LA PENSEE DU BONHEUR
Mes Frères,
Nous arrivons à ce qui est le fond et Taboutissement de la morale, la question du bonheur. Je me bornerai à poser les principes essentiels. Vos réflexions, guidées par eux, les porteront à maturité. Il n'y a rien de tel, en cette grave question, que de réfléchir par soi-même, en s'appuyant sur les bases que nous établirons.
Distinguons d'abord entre le plaisir et le bonheur pour écarter toute confusion de nos esprits.
Le plaisir est une joie, un épanouissement, une délectation transitoire. Le bonheur est autre chose. Rien que par les mots de la langue courante, nous savons bien que nous mettons une différence essentielle entre ces deux expressions : faire plaisir et donner du bonheur.
Tandis que le plaisir est passager, nous regardons le bonheur comme « le repos dans Tentière et inépuisable satisfaction de nos facultés ». Par cette définition, vous comprenez que, sur cette terre, le bonheur ne peut jamais exister dans la plénitude.
Pourtant, nous en avons le désir, ce désir est Tun des plus vivaces de notre nature : le désir d'être heureux et le désir que ce bonheur soit durable. Le vers du poète :
temps, suspends ton vol!
est le cri de tout être humain, quand il goûte quelque joie profonde, et c'est la marque de cet insatiable désir que nous avons tous d'un bonheur qui ne finira pas.
Or rien ne peut l'apaiser en ce monde ce désir intense. Nous pouvons passer en revue tout ce que nous estimons, comme étant source de joie et de bonheur : la puissance, la gloire, les satisfactions matérielles, les sentiments du cœur, nous voyons, par la seule énumération, qu'il n'y a pas là cette durée que nous souhaitons avant tout, que ces joies sont fragiles, inconstantes, et que le fait de posséder l'une sans l'autre, la richesse par exemple sans la santé, suffit parfois pour leur enlever toute valeur.
Partout et de tout temps, ce même sentiment a
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existé, désir du bonheur et impossibilité de trouver le bonheur durable. Cela prouve que la nature humaine est identique dans tous les siècles et dans tous les pays : nature physique et nature morale, cette dernière avec des attraits et des vouloirs d'une forme plus ou moins noble, plus ou moins grossière, mais qui se rejoignent dans leur fond. Cette identité de nature est très importante à constater.
Si la nature est identique, la destinée est identique aussi. C'est une conséquence logique qu'il faut noter avec soin. Je dis qu'elle est logique et d'une logique indiscutable parce qu'en effet dès lors que des êtres ont la même structure physique, ils ont le même mouvement vital, de même s'ils ont la même structure au point de vue intellectuel et moral, ils doivent avoir la même destination.
Ces constatations positives étant faites, demandons à la science comment elle résout le problème, et ce qu'elle nous promet pour apaiser cette soif de bonheur qui nous travaille, et qui est bien l'un des traits les plus caractéristiques de la nature humaine.
A cette question, la science n'a aucune réponse. Elle est muette sur le problème de nos origines et muette sur le problème de notre destinée. Les philosophes positivistes qui prétendent à la direction de nos sociétés modernes, en s'appuyant uniquement sur les données de la science, sont obligés
de confesser leur impuissance à nous satisfaire. La science en effet sort de son domaine lorsqu'elle va plus loin que l'observation et rexpérimentation.
Cela ne suffit -il pas pour démontrer que la science — les sciences naturelles qu'ils désignent sous ce nom général — est insuffisante, qu'il faut autre chose qu'elle pour répondre aux angoissantes questions de l'âme humaine?
Nous avons donc à utiliser notre raison, et à monter plus haut, en nous appuyant sur les réalités positives de ce monde. Que constatons-nous? Que tout a une cause, ici-bas, et que par conséquent il doit y avoir une cause première. C'est cette cause première, c'est Dieu qui a mis dans nos âmes ces tendances au bonheur, ces aspirations à un infini de durée que la terre ne réalise pas. Si Dieu a mis ces tendances dans nos âmes, lui le tout-puissant et la toute-bonté, il se doit à lui-même de les satisfaire. Nos espérances ne peuvent être frustrées. Ce raisonnement a une base solide, inébranlable pour fonder nos espérances.
Mais que sera ce bonheur? Combien durera-t-il? Là encore la raison humaine, même avec l'appoint de la notion de Dieu, ne peut décider avec certitude ni de la durée éternelle, ni des conditions du bonheur. Nous restons dans le vague, dans l'espoir d'une survivance et d'un bonheur, mais rien de plus. Nous ne pouvons pas dire : Je suis sûr; je sais.
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Mes Frères, un soldat d'Afrique racontait naguère au Parlement, qu'une nuit, tandis qu'un camp français s'était établi à la limite du désert, après des combats successifs, tout à coup une voix s'éleva, stridente, lamentable, la voix d'un blessé qui n'avait plus que quelques heures à vivre : « Je veux, criait-il, je veux savoir s'il y a une éternité ! ... » C'est la plainte humaine qu'exhalait ce blessé. A cette question, la révélation seule a pu répondre, avec les précisions que le Christ nous a données.
La vie éternelle, le bonheur éternel, nous l'aurons, le Christ l'affirme, de toute l'autorité de sa parole divine. Et si l'évangile est appelé « la bonne nouvelle », c'est parce qu'il nous donne des certitudes que personne n'avait pu donner à l'humanité.
Cette vie quel en sera le mouvement? Ce bonheur quelle en sera la substance? Le Christ l'a défini : Hœc est aiitem viia œterna ut cognoscant te solum Deum verum et qxiem misisti Jesum Christum (Joan., xviii, 3). La vie éternelle ce sera de connaître Dieu. Ce sera une contemplation, ce sera l'épanouissement de notre intelligence, dans la vérité possédée, en Dieu. Cette contemplation produira la dilatation du cœur par un amour doux et profond pour Dieu, et la jouissance qui en résultera sera le bonheur absolu et durable. Saint Jean précise encore : Similes ei erimus, quoniain vide-
3H, NOS DEVOIBS ENVERS NOUS-MKHE.
himus eum sicutî est (I Joan., m, 2). Nous serons semblables à Dieu, parce que nous le verrons tel qu'il est. Semblables, non pas en puissance assurémeot, mais semblables par la participation au même infini bonbeur.
Et ce bonbeur sera sans fin. Ce sera la joie perpétuelle pour la nature humaine transformée. Telles sont les promesses de Notre-Seigneur à chaque page de l'évangile. Tout y confirme les données de la raison humaine, mais ces données sont complétées et achevées.
Nous pouvons maintenant nous poser l'angoissante question : " Pourrai-je jamais arriver au bonheur? " Notre âme laissée à elle-même hésite et se trouble, tandis que Celui qui est n la Voie, la Vérité et la Vie » se lève pour nous dire ; Tout commence ici-bas, mais tout finit plus haut que ce monde. Formez votre nature à la vertu. Vos vertus seront le trésor dont sera fait le trésor de votie bonheur.
A nous de répondre avec saint Paul : Scio ciii credidi. Je sais en qui j'ai mis ma confiance, lieu qui ne me trompera pas.
larquez-le, mes Frères, l'imagination n'a rôle dans tout ceci,
s parlons du besoin de bonheur que nous s dans notre nature. Nous arrivons à Dieu 'ayant faite avec cette soif inextinguible,
TRB.NTIËUE INSTRUCT1<
notre nature, se doit à lui-même et nous trouvons le Christ pour i sans crainte, espérez, aimez, perfec de vos vertus, seront tissées les joi heur éternel.
N'est-ce pas là une aide puissani mer et pour nous réformer? N"est-( que, dans nos heures de tristesse ( meut, il faut lever les yeux pour fort dont nous avons besoin?
Par le Christ, toutes les certitud nées. Marchons donc à sa lumière le bonheur. Avec lui, nos désirs n( très ; par lui, les promesses de vi grâce k lui, nos âmes ne seront par les épreuves terrestres, parce ne pleurerons ni nesouffrirons, ave ceux qui sont sans espérance.