ACTE DEUXIÈME
MADAME BOUQUIN
Par exemple ! ( a part. ) Ils n'auraient qu’à emporter les restes!...
GIRAUD, servant ses convives.
Nous servir?... vous, mes amis... non pas!...
AUGUSTE
Oli ! père Giraud, vous n’avez pas la parole !... nous voulons VOUS honorer selon notre cœur... (Tournant autour de la table.) Ali ! si on pouvait se serrer et se tenir six au lieu de quatre à votre table... — mais ça no se peut pas ! — Ça ne se peut
pas, Il’eSt-il pas vrai ? (Prenant un tablier des mains de madnme Bouquin et le mettant.) Alors, je passe l’habit de cérémonie! (Serrant à boire.) Ces messieurs veulent des langues de perroquets à la purée .d ananas ? voilà ! Mademoiselle veut du johanisberg? boum I (On rit.— Bas, à Jacques.) Tu vois bien, tuas beau traduire \ irgile, tu n’aurais pas trouvé ça... ton latin, ce n’est môme pas du latin de eu sine ! (Haut.) Allons, madame Bouquin, Chaud ! chaud !... (a Jacques, lui mettant la soupière sur les bras.)
Tiens, descends ça, toi !
Il donne la soupière à Jacques. Ils sortent.
^ G I R A UD, riant.
Ils m’ont mis en train !... A ta santé, Eugène !
EUGÈNE
A la vôtre, père Giraud !
Tous trinquent.
GIRAUD, le verre en main.
A la nôtre !
MOREL
Au bonheur de Marguerite !
TOUS
A son bonheur I Ils trinquent.
MARGUERITE
Merci! père... merci! m s bons amis. (Elle repose son ren-e avec effroi.) Ah ! j’ai renversé le sel !
MOREL, riant. ’
Jctez-en par-dessus votre épaule gauche.
GIRAL'D, l'arrêtant.
Tu vois bien qu'il se moque de toi ! Voyons, une bonne chanson, pour nous meure en train... c’est moi qui vais chanter.
AUGUSTE, de l'escalier. Il entre, un plat à la main.
Boum !... voilà le dessert !... un vrai régal, des pommes tapées !
Il met le plat sur la table. le dos tourné au public.
GIRAUD
Des pommes tapées ! Enfin ! ce n’est pas toujours la fête de Marguerite !
MADAME BOUQUIN, à Auguste, qui mange une pomme tapée.
Qu’csl-ce donc que vous avez à la joue ? une fluxion ?
AUGUSTE, 1» bouche embarrassée.
Non, c’est ma langue qui sc pelotonne.
GIRAUD
Ah çà! mes amis, allez dincr â votre tour, allez ! et prenez pour vous le bonnet d'évêque.
Morel enlève le plat chargé île volaille et le passe à madame Bouquin. MADAME BOUQUIN, très-contente.
Ah I le croupion et les deux cuisses! Monsieur Giraud ! voyez- vous, vous êtes la crème des hommes.
AUGUSTE, lui enlevant le plat de volaille.
Permettez-moi de vous débarrasser, madame Bouquin.
MADAME BOUQUIN, voulant reprendre le plat.
Ça ne me gène pas.
AUGUSTE, même jeu.
Mais le bonnet d’évêque...
MADAME BOUQUIN, même j en.
C'est pour moi !
AUGUSTE
Mais non, puisqu’on a dit vous, et vous, c’est nous.
MADAME BOUQUIN
Mais non ! vous, c’est moi !
auguste. f
Allons donc! un bonnet d’évêque à une femme! vous n’avez pas de religion, madame B tuquin!
Il sort avec le’ plat, madame Bouquin le poursuit. On rit. MOREL, à Girnud. •
Eh bien! cette fameuse chanson?
EUGÈNE
Nous sommes au dessert, père Giraud !
MARGUERITE
Chante, chante, nous ne te ferons pas grâce d’une no'e.
GIRAUD
Très-bien, mademoiselle, on va lâcher son ut de poitrine comme un autre, (il prélude.) Eli bien non, ce sera pour une autre fois... J’aime mieux vous dire un conte.
TOUS
Un conte !
• GIRAUD, s'accoudant.
Pour lors... il y avait une fois une belle jeune hile, qui avait île beaux veux noirs, de jolies petites menottes et de grands cheveux aile de corbeau. Elle était un peu palolte, mais quand elle souriait comme Marguerite en ce moment, le ciel avait l’air d’un champ de bluets et les pinsons chantaient dans leurs nids !...