ACTE DEUXIÈME
EUGÈNE
Oh ! ça, c’est arrivé !
GIRAUD, è Eugène.
Tais-toi, toi ! La jeune tille avait un père, qui ne vendait pas du drap d’Elbeuf, mais qui gagnait modestement six Irancs par jour à barbouiller de grandes feuilles de papier timbré, et qui, de plus, s’était mis dans la caboche de faire le bonheur de son enfant avant de mourir.
* MO R El..
Ce père-là, nous le connaissons.
GIRAUD
Ah çà ! voulez-vous ne pas m’interrompre ! Dans les environs du père et de la fille, il y avait un grand garçon, qui n’était ni noble, ni riche, ni vilain, ma foi ! mais qui avait le cœur haut et l'àme fière.
EUGÈNE
Oh ! père Giraud X...
GIRAUD
Est-ce que ça le regarde ! si tu continues je vais en rester là. Eh bien, le grand garçon aimait Ja petite... la [jelite ne détestait pas le grand garçon. Alots le vieux bonhomme, qui n’était pas trop béte, avait fini par s’en apercevoir, et un beau jour, entre la poire et le fromage, entouré de ses deux meilleurs amis...
MARGUERITE, à part.
Il sait tout.
- GIRAUD, très-ému.
Il dit, avec bien de l’émotion par exemple... Vous vous aimez... mariez-vous... et soyez heureux !
EUGÈNE
Marguerite !
MARGUERITE, se précipitant dans les bras de Giraud et s’y cachant
la tète. '
Mon père 1
GIRAUD
Eh bien ! fillette, il ne faut rougir pour ça... quand on dit devant son père à un enfant qu’on l’aime, l’enfant a droit de lever la tète et n’a peint à rougir ! (il prend la main de 9a fille et l’approche de celle d’Eugène; avec dignité,) Marguerite, sois femme et mère comme lu as été fille, digne et dévouée... tu consoleras ma vieillesse... et ma vieillesse te bénira!
Il leur joint les mains.
MARGUERITE, se reculant.
Lui ! ob ! mon père 1
GIRAUD, interdit, allant è sa fille.
Qu’y a-t-il ?... je me suis donc...
iO
EUGÈNE, l'arrêtant.
Attendez... attendez, père Giraud! Marguerite, vous ven°z de repousser ma main... des cœurs comme les nôtres ne savent pas mentir... vous ne m’aimez pas?... répondez-moi franchement.
MARGUERITE, «pris un silence.
Eugène, vous êtes un frère pour moi, et rien de plus. [Elle retourne nuprîs de Giraud.) Père, il faut me pardonner de briser peut-être l’une de vos espérances les p'us s chères, mais je vous devais toute la vérité.
EUGÈNE
Marguerite! vous êtes use honnête fille!
GIRAUD
Mon pauvre Eugène ! (a part.) Je ne suis qu’une ganache ! c’était Albert !
EUGÈNE
Adieu, père Giraud !
GIRAUD
Mais, mon pauvre garçon, je ne voudrais pas te laisser partir comme ça !
EUGÈNE
J’ai besoin d'être seul, voyez-vous!... et puis... j’ai à travailler... Enfin, adieu !... (Prenant la main de Marguerite en passant. — Il serre la moi.i de Morel.) Si c’est vous qu’elle préfère, Morel !... Eh bien!... eh bien! tant mieux!...
Il sort.
fj I R A U D , à part.
Brave cœur !
GIRAUD
Allons, venez, Morel... Nous allons ranger cette table... je n’aime pas le désordre, même en apparence, (iis portent la table dans la pièce A gauche. — a part ) Et puis, il faut la laisser se remettre... elle e4 encore tout émue!