EN CANADA
LE SANG DE MENTANA
Mentana ! Qui ne connaît ce nom devenu immortel ?
Mentana rappelle un des plus beaux faits d'armes que les annales de l'histoire aient enregistrés.
Mentana désigne une des plus heureuses et des plus glorieuses époques du Pontificat du grand Pie IX.
C'est à Mentana que, le 3 novembre
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1867, la vaillante petite armée du Pape remportait sur les hordes garibaldiennes une décisive et éclatante victoire : victoire de un contre dix.
Le drapeau des zouaves pontificaux, baigné dans le sang à Castelfidardo, fut, k Mentana, l'étendard de la terreur et de la mort pour les sacrilèges envahisseurs.
Mentana, couronnement des Nérola, de Bagnovea et deValentano,procura au Souverain Pontife et à l'Eglise une paix de près de trois ans ; c'est pendant cette paix, que le Concile Œcuménique fut convoqué et qu'il tint ses grandes assises pendant plus de six mois, et que fut donné au monde le dogme de l'Infaillibilité.
Or c'est là, c'est à cette journée mémorable de Mentana qu'il faut remonter pour trouver l'origine de ce grand mouvement qui a poussé tant de nos jeunes compatriotes vers Rome à la défense de la Papauté.
C'était à l'automne de 1807. la catholicité était dans la consternation ; des hordi e de soldats brigands, en partie échappés des
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jnes et des galères, en partie sortis des antres des montagnes où ils exerçaient le brigandage et en partie congédiés de l'armée du roideSardaigne, marchant souslesordres du flibustier Garibaldi, avaient envahi ce qui restait du territoire pontifical et marchaient sur Rome. — " Rome ou la mort " tel était le cri ou plutôt la devise de cette canaille enrôlée qui par le nombre formait une armée formidable, dix fois plus nombreuse que la petite armée du Pape.
Le pouvoir temporel du Pontife de Rome nécessaire à son autorité spirituelle était menacé ; de là les angoisses de tous les vrais catholiques.
Jamais peut-être prières plus ardentes ni plus générales ne furent adressées au ciel.
Dieu écouta les prières de son Eglise.
Après nous avoir annoncé les faits d'armes si brillants mais non décisifs de Nérola, de Bagnorea, de Monte Libretti, de Valentano, de Subiaco, etc., le télégraphe nous faisait connaître, le 4 novembre, la brillante vie-
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toire de Meutana. Cette bataille était décisive; les garibaldiens étaient battus sur toute la ligne ; il n'y en avait plus que poulies prisons.
Un cri de joie universel s'éleva de tous les points du monde catholique, les chants de reconnaissance les plus ardents furent poussés vers le ciel.
Quelques semaines plus tard la presse apportait des détails, tous à la gloire de la petite armée de Pie IX, et surtout de son régiment des zouaves. Kanzler, général en chef des troupes pontificales, avait, par sa conduite admirable en cette circonstance pris rang parmi les grandes figures militaires de l'Europe. Àllet et de Charette à la tête de leurs braves zouaves s'étaient immortalisés; et le nom de Zouave Pontifical était devenu synonyme de bravoure et de dévouement.
Or deux jeunes compatriotes représentaient le double élément catholique du Canada dans le régiment des zouaves du Pape : MM. H. Muiray et A. LaRocque ; le
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premier qui avait quitté le Canada pour entrer au service du St. Père quelque temps après Castelfidardo, menait déjà depuis près de six ans le dur métier de soldat ; le second excité par les dangers que courait le Souverain Pontife, partit du collège Stonayhurst; en Angleterre, ou il étudiait depuis quelques années, pour aller offrir son bras et son sang à la grande Cause Catholique. (1) Tous deux comprirent le noble rôle qu'ils remplissaient ; ils étaient dans les rangs de ces jeunes chevaliers issus en grande partie de la noblesse catholique de l'Europe et ils y représentaient le catholique Canada. Aussi tous deux se montrèrent dignes et du régiment d'élite auquel ils appartenaient, et de la nation qu'ils y représentaient ; tous deux se distinguèrent par leur bravoure a Mentana ; tous deux versèrent leur sang et furent gravement blessés : ils ne furent pas des soldats ordinaires puisqu'ils furent non seulement décorés de la croix de Men-
i M LaRocque arriva à Borne le 10 Février 1867
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tana, mais encore créés chevaliers de l'Ordre de Pie IX.
Le Canada fut lier d'eux.
Mais l'héroïsme provoque l'héroïsme, le sang appelle le sang. Les nobles exemples des deux blessés Canadiens de Mentana réveillèrent dans notre jeunesse comme une vocation nouvelle, une vocation inconnue jusqu'alors : des centaines de jeunes gens se sentaient pris tout à coup du désir d'aller à Home pour se faire soldats du Pape. Aucun Pierre l'Ermite n'avait prêché, aucun Godfroi de Bouillon ne s'était présenté comme chef, et cependant une armée de croisés était prête à partir.
Qui donc avait soufflé ce feu ? qui avait allumé cet incendie ?
Le sang de Mentana, le sang des martyrs de l'Eglise.
Ce feu était donc sacré, cette vocation divine.
Mais hélas ! lorsque cette flamme voulut briller, et qu'elle voulut avoir son aliment, elle faillit être étouffée sous la cendre de la prudence humaine. Ce généreux élan était aux yeux de plusieurs, un enthousiasme de jeunes gens, auquel il ne fallait pas donner cours. C'était folie, semblait-il à d'autres que de penser à envoyer au-delà des mers, à deux mille lieues de notre pays, quelques dizaines de volontaires Canadiens. Aussi ces généreux jeunes gens n'osaient élever la voix ; ce n'était qu'en tremblant qu'ils exprimaient à voix basse leur désir de voler ;i la défense du pouvoir temporel du St. Père.
Cependant quelques-uns avaient compris ce qu'il y avait de providentiel dans ce mouvement de notre jeunesse. C'étaient nos évêques. Mgr. de Montréal peu habitué à calculer sur les moyens humains, mais bien sur l'appui et le secours dont Dieu favorise toujours les œuvres entreprises pour sa gloire, fut le premier qui éleva la voix ; mais Sa Grandeur comprenait tout ce qu'il y avait de délicat dans cette entreprise, de combien de difficultés elle était entourée ; aussi n'estce qu'indirectement et comme accidentellement que le vénérable prélat manifesta d'abord son désir et son opinion sur la réalisation du projet d'envoyer au St. Père un certain nombre de nos jeunes gens.
Un télégramme de Rome venait d'informer la respectable famille LaRoeque que le jeune blessé était dans un état alarmant ; Mgr. de Montréal le fit recommander aux prières dans sa cathédrale par une pel annonce qui fut le lendemain reproduite dans les journaux ; comme ces quelques mots de l'Evêquede Montréal sont les première*
paroles jetées en publie, au sujet du grand mouvement, nous croyons devoir reproduire ici ce document qui pourra avoir son importance pour l'histoire.
u On recommande à vos prières : M.
' Alfred LaRoque fils, qu'un télégramme ; reçu hier de Rome nous apprend avoir été '' gravement blessé en combattant parmi •' les Zouaves Pontificaux, pour la défense ' du Saint-Siège.
" Tous les bons catholiques comprendront
• sans peine que c'est pour notre ville et ' pour tout notre pays, un grand bonheur : d'avoir, dans la personne de ce jeune com-
• patriote, combattu, sous l'étendard ponti-
• fical. pour le soutien de l'Eglise, avec tant •' de j éros, qui ont. par des prodiges ' de valeur, empêché l'invasion du Patri- ■ moine de St. Pierre, en repoussant les
• hommes impies qui voulaient s'en em-
• parer.
" Chacun de nous ne manquera pas de i{ payer un juste tribut d'admiration au
" dévouement de ce concitoyen, qui, de " l'agrément de sa respectable famille, s'est " ainsi enrôlé au service du Roi-Pontife, au " lieu de jouir tranquillement au sein de la " patrie, de tous les plaisirs que sa belle " fortune lui aurait permis de se donner. " Mais il a préféré s'exposer aux fatigues et " aux dangers de la guerre, avec les soldats " du Pape, que de vivre dans les délices et " l'opulence qui l'auraient peut-être entraî- " né dans quelques écarts qu'il aurait eus " plus tard à déplorer.
" Ces raisons et autres nous doivent en- " gager à prier avec ferveur pour ce brave " soldat du St. Siège et pour tous les autres " qui auraient été tués ou blessés dans les " engagements qui viennent d'avoir lieu, " et qui se sont terminés par de vrais " triomphes et d'éclatantes victoires. -
" Il y a, nous le savons, dans cette ville, " et dans toute l'étendue du pays, beaucoup " de jeunes gens qui brûlent du désir " d'aller aussi eux s'immoler pour la défense P de notre Père commun, de l'immortel
" Pie IX. Nous devons prier pour qu'il " plaise à la divine Providence de leur " ménager les ressources nécessaires, pour " les frais d'une expédition si glorieuse. " Car il est à croire que, malgré le malheur " des temps, il y a dans notre jeune Canada, " aussi bien que dans les vieux pays, assez u de richesses pour équiper un bataillon " canadien qui prouverait, en combattant " sous le drapeau de la foi, que le courage " que nous ont légué nos pères n'est point " éteint dans le cœur de leurs enfants.
" Il se fait en France et ailleurs des " recrues de soldats pontificaux et ce sont '•' les villes et les campagnes qui se mettent " à contribution, pour faire toutes les dé- " penses de ces mouvements de nouvelle " espèce, parce que tout le monde com- " prend que le trésor pontifical est épuisé " depuis l'invasion des Provinces ecclésias- • tiques par les ennemis de la religion. " Bien plus, l'on fait des souscriptions pour k- le soulagement des zouaves blessés dans '• les derniers combats. Or, ce sont là da
" exemples mémorables qui trouveront, il " n'y a pas à en douter, des imitateurs " parmi nous.
C'était un ballon d'essai lancé pour juger du vent de l'opinion publique et pour connaître jusqu'à quel point on portait intérêt à l'idée d'envoyer à Rome un petit bataillon de volontaires Canadiens.
L'effet qui suivit ces premières paroles fut magnifique ; le projet s'affirma avec éclat, et il n'y avait plus à en douter : " Dieu le voulait.*'
Environ un mois plus tard, dans une Lettre Pastorale que publiait le même Evoque pour faire connaître l'encyclique de Sa Sainteté du 17 octobre. Sa Grandeur s'exprima en termes plus accentués. Apre- y avoir remarqué dans quelle triste position trouvait le St. Père, quels étaient les dangers qui Le menaçaient, et quelle était la crainte du bon Pontife que sa petite armée ne succombât sous le poids énorme du grand nombre, TE vêque disait dans cette Lettre •
uke première voix. 13
u A ce cri de douleur, le monde s'est déjà " ému ; car il se fait, dans divers pays ca- " tholiques, un heureux mouvement pour " enrôler de nouveaux soldats sous l'éten- " dard Pontifical, et faire de généreuses " souscriptions, afin de faire les frais d'équi- " pement, de voyage et d'entretien qui ne " pourraient être supportés par le trésor " pontifical. Ce sont des villes et des dio- " cèses, des paroisses, et des communes et •• dea familles qui se mettent ainsi à contri- " bution pour envoyer de nouveaux ren- '• forts à Tannée du St. Père. Ce sont de '; riches particuliers enfin, qui veulent avoir •' le mérite et la gloire d'avoir des soldats u à leur solde, dans cette armée du Seigneur. - L'enthousiasme au service du Pontife-Roi " est tel que le soldat, en recevant quelque " blessure, s'écrie: Comme mon père et ma il mère seront contente, quand ils sauront '/ne " foi été blessé pour h Pape ! et que la mère, " qui apprend que son mari a été tué. dit à un " jeune enfant qui est l'espoir de sa famille : •• Toi aussi, ta seras soldat du IJ"j" ■'
" Ce beau dévouement se fait aussi sentir " dans cet heureux pays. Déjà, à plusieurs " reprises, de jeunes Canadiens se sont en- " rôles dans les Zouaves Pontificaux. A " l'heure qu'il est, il en est deux qui mon- " trent les glorieuses blessures dont ils sont " couverts, et qu'ils ont reçues en repous- " sant victorieusement les ennemis qui " cherchaient à s'emparer de la Ville Sainte.
" Beaucoup d'autres brûlent d'ardeur de " partager la gloire de leurs jeunes compa- " triotes, et viennent de l'avant pour es " sayer à former un bataillon de Zouaves ".Canadiens. Ils cherchent à s'organiser " afin de mettre à exécution leur noble- '' projet, et ils croient trouver de l'écho " chez leurs compatriotes. L'on parle de " ce projet dans les villes et les campagnes, " et il sourit à beaucoup de jeunes gens qui " sont impatients de pouvoir l'exécuter.
" Des souscriptions ont été faites sponta- " nément, par des enfants de l'un et de " l'autre sexe, dans les collèges et les cou- •' vents, et ces tendres enfants ont l'air de
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recevoir, les premiers, le souffle d'en haut, pour donner l'élan à leurs parents et à leurs concitoyens ; car c'est par la bouche des enfants que sort la louange parfaite. L'argent, toutefois, paraît être la grande difficulté, et l'on fait des calculs pour s'assurer que ce n'en est pas une sérieuse. Ainsi, par exemple, que les quatre-cent mille catholiques environ qui sont dans ce diocèse donnent chacun trente sous palan, on aura annuellement $100,000 : car on suppose qu'il y a un assez grand nombre de riches pour suppléer à ce qui pourrait manquer du côté des pauvres. On présume que chaque paroisse pourrait aisément fournir un soldat au Pape. Les villes en donneraient davantage. Il est à croire, selon eux, qu'une organisation de comités pourrait facilement s'opérer dans les villes et à la campagne. Ils prétendent qu'une telle expédition aurait un excellent effet, même pour notre armée coloniale, parce que ceux qui reviendraient dans leur patrie, chargés de lauriers, aimeraient à
lt) UNE PREMIÈRE VOIX.
" continuer leur carrière militaire, et que " le prestige attaché à leur nom, ne man- " querait pas de donner un heureux élan à " l'armée canadienne quand il s'agira de " l'organiser.
" Quoi qu'il en soit, Nos Très-Chers Frères, " nous demeurons étranger à ce mouvement '• laïque, mais Nous vous l'avouerons, Nous " le bénissons de tout notre cœur et nous " lui souhaitons un plein succès. Car, Nous " le considérons comme une gloire pour " notre religieux pays, et comme une béné- " diction pour ses habitants. Nous pensons " qu'en effet, un bataillon de zouaves cana- " diens prouverait au monde entier que " l'extrême Occident se joint à toutes les " autres parties du monde, pour épouser la " cause sacrée à laquelle se dévouent aujour- " d'hui tant de coeurs généreux, et montrer " que le nom de l'immortel Pie IX est " grand et béni dans les froides contrées du " nord. Ce bataillon, en combattant pour " le grand principe sur lequel seul peuvent " reposer solidement les sociétés humai née,
donnerait un admirable exemple de dévouement pour la cause catholique, et chacun lui consacrerait, avec une nouvelle ardeur, sa plume, sa parole et surtout son cœur. Mais tout le monde comprend que pour cela, il faudrait que les hommes qui se dévoueraient pour l'Eglise et pour son auguste Chef, fussent des hommes de foi, de principes et de pratique ; car autrement, ils ne pourraient que faire tort à cette cause sacrée, et faire honte au pays qui les aurait députés. Mais encore une fois, Nous laissons à ceux qui ont conçu ce projet la noble tâche de l'exécuter. Pour Nous, Nous allons faire ce que nous demande notre Saint Père le Pape. "
D'après ce que nous venons de lire de Mgr. de Montréal, nous voyons que déjà avant que lespremiers pasteurs eussent élevé la voix, la jeunesse Canadienne s'agitait, que déjà de tous les points du pays on demandait à partir. "A Rome ! A Rome !" tel était le cri que poussaient nos jeunes catholiques depuis Ottawa jusqu'à Paspebiac. Dans les séminaires, dans les collèges, dans les bureaux professionnels, dans les ateliers, dans les villes, dans les campagnes, dans toutes les classes, dans toutes les conditions, des vocations se déclaraient. C'était à ne pas y croire ; il semblait qu'un courant électrique avait couru d'un bout à l'autre du Bas-
Canada, excitant par son choc tons les cœurs généreux, toutes les âmes élevées.
Ici. c'était un jeune novice religieux ou un jeune ecclésiastique demandant à son Supérieur la permision d'aller combattre avec l'épée avant de commencer à combattre avec la croix ; là, c'était un jeune étudiant en médecine ou en droit qui voulait suspendre sa carrière pour. courir la chance de se faire tuer pour l'Eglise, tandis qu'ailleurs un enfant de riche cultivateur voulait laisser sa charrue pour prendre le fusil du Pape. Le Canada en était stupéfait ; nous étions comme surpris de nous-mêmes ; nous étions étonnés de découvrir chez nous tant de dévouement, tant de ces nobles sentiments qui font les grands peuples. Nous nous rétrouvions encore, presque sans le savoir, les descendants de cette noble nation telle que l'avait moulée Charlemagne et St. Louis ; nous reconnaissions dans les veines de nos enfants le sa des preux de Carillon, de Chateauguay.
Le Canada se révélait à lui-même ; il voyait
tout-à-coup surgir une flamme qu'il croyait éteinte, parcequ'elïe avait été depuis longtemps cachée ; nous étions donc encore des braves, des preux, des chevaliers, des croisés. L'enthousiasme de notre jeunesse s'empara de tout le monde ; les douleurs du St. Père étaient devenues les douleurs de la nation. Ses périls étaient les nôtres, ceux qui Le menaçaient nous menaçaient.
Le marchand laissait partir son commis, se privant volontiers de ses services : " Ya " là-bas défendre nos intérêts les plus sacrés " et les plus chers, ta place ne sera prise à " mon comptoir que lorsque j'apprendrai " ta mort ; si tu reviens, tu auras un titre " de plus à ma confiance. "
Le père de famille sautait au cou de son enfant qui lui apprenait sa décision, le serrait sur son coeur, versait des larmes dejoie et s'écriait : " Je suis fier de toi mon fils, " tu me fais honneur, tu me rends heureux ; •■ si dans le combat contre les ennemis de " l'Eglise, tu viens à succomber, je remer-
" cierai Dieu d'illustrer notre famille par la " gloire du martyre. "
Une mère éplorée, sentant se réveiller tout ce qu'elle avait d'amour dans ses entrailles pour le premier à qui elle avait donné le jour, ne semblait pouvoir consentir à son départ : puis, élevant les yeux et son cœur au ciel, " Pars mon enfant ; c'est Dieu qui " le veut, il faut que je le veuille aussi " moi.
Les Curés, les Evêques étaient obsédés par les demandes ; la presse signalait ce brillant mouvement en invitant les catholiques à réaliser les vœux de la jeunesse; c'en était fait, le mouvement était devenu national tant il était universel.
Quelle était belle ! Quelle était grande la manifestation de ce noble sentiment de foi !
Oh Canada ! non, tu n'as rien perdu de ton antique foi que t'avait léguée la nation jadis si catholique; tu es bien l'enfant de la Fille aînée de l'Eglise! De toute part
l'impiété déborde, partout elle fait des ravages effrayants ; les vieilles institutions catholiques ne sont plus que des monceaux de décombres, les sols chrétiens sont jonchés de débris, mais au-dessus de ces ruines, apparaît brillant et radieux l'esprit de foi et de dévouement à l'Eglise du petit peuple Canadien-Français.
Tels ces rochers de la vieille Armorique que l'Océan bat on vain depuis le commencement des temps de ses vaguos écumantes, ainsi la piété canadienne apparaît debout, fière et courageuse, se moquant des flots et des coups de l'impiété forcée d'avouer à ses pieds son impuissance.