‹ Nos croisésChapitre 22 sur 29 · L ETOILE DB LA MER · texte numérisé non relu

L ETOILE DB LA MER

la nourriture ne pouvait être que des plus chétives, vu lamodicité du prix de passage ; la saison était des plus défavorables, on en était, comme disent les marins, à la queue des équinoxes d'automne, et chacun n'avait pour tout vêtement que son uniforme avec lequel il avait été fait prisonnier ; la plupart n'avaient qu'une seule chemise que déjà ils portaient depuis plus de quinze jours, plusieurs s'embarquaient avec la fièvre contractée avant ou pendant le siège.

Nos jeunes croisés surent se rappeler qu'ils avaient été mis, avant le départ de leur cher Canada, sous la protection de Celle que l'Eglise invoque sous le titre de Stella Maris, l'Etoile de la Mer ; ils se rappelèrent aussi, combien déjà Elle les avait protégés dans les différents périls de leur expédition, et tous en choeur ils entonnèrent, en quittant le port de Livourve, l'hymne Avt Maris Stella

Après avoir franchi le détroii de Gibral- ' furenl assaillie par des tempêtes

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terribles ; à plusieurs reprises ils crurent que le vaisseau allait être englouti : la mort qu'ils avaient désirée avec tant d'ardeur sur les murailles de Rome, leur apparaissait pleine d'horreurs dans les flots ; dans ces moments où toute espérance disparaissait, on entendait, dans un groupe, dire le chapelet,dans un autre, réciter les litanies de la Ste. Vierge.

Enfin, après quatorze jours, ils atteignirent les côtes d'Angleterre.

L'accueil le plus sympathique et le plus bienveillant leur fut fait à Liverpool ; les familles catholiques de cette ville se disputèrent le bonheur de donner l'hospitalité à ces défenseurs de l'Eglise; Lord Denbigh était venu de Londres, en compagnie du Marquis de Bute, exprès pour rencontrer nos zouaves et pour leur être utile.

Les trois jours passés à Liverpool rétablirent les forces de chacun et remirent de l'épuisement.

Le 19 octobre, on s'embarquait sur le paquebot Y Idaho pour, de Liverpool, se diriger sur Nevr-York.

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Cette traversée fut encore plus pénible et plus orageuse que la première.

Le 21 octobre commença une tempête qui dura trois jours consécutifs; on aurait dit la nature dans l'épouvante tant étaient grands le désordre et la confusion des éléments ; l'Océan semblait, par moments, vouloir s'élever jusqu'aux cieux, pour ensuite paraître s'abîmer jusqu'au fond de la terre ; par moments les vagues furieuses qui, dans le jour, semblaient des montagnes de neige poudreuse s' entrechoquant entre elles, apparaissaient, la nuit, phosphorescentes, comme une forêt de feu ; les flancs du vaisseau battus par ces montagnes d'eau en courroux,menaçaient à tout instant de s'entrouvrir ; les mâts craquaient, et pliaient sous la fureur du vent ; les hommes de l'équipage à la figure inquiète et sombre, étaient tous liés par un câble, les uns au bastingage, les autres aux haubans, pour n'être pas emportés par les flots ; tous les passagers consignés dans l'intérieur du vaisseau sont dans la terreur et l'effroi; un

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morne silence règne dans les compartiments des passagers de première classe ; l'époux n'ose faire connaître ses appréhensions à son épouse, l'enfant consulte du regard la figure de son père pour y lire ses émotions ; tous désirent qu'on leur fasse entendre des paroles d'espérance, et aucun n'ose interroger son voisin dans la crainte de n'en pas recevoir ce mot d'espoir ; l'ami voudrait encourager son ami, il n'en a pas la force. Dans l'entrepont de la proue où sont enfermés les zouaves, il y a un bruit qui se mêle à la terrible harmonie de la tempête ; des chants se font entendre à travers les mugissements de l'Océan, les craquements des mâts, les sifflements des rafales à travers les cordages, ces chants sont des prières à Marie, à l'Etoile de la mer : Sancta Maria ! Virgo pote) i s ! ora pro nobis. Spes nostra, ad te clamamus, ad te suspiramus ! ! Ah ! si la prière ne fut pas née avec l'homme, elle aurait été inventée sur quelque navire par des hommes seuls avec leurs pensées et leurs faiblesses, en présence de l'abîme du

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ciel où se perdent les regards, de l'abîme des mers dont une planche fragile les sépare. Mais l'ouragan allait toujours grandissant ; l'océan grondait, sifflait, hurlait, rugissait avec plus de force et de rage, les montagnes d'eau qui venait s'abattre tantôt sur la proue, tantôt sur la poupe du vaisseau, étaient de plus en plus lourdes et menaçantes ; la charpente du navire semblait se disjoindre ; lorsque tout à coup un bruit épouvantable, comme celui de la foudre tombant sur l'avant, se fait entendre ; en même temps on ressent une secousse terrible comme si le navire eut frappé sur un rocher, et avant de se rendre compte de l'accident, les Zouaves entendent d'immenses colonnes d'eau se précipiter dans leur compartiment ; une ancre a été emportée par une fortelamedupont supérieur et est venue tomber aux milieu despasgers, laissant derrière elle une large issue aux vagues qui viennent innonder l'entrepont ; on se croit en face de la mort, et ces flots semblent venir chercher des cadavres ; pendant que les uns se cramponnent aux

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objets qu'ils peuvent rencontrer sous la main, que les autres se jettent à la nage dans cette petite mer intérieure, une voix dominant tout le bruit, se fait entendre ; c'est un Zouave qui commande à ses camarades d'élever leur cœur à Marie et de lui promettre un ex-voto, s'ils arrivent à bon port.

C'était vers minuit.

Le lendemain, les flots, comme fatigués, ne faisaient plus qu'obéir au mouvement imprimé la veille, le vent était tombé, le ciel était pur, tous les passagers montés sur le pont, respiraient avec l'air frais, l'espérance et le bonheur ; les Zouaves remerciaient la Vierge Marie à qui ils attribuaient leur salut.

Le -3 novembre au matin, Y Ida ho rentrait dans la rade de New-York ; des catholiques de cette ville ayant à leur tête le bon et digne Eév. M. Quinn et M. McMaster, le Veuillot américain, firent à nos compatriotes une réception des plus cordiales et tout à l'ait somptueuse.

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Le lendemain, dimanche, le troupe entendait la messe à St. Jean : la population de cette ville voulut prouver aux Zouaves que leur admiration etleursympathies n'avaient fait qu'augmenter depuis le premier départ, le 19 Février 1868.

A deux heures de l'après-midi, nos braves rentraient dans Montréal.

Cinquante mille personnes sont sur pieds aux alentours de la gare pour leur souhaiter la bienvenue : " Vive Pie IX ! Vive les Zouaves ! " crient cinquante mille voix.

La multitude fait cortège aux croisés canadiens jusqu'à l'église de Notre-Dame, où, sous le portique, des adresses officielles sont lues, l'une par le Président de l'Union Catholique, qui se fait l'interprète de la jeunesse catholique du Canada, l'autre par le Comité Canadien des Zouaves Pontificaux qui représente la nation entière.

M. Taillefer répond, au nom de tous les Zouaves ; il le fait avec entrain, avec feu.

Enfin on pénétra dans la vaste église où le 19 Eévrier 1868, s'étaient faits les adieux.

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La population catholique canadienne, en venant saluer le retour de ses enfants, avec le même enthousiasme et avec plus de joie encore qu'elle avait salué leur départ, prouva qu'elle était contente d'eux.

Encore cette fois, les murs de Notre-Dame sont trop resserrés ; plusieurs milliers ne peuvent entrer, tant la foule est grande et compacte à l'intérieur.

Après la cérémonie religieuse qui fut si solonnelle et si touchante , un banquet est offert aux zouaves, dans les salles du Cabinet de Lecture, par les messieurs du Séminaire de St. Sulpice.

Dans la rue attendent, avec la plus grande impatience, les parents, les amis de nos zouaves pour lesquels si souvent on a prié, sur le sort desquels on a versé tant de larmes.

Le zouave, lui aussi a grande hâte d'être dans les bras des siens, mais un devoir reste encore à remplir.

Avant de se disperser, la troupe des croisés se dirige en rang, accompagnée de l'Eve-

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