ cent cinquante hommes partagés entre une compagnie de Zouaves sous les ordres de M. le Capitaine de Résimont, et la compagnie de discipline commandée par le Capitaine Rufini, des Chasseurs indigènes, à qui l'ancienneté de grade donnait de plus la direction de la défense. Chose plus incroyable encore, le fort n'avait pas un seul canon pour répondre aux trente
pièces des Piéinontais : mais l'ordre de résister était-là, et on résista sans regarder aux conséquences. Telle était la puissance du devoir dans cette armée qu'on n'avait pas craint de représenter comme une réunion de jeunes écervelés dont la seule ambition était de s'amuser le mieux possible.
A l'approche des Italiens, les Zouaves sortirent de la ville, et allèrent s'embusquer en tirailleurs en arrière d'un pont où les ennemis devaient passer ; mais soit que ceux-ci eussent été avertis, soit qu'ils eussent prévu cette manœuvre, ils prirent une autre route, dans le dessein de couper la retraite à la compagnie, mais lorsque celui qui commandait celle-ci vit le péril, il la fit rentrer en tout hâte au fort.
Les assiégeants ayant pris leurs positions et monté leurs batteries, commencèrent bientôt sur les pontificaux un feu si violent qu'au bout de deux heures le fort .^'écroulait de tou^ côtés ; cependant, par un bonheur providentiel, pas un seul de ses défenseurs n'était gravement atteint. Là
ENVAHISSEMENT DE LA PROVINCE DE VITERBE. 2 iO
8e trouvaient nos compatriotes le sergentmajor Prendergast, le sergent A. Murray, le caporal Bécot et quelques autres zouaves canadiens, tous de la cinquième compagnie du quatrième bataillon. Dans la même comgnie commandait en second le sous-lieutenant péruvien José Sevilla. le célèbre blessé des cinq plaies de Mentana.
Le sergent Murray avait eu son fusil brisé entre ses mains par un projectile et avait reçu une légère blessure à la tête : au même moment, le sergent-major Prendergast avait été frappé, mais sans aucune gravité.
On en était là, la petite garnison ripostant bravement, aux boulets et aux bombes par des balles bien dirigées, et elle était bien disposée à continuer encore la lutte, lorsque les cris désespérés des détenus enfermés dans une prison exposée à la canonade des assiégeants, engagèrent le commandant de la place à capituler sans plus de retard. Le but principal de la résistance était atteint : on avait protesté contre l'envahissement des états de l'Eglise.
et par la reddition, on sauvait bien des vies dont le sacrifice n'était plus nécessaire ni même utile.
On hissa donc le drapeau blanc et le feu cessa.
Les deux commandants s'abouchèrent et arrêtèrent que la garnison resterait prisonnière, mais recevrait les honneurs de la guerre avant de rendre les armes. Cadorna avait d'abord stipulé que les troupes indigènes seraient libres, et que les étrangers seuls seraient prisonniers ; mais, il avait compté sans l'esprit d'union qui faisait la force de l'armée pontificale ; aussi ne fut-il pas médiocrement étonné de la noble et fière réponse de Rufini : " Nous sommes " tous catholiques, et comme tels, il n'y a " pas d'étrangers parmi nous, tous nous " devons subir le même sort. D'ailleurs " nous n'avons ni morts ni blessés : nous "sommes prêts à subir l'assaut." Cette réponse fit comprendre au piémontais qu'il valait mieux renoncer à son idée que s'exposer à un retard inutile dans ses opérations.
Il accorda tout ce qu'on voulut et toute la garnison fut prisonnière.
Après la capitulation, les généraux se rendirent au fort pour le visiter " Où sont " vos canons ? demanda Cadorna, en jetant u les yeux sur les murs démantelés. — Nous •; n'en avons pas. — Comment! sans canons ? •• reprit-il, ne pouvant réprimer son dépit, " vous avez osé résister avec si peu de •• inonde ? Savez vous que c'est là une u infraction aux lois de la guerre ? "
i La raison du plus fort Est toujours la meilleure »
a dit le fabuliste, et c'est aussi ce que pensait Cadorna.
Les glorieux prisonniers furent dirigés sur Spolète, et de là sur Livourne où nous les retrouverons.
RETRAITE DE VITEREE.
La garnison de Viterbe se trouvait donc réduite, par la capture des deux détachements de Bagnorea et de Civita-Castellanaj à huit cents hommes, zouaves et gendarmes, tous gens décidés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité contre les seize mille hommes s' avançant par la route de Florence et qu'on commença à signaler le onze au soir. On voyait leurs feux sur le penchant de Montefiascone, à dix ou douze milles au nord de Viterbe,
Toute la nuit se passa à faire des préparatifs pour la défense. La porte Flore n-
254 RETRAITE DE VÏTERBE.
tina fut protégée par un ouvrage en terre et par nos matelas entassés.
La porte Romaine fut coupée par un fossé et les autres portes barricadées ou murées.
Les officiers donnaient l'exemple en mettant la main à la pioche et ranimaient les soldats épuisés par le travail et transis par le froid humide de la nuit.
Les plus gros bagages furent chargés sur des voitures qui prirent immédiatement le chemin de Rome ; et à l'aube du jour tout était prêt pour la résistance.
" A sept heures, écrit un Zouave, l'ennemi se mit en mouvement déployant ses ailes de manière à envelopper la ville. Nous apercevions de temps en temps ses bataillons nombreux traversant les vignes pour prendre leurs positions. Nous attendions tranquilles et fermes. L'Eglise de St. François était remplie de soldats mettant en ordre leurs dernières affaires pour paraître devant Dieu. Deux aumôniers y confessaient et distribuaient la sainte Eucharistie, le pain des forts, qui fait l'enfant, soldat terrible pour
son ennemi. La population était calme, mais il y avait lieu de craindre un mouvement hostile de sa part durant l'engagement. Nous étions préparés contre les ennemis extérieurs et intérieurs. "
Tout à coup, vers onze heures le poste d'observation placé au haut de la tour de la caserne signala un corps d'armée s' avançant sur la route de Rome. C'étaient les Piéinontais qui étaient entrés sur le territoire pontifical par Orte et qui venaient à l'appui de ceux d'Orvieto pour envelopper de toutes parts et couper la retraite à la garnison. Mais ils comptaient sans leur homme.
De Charrette allait leur donner une théorie sur la manière de se tirer d'une difficulté et de déjouer les plans de son ennemi. Lorsqu'il vit que ses Zouaves allaient être cernés de tous côtés et qu'ils auraient à verser leur sang inutilement, "il donna l'ordre immédiat de retraiter et d'abandonner la ville aux ennemis. Cinq minutes après, toute la^Monne était déjà hors de
la ville en route pour Civitta-Vecchia.
Gomme l'arri ère-garde sortait par la porte St. Pierre les lanciers piémontais entraient dans Viterbe par la porte Romaine, voisine de la première.
Ils firent prisonnier un poste de douze hommes, commandés par le sergent Bayard qui n'avait pas bien saisi l'ordre. Les malades qui n'avaient pu suivre la colonne tombèrent aussi entre leurs mains.
Il était une heure après-midi ; les troupes se mettaient en marche pendant la plus grande chaleur du jour, et par des chemins couverts d'une couche épaisse de poussière. Bienheureux alors ceux quel'ordre du départ trouva munis d'un peu de vin, de café, ou d'eau ! Cependant ces faibles provisions furent bientôt épuisées, et les Zouaves durent marcher au pas accéléré, sous les rayons perpendiculaires du soleil, en proie à une soif ardente et n'ayant pour rafraîchir leur gosier irrité qu'une salive épaisse de poussière. Les plus faibles n'y purent tenir. Un grand nombre jetèrent à regret l*rfTs sacs conte-
liant les restes J^> leur petite fortune en habits et en souvenirs, pour pouvoir suivre la colonne et ménager assez de forces pour se servir de leurs armes au besoin.
La colonne était à peine parvenue à deux milles de la ville qu'une alerte fut donnée à l'arrière-garde. Les pontificaux avaient signalé sur la route qu'ils venaient de parcourir, un gros de Cavaliers qui s'avançaient à toute bride. Aussitôt une compagnie, la quatrième du quatrième, se déploie en tirailleurs sur les deux côtés de la route pour protéger la retraite ; mais alors arrivèrent deux dragons pontificaux, un officier et son ordonnance, qui expliquèrent les mouvements de l'ennemi.
Cet officier avait été chargé d'aller por. ter aux différents postes de la ville, l'ordre de se retirer. Il venait de s'acquitter de cette-mission, s'en vena]t<ej oindre son corps déjà hors de la ville lorsqu'il déboucha sur une place en même temps qu'un peloton de lanciers piémontais venus d'un autre côté. •' Vous êtes prisonnier, crie l'officier des
lanciers, rendez vos armes. " — " Venez les prendre," réplique l'autre en piquant des deux, et passant au triple galop devant ses ennemis étonnés. Il avait déjà franchi la place lorsqu'on songea à le poursuivre.
Grâce à la vitesse de son cheval, il prit de l'avance, et les piémontais durent tourner bride, quand ils le virent près d'atteindre la colonne.
A plusieurs reprises, l'arrière garde malgré la fatigue se déploya dans les montagnes à la suite d'alarmes semblables; mais l'ennemi comptant sans doute que les zouaves devaient tôt ou tard tomber sur le chemin de quelqu'un de leurs corps d'armée qui sillonnaient la campagne, les suivit de loin sans les attaquer.
Vers six heures du soir de ee jour (12 septembre) les pontificaux attinrent Vétralla, épuisés, mourant de faim et de soif et pouvant à peine se soutenir sur leurs pieds échauffés et presque rôtis par le sol brûlant.
Le gros de la colonne pénétra dans la
ville et y prit ses dispositions pour la nuit, une compagnie de garde ayant été laissée sur la route de Viterbe. De Charrette ne craignît point d'être attaqué, vu la nuit et L'assiette forte de la ville.
Les hommes bivouaques dans la ville purent se restaurer un peu, mais les pauvres diables qui se trouvaient de garde et qui n'avaient bu ni mangé depuis bientôt vingt-quatre heures, furent obligés de se contenter de l'air frais ! Ils étaient là, couchés sous les arbres d'une plantation d'oliviers, obligés de se tenir en éveil pour ne pas être surpris par l'ennemi ; le froid humide des nuits d'Italie les glaçait jusque dans la moelle des os. Quelques-uns mourant de soif, furent obligés, pour éteindre le feu dévorant qui brûlait leur gosier, d'avoir recours à un moyen extrême mais connu] des vieux [soldats ; faut-il le dire ? ils burent de l'urine recueillie dans leur képi.
A toute minute, le silence de la nuit était troublé par les détonations des armes
des sentinelles qui tiraient sur les gens ne répondant pas au " Qui Vive !" et qui pouvaient fort bien être des espions. Une patrouille de lanciers italiens vint à passer sous un poste, commandé par le caporal E. Varin ; interpellée par celui-ci elle répondit en français: " Gendarmes." Soupçonnant une ruse de l'ennemi, Varin fit faire feu sur elle et immédiatement on entendit le galop de plusieurs chevaux.
Cette nuit si pleine d'inquiétudes n'était pas encore terminée que Tordre de lever le camp fut donné.
Compagnie par conipagmie, toute la colonne enfila la montagne à la faveur du silence ; les bagages venaient ensuite ainsi que l'artillerie et enfin l'arrière garde, composée d'une compagnie de Zouaves, d'un demi escadron de dragons, et de quelques gendarmes. Les ennemis n'osèrent les inquiéter préférant prendre la colonne entière dans leurs filets sans tirer un coup de fusil. Les Zouaves marchèrent ainsi jusqu'à Monte-Romano, petite ville, éloignée d'en-
RETRAITE DE VITEKfcE. 261
viron quinze milles de Vetralla. Là, ils firent halte pour l'aire le café et la soupe et pour attendre une division de gendarmes, ce qui porta l'effectif de la colonne à onze cents hommes.
Le colonel envoya des reconnaissances de cavalerie sur les différents chemins, et toutes revinrent rapportant que l'ennemi avait coupé toutes les routes et attendait, embusqué sur les rochers qui les bordaient, le passage de la colonne. L'ordre du jour du Lieutenant-Colonel enthousiasma ses Zouaves : " Du sang-froid, du calme, les enfants, disait-il, nous allons être obligés de faire une trouée dans les rangs ennemis, tirez juste et à la baïonnette ! On ne nous tient pas encore. Vive Pie IX ! ': Ils laissèrent Monte-Romano vers deux heures de l'après-midi dans le même ordre que cidessus mentionné, si ce n'est que de fortes escouades de gendarmes protégeaient les ailes.
Ils suivirent quelque temps la grande route, précédés à une grande distance par leur ayant-garde, mais eelle-ci étant arri-
vées en vue des avant-postes ennemis sur la route de Corneto, elle battit immédiatement en retraite, abandonnant le chemin pour prendre les champs. La colonne exécuta le même mouvement.
Alors commença une marche forcée, et des plus pénibles ; le terrain était sablonneux et enfonçait sous les pas ; des torrents se rencontraient sur le chemin, on les traversait à gué ayant de l'eau jusqu'à la ceinture ; les accidents de terrain, les arbrisseaux contribuaient à gêner la marche ; n'importe on avançait toujours au pas accéléré ; des montagnes se présentent, sans ralentir la vitesse on se met à les gravir ; de temps à autre, des voitures de bagages s'arrêtent ne pouvant plus être traînées par les chevaux exténués par la fatigue, on renverse les fourgons et on détruit le bagage pour qu'il ne profite pas à l'ennemi. Cette marche à travers montagnes et forêts, et à la faveur de l'obscurité naissante de la nuit se fait dans le plus grand silence; on pouvait être surpris à tout instant.
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Vers le milieu de la nuit on arrive à une grande route; le mot " lialte" retentit par toute la ligne ; tous ces pauvres soldats se laissent tomber, les uns la l'ace par terre pour aspirer un peu l'humidité du sol et dessécher ainsi la brûlante aridité de leur gosier, les autres broutaient l'herbe pour se désaltérer.
Des éclaireurs sont envoyés pour examiner si la route qu'on vient de rencontrer est libre ; après quelques instants ils reviennent annonçant qu'ils n'aperçoivent rien.
Au signal qui se donne subitement de reprendre la marche, plusieurs se sentaient incapables de se relever ; " Vite et en ava.nt s'écrie le brave Colonel, il vaut mieux mourir sur la route que de tomber vivants entre les mains de ces sales brigands qui nous poursuivent. " Le Conseil était bon, car il n'y avait pas une demie heure qu'ils étaient repartis qu'ils aperçoivent derrière eux les troupes de Bixio sur les hauteurs qu'ils viennent de traverser ; à leur gauche sont d'autres troupes qui occupent les petites villes d'Allumiera et de la Tolfa, à leur
droite des campements piémontais échelonnés de distance en distance, et si rapprochés, qu'on distinguait la silhouette des senti tinelles passant devant le feu de veille.
Après avoir cheminé pendant quelque temps sur la grande route, il fallut encore se jeter à travers les montagnes pour parer aux mille difficultés que pouvait faire surgir à chaque instant une marche trop découverte. On ne savait pas ce qui se passait à Civitta-Vecchia : la ville pouvait être assiégée ou même prise.
La présence des Piémontais à Corneto, petite ville reliée par un chemin de fer à Civitta-Vecchia, permettait ces deux suppositions. Ce fut donc avec des précautions extrêmes que l'on continua la retraite.
Ces infatigables Zouaves ne suivaient aucun chemin tracé et ils avançaient à la seule clarté des étoiles. Le terrain était tellement impraticable en certains endroits, qu'ils étaient obligés de démonter leurs canons, et de les traîner ou les porter à force de bras. La faim et la soif avaient depuis longtemps épuisé leur.
RETRAITE DE VITERI7E.
forces ; depuis treize heures de marche non interrompue, ils n'avaient pas rencontré une seule goutte d'eau ; aussi, un obstacle imprévu venait-il suspendre le mouvement de la colonne, qu'on voyait aussitôt ces pauvres soldats se coller la bouche contre terre pour aspirer le peu d'humidité que la nuit y déposait, d'autres manger les feuilles et les bourgeons des arbres, comme nous l'avons dit plus haut. De temps en temps la voix du Colonel se faisait entendre : " Allons, les " petits ! allons les amours ! le zouzou ne " doit pas se laisser abattre pour si peu. " Vous n'avez aucune envie de tomber au " pouvoir de l'ennemi, et il ne faut pas " non plus lui laisser nos canons. Forcez " sur les roues, tirez à la chaine. Du coura- " ge ! " Et les pauvres soldats se relevaient s'attelant aux Canons et s'encourageaient en disant : " C'est pour la cause."
Nous avons été long dans le récit de cette retraite de Viterbe parce que cette retraite sera, après le siège de Rome, le principal événement de cette courte campagne de
dix jours, et d'un autre côté, parcequ'elle illustre un homme qui est cher aux Canadiens à plus d'un titre.
Tout le monde connaissait la valeur brillante du Lieutenant-Colonel de Charrette, tout le monde connaissait les faits d'armes de ce brillant héros de Ce„stelfidardo, de Nérola et de Mentana. Cependant, par un privilège qui seul ferait son éloge, on ne l'avait jamais vu aller qu'en avant, et si on rendait justice à ses qualités pour une charge intrépide, pour un coup de main hardi, il ne manquait pas de gens qui pensaient que ses succès dépendaient surtout de la furie avec laquelle il attaquait ; que, obligé de se tenir sur la défensive, les conditions indispensables de prudence et de sagesse qui font les généraux accomplis, lui feraient défaut. La retraite de Viterbe est là pour montrer jusqu'à quel point ces préventions étaient injustes.
Saisissant au premier coup d'oeil les difficultés énormes qui s'opposaient à son passage à travers un territoire occupé par l'ennemi.
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il Hit déjouer tous les plans, surmonter tous les obstacles. Entouré d'espions, il ne confia le secret de ses démarches qu'à quelques officiers supérieurs, et ses plans furent si bien déguisés, que l'ennemi prit le change, et alla l'attendre sur la route de Corneto où tout laissait croire qu'il se dirigeait. Ses propres soldats ne devinèrent son dessein que lorsqu'il les lança à travers les montagnes du côté de Civitta- Vecchia.
Là, ce caractère fougeux allait être soumis à de rudes épreuves. La colonne avançait lentement ou s'arrêtait tout-à-fait : une fois même elle perdit complètement la direction. Toujours maître de lui-même, le brave Colonel ne fit servir sa vivacité qu'à retrouver le sentier perdu ; du reste, pas un mot de reproche aux guides. Puis au milieu des milles difficultés dont on a lu le récit, lui seul paraissait infatigable : il encourageait de paroles et d'exemple, il enlevait les plus abattus, et ses hommes, n'eussentils eu en vue que la gloire de leur noble
commandant, auraient encore vaincu leur épuisement pour la lui procurer.
On imaginera facilement ce qu'il fallut de prévoyance, de soins, de précautions pour tromper la vigilance de l'ennemi et traverser ses lignes ; la grande ambition de Bixio était de s'emparer de de Charrette et de sa colonne, et lorsque le général apprit que notre Lieutenant-Colonel était sorti de Viterbe, il prit si bien ses mesures et était tellement certain de son fait, qu'il télégraphia à Florence, "je tiens Charette et toute sa colonne. " Pauvre Bixio ! il dut se trouver penaud lorsqu'il apprit le lendemain que M. de Charette était rentré à Rome avec tous ses hommes.
Avant de parler de Rome qu'on nous permette un mot sur la malheureuse capitulation de Civitta-Vecchia.
Civitta-Vecchia était l'unique ville des états du St. Père qui fut assez fortifiée pour supporter un siège ; aussi comptait-on que la prise de cette ville retarderait de beaucoup les opérations de l'armée piémontaise
qui ne devait attaquer Rome qu'après s'être emparée des autres villes.
Le 13 septembre, la division de Bixio forte de dix à douze mille hommes descendait les montagnes qui avoisinent Civitta-Vecchia, et quatorze frégates croisaient vis-à-vis la rade : le 14, l'ennemi prit ses dispositions autour de la ville ; à l'intérieur les pontificaux se préparaient avec un entrain et une ardeur incroyable ; on s'attendait à un siège en forme, et les Zouaves, au nombre de trois ou quatre cents, sautaient de joie à la pensée que le lendemain le bal allait commencer.
Le 15 septembre de bonne heure toute la garnison de la ville était sur les murs attendant l'ordre de commencer le feu ; c'était l'anniversaire de la trop fameuse convention passée entre ces deux souverains hypocrites dont l'un a déjà reçu sa récompense.
Cette date devait être encore une fois signalée par un acte de lâche trahison : le commandant de place, Espagnol du nom de Serra, au lieu de suivre l'ordre qu'il
avait reçu de Rome de faire une résistance, signa lâchement la capitulation de Civitta- Vecchia, malgré les réclamations de M.
d'Albiousse commandant des Zouaves : à trois heures de l'après-midi, la garnison était prisonnière.
Honte au lâche et traitre Serra !
Le 7 septembre, le sixième détachement canadien étant rentré dans Eome ; le surlendemain le St. Père leur accordait une audience; Sa Sainteté venait justement de recevoir des mains du Cavourien Ponza di San Martino l'inqualifiable lettre de Victor Emmanuel reproduite plus haut : quelque pénible et triste que dut être l'impression causée par la lecture de cette missive, Pie IX parut à nos zouaves avec une figure calme et sereine. " Je suis toujours touché mes en- ■•' fonts, leur dit-Il, lorsque je vous vois accou- ••' rir autour de moi ; mais je le suis surtout " dans les circonstances que nous traver- • sons; outre l'ennemi qui nous menace, du
" dehors, il y en a un autre qu'il faut " encore plus craindre, c'est le péché. Soyez " donc bien sur vos gardes : priez beaucoup, " et afin que l'aide de Dieu soit avec vous, " je vais vous donner la bénédiction du " Seigneur : Benedictio, etc. "
Le St. Père ne sourit qu'une ibis à cette audience, ce fut lorsqu'il rappela l'art et l'adresse que déployèrent les zouaves canadiens dans leurs travaux au camp de Rocca di Papa en 1868.
(''était la dernière audience que ce bon Pontife devait donner à ses volontaires, à qui II montrait, en toute circonstance, tant d'affection.
L'agonie de Sa Sainteté avait commencé par la lettre du plénipotentiaire, elle durera jusqu'à son emprisonnement, ou son calvaire, le 20 septembre.
Dès la nouvelle du passage des frontières par les troupes piémontaises, le 10 septembre, Rome fut mis en état de siège et les travaux de défense commencèrent avec une activité étonnante ; dès le lendemain une
reconnaissance est faite à Monte-Mario et à Ponte Molle où des lanciers ennemis ont été aperçus.
Deux difficultés, de nature bien différente, mais d'importance majeure, surgissaient au sujet de la défense de Rome ; l'une résultait de la condition de Sa Sainteté comme chef de l'Eglise et prince de la paix, l'autre, de l'exiguité des moyens de défense.
Il faut avoir habité Rome pour connaître l'étendue de ce mur d'Aurélien, qu'il s'agissait de défendre avec une armée de dix mille hommes, contre cinq corps d'armée de onze à douze mille chacun et une artillerie formidable. Près de la porte Salara, la muraille crevassée et tremblante, était soutenue par des é tançons de bois, et n'avait pas plus de quatre-vingts centimètres d'épaisseur : l'armée avait un assez bon nombre de pièces de siège et de campagne, mais le tiers à peine des artilleurs suffisant pour les pièces à pointer. Voilà la difficulté matérielle ; la difficulté morale n'était pas moindre.
A Rome, on voulait demeurer Romain ; on ne voyait venir les Piémontais qu'avec la plus grande répugnance ; mais on avait peur de se défendre : " Puisqu'on ne peut se tirer d'affaires comme à Mentana, disaiton, rendons-nous, ce sera plus simple ; rendons-nous dans de bonnes conditions, ce sera infiniment plus avantageux : nous épargnerons le sang des zouaves et l'intégrité de la ville. "
Les personnes qui approchaient le Saint- Père ne trouvaient guère opportune la réponse qu'il avait faite à M. Ponza di San Martino, et lui demandaient s'il voulait être le Jules II du dix-neuvième siècle. Mais pour le coeur magnanime de Pie IX, il y avait là une question d'honneur, et l'honneur ne transige pas. ••' Si je n'étais que Jean Mastaï, disait-il à un de ses officiers, à soixante dix huit ans, je serais à cheval à votre tête. " Le Pape ne voulait pas. le Pape ne pouvait pas abandonner son pouvoir temporel que l'épiscopat catholique tout entier avait hautement déclaré indispensable à
l'indépendance de son pouvoir spirituel ; Il ne voulait pas, Il ne pouvait pas livrer aux Piémontais, à la première sommation, des remingtona que la charité de la chrétienté lui avait offerts. Les Zouaves demandaient les larmes aux yeux à mourir pour Lui ; comme prince italien II pouvait transiger, il ne le pouvait pas comme chef de l'Eglise. La lettre suivante qu'il adressa au général Kanzler, ministre des armes, au moment suprême, le 19 septembre, montre bien la situation de son cœur paternel et la ligne de conduite que Lui inspira le Seigneur.
Lettre de Sa Sainteté au général Kanzler
•• Monsieur le Général,
'•' Maintenant que l'on va consommer un grand sacrilège et la plus énorme injustice, et que les troupes d'un roi catholique assiègent la capitale de l'univers catholique, j'éprouve d'abord le besoin de vous remercier, vous, monsieur le général, et toute notre armée,
?7l) PRISE DE ROME.
de la générense conduite tenue jusqu'à ce jour, de l'affection montrée au Saint-Siège et de la résolution déployée pour défendre cette métropole. Que ces paroles soient un document solennel qui attestent la discipline, la loyauté et la valeur des troupes au service du Saint-Siège. Quant à la durée de la défense nationale, j'ai le devoir d'ordonner qu'elle consiste uniquement en une protestation propre à constater la violence, et qu'elle n'aille pas au-delà ; qu'on ouvre des pourparlers pour la reddition aussitôt que la brèche sera laite. Dans ce moment où l'Europe entière déplore que de nombreuses victimes soient tombées dans une guerre entre deux grandes nations, qu'il ne soit pas dit jamais que le Vicaire de Jésus-Christ, injustement attaqué, ait consenti à une grande effusion de sang. Notre cause est celle de Dieu, et nous remettons en ses mains toute notre défense. " Je vous bénis de tout cœur, monsieur, le général, ainsi que toute notre armée.
Au Vatican, 19 ^pj^mbro. »
Tels était les sentiments du cœur du père commun des fidèles : ceux de ses enfants venus pour le défendre sont à la hauteur de leur cause et de l'amour qu'ils lui portent. On va se battre dans des conditions qui rendent la mort cent fois plus probable que la victoire. On n'en aura que plus d'ardeur en allant au combat; maison veut avant tout se battre en chrétien, on veut disposer Bon âme. par la grâce des sacrements, à paraître dignement devant Dieu.
Les aumôniers ne peuvent suffire au nombre des confessions. Ils passent toute la journée et une partie de la nuit dans les casernes: chacun se munit d'une médaille delà Vierge, d'un scapulaire, d'un chapelet, d'une petite croix rouge distribuée par les PP. de Saint-Camille de Lellis. Il n'échappe à aucun soldat, dans les moments de vivacité, des paroles injurieuses à Dieu ni aux saints. " J'ai entendu, dit leR.P.de Gerlache.plus de blasphèmes par une compagnie de bersaglieri, pendant une demi-heure, le 20 septembre, que je n'en avais entendu profère]
par tout le régiment des zouaves pendant trois ans. "
Le 15, les trois divisions conduites par le général en chef, Cordorna, appochaient de la ville sainte ; un second plénipotentiaire est dépêché auprès de Kanzler pour l'engager à céder Rome sans combat. Celui-ci remet au parlementaire le pli suivant à l'adresse de Cordorna : " J'ai reçu l'invitation que m'adresse Votre Excellence de laisser entrer les troupes sous son commandement. Sa Sainteté désire voir Rome occupée par ses propres troupes et non par celles d'un autre souverain. Par conséquent, j'ai l'honneur de vous répondre que je suis résolu à résister partons les moyens qui sont à ma disposition, comme me l'imposent l'honneur et le devoir ! ''
Le lendemain un troisième, le général Malevolta, aide-de-camp de Victor Emmanuel, était introduit, les yeux bandés, auprès du ministre des armes.
Le 19, un quatrième était expédié ; celuici était porteur de lettres pour Sa Sainteté.
pour le Cardinal secrétaire d'état et pour le
ministre de la guerre ; on ne lui répondit pas.
••' Etrange spectacle ! b' écrie le P. de Ger-
lache, que donnent ces envahisseurs sacrilèges de la Ville Eternelle. Ailleurs les faibles tremblent lorsqu'ils sont menacés par une forte armée ; ils envoient des négociateurs pour obtenir des conditions honorables de paix ; ici c'est tout le contraire ; les faibles sont tranquilles, ils voient venir la mort avec joie ; les forts sont dans l'agitation et l'inquiétude, ils ne savent que faire pour publier leur succès, pour expliquer leur victoire. " (1)
Déjà tout Rome était cerné par les troupes piémontaises qui comptaient soixante mille hommes et cent soixante canons ; depuis deux jours on s'attendait cà l'ouverture du feu, lorsqu' enfin le 20 septembre. à cinq heures du matin, se fit entendre le premier coup de canon qui était le signal du bombardement sur toute la ligne : en moins de deux minutes toutes les portes de Rome, à
! Messager dti Serré, Cœur de novembre 1870.
l'exception de celles protégées par le fort St. Ange, étaient devenues les points de mire de la formidable artillerie piémontaise ; veuton savoir avec quelle joie et quelle ardeur nos Zouaves se préparèrent au feu et avec quel courage ils l'essuyèrent ? écoutons l'un d'entre eux, M. G. Désilets sergent-major, qui nous fait le récit de la défense de la porte St. Jean à laquelle il prit part.
"Le 19 septembre au matin, ma compagnie, cinquième du troisième bataillon, capitaine Thalman, partait de la " Piazza Colonna " sous les ordres de M. le lieutenant-colonel de Charrette, pour aller occuper la porte St. Jean de Latran. C'était notre poste de bataille. Nos coeurs battaient d'orgueil et de plaisir ; combattre sous les ordres de notre chevaleresque et tant aimé Lieutenant-Colonel et mourir sous les murs de la Grande Basilique, la " Mère et la tête de toutes les Eglises " c'était pour des Zouaves un honneur et une faveur qui dépassaient tous nos vœux.
"A notre arrivée à la porte, nous trouvâmes deux compagnies de Carabiniers Suiset deux pièces d'artillerie. En tout, nous comptions environ deux cent cinquante hommes. C'était toutes les forces dont M. de Charette disposait pour défendre la porte St. Jean et ses environs, contre le corps d'armée du Général Piémontais Angioletti, fort de vingt-cinq mille hommes et pourvu d'une puissante artillerie.
"M. de Charrette, avec son coup d'oeil habituel, eut promptement arrêté son plan de défense. La partie des murs que nous avions à défendre, s'adossait à deux petites élévationsqui venaient en s' abaissant de chaque côté de la Porte et formaient une espèce de terre-plein qui ne pouvait être battu en brèche avec avantage par l'ennemi. La partie la plus faible était la porte ellemême, dont les battants n'étaient composés que de vieilles pièces de chêne de sept à huit pouces d'épaisseur. Dans les jours précédents, on avait élevé en dehors un épaulement en terre, défendu par un fossé,
et formant les trois côtés d'un carré d'une dizaine de mètres, dont les flancs venaient s'appuyer aux murs, chaque côté de la porte. Des embrasures y avaient été pratiquées, et permettaient à nos pièces de balayer l'extérieur des murs avec plus d'effet. Ce faible rempart était loin d'être inexpugnable, aussi nous nous mîmes à l'oeuvre pour élever à l'intérieur de la Porte une petite fortification à peu près du même genre. Nous y allions de bon coeur, et de bonne heure dans l'après-midi, ma compagnie était installée dans ce retranchement pour faire à brûle-pourpoint et à la pointe de la baïonnette l'honneur de l'entrée de ces messieurs.
" Nous voyions flotter dans la plaine les couleurs piémontaises, et le camp se dessinait en dehors de la portée à nos canons.
"De temps à autre, des pelotons deBersagUeri et des piquets de lanciers, qui s'avançaient en tirailleurs dans les vignes, venaient à s'approcher jusqu'à portée de