LES DROITS DE L'HOMME ET J. DE MA.ISTRE
Si la vraie doctrine du droit est incompatible avec le sensualisme, qui nie absolument la raison et la volonté et fait de l'homme un simple agent de la na-
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ture, elle ne l'est guère moins avec le traditionalisme, qui proclame l'impuissance plus ou moins • complète de cette même volonté et de cette même raison et qui fait de l'homme un simple véhicule soit de l'action de Dieu, soit de celle de la société. C'est ce que nous croyons avoir démontré en traitant de la philosophie du vicomte de Bonald. Suivant cet auteur, en effet, « l'homme ne tire rien de luimême : il doit tout à la société et à Dieu de qui il a reçu, avec la langue qu'il parle, les idées dont elle est l'expression. Il est donc tenu de se subordonner entièrement aux ministres de l'une et aux représentants. de l'autre, au lieu de suivre les lumières de sa raison et de se réserver une certaine indépendance: il n'a que des devoirs, il n'a point de droits 1 . »
Sans aller aussi loin que de Bonald, dans ses atta- ( ques contre le droit rationnel et absolu, de Maistré l'a pourtant combattu quelquefois par haine pour la Révolution française et pour la célèbre Déclaration des droits de l'homme qu'elle avait promulguée. Après avoir montré que les constitutions éphémères qui se sont succédé dans notre pays avaient toutes un défaut commun, celui d'être faites, non pour l'homme de tel temps et de tel pays déterminés, mais simplement pour l'homme, l'auteur des Considérations sur la France ajoute avec sa vivacité de grand seigneur spirituel: « Or il n'y a point d'homme dans le monde.
1 V. notre Histoire de la Philosophie au xix* siècle, 2 e partie, Traditionalisme et Ultramontanisme, page 96.