SCÈNE XIII
Les Mêmes, LUCIEN.
LUCIEN
Qu’y a-t-il donc, n;a mère? j’ai entendu des éclats de voix !
GIRAUD
Il y a, monsieur, que madame la comtesse vient de chasser un peu vivement monsieur Morel, un ami à moi...
LUCIEN
Vous preniez sa défense?
G I RAUD.
Pas tout à fait, monsieur. Le cas était grave! II paraît que monsieur Morel a été surpris aux pieds île mademoiselle votre sœur.
LUCIEN, avec violence.
Mathilde ! lui! le misérable!
GIRAUD
N’esl-cc pas, monsieur ?
LUCIEN, de même.
Oh ! si je le rétrouvais !
GIRAUD
Que feriez-vous ?
LUCIEN
Je le châtierais comme le dernier des valefe!
GIRAUD
Pour si peu ! Et que feriez-vous donc si votre sœur avait été séduite par lui ?
LUCIEN
Je le tuerais !
G IRAUD.
Ah ! vous le tueriez ! En effet, c’est infâme de se glisser dans une famille pour y apporter le trouble et la désolation ! C’est infâme de violer le sanctuaire paternel ; infâme d’v saisir une jeune fille et de lui arracher lâchement le voile de l’innocence auquel l’époux seul a le droit de porter la main! n’est-ce pas, monsieur?
LUCIEN, reculant effrayé.
Sans doute !
GIRAUD
Le scélérat qui escalade une croisée, force un secrétaire et vole l’argent qui s’v trouve, eA moins criminel et moins odieux ! et puis, si on s’empare de lui, au soriir de son ignoble larcin, on peut lui reprendre l’argent qu’il emportait et qui n’a rien perdu de sa pureté!... Mais la vu rge souillée, qui donc voudrait la reprendre?... qui?...
LUCIEN, baissant la tille.
Mais...
GIRAUD
Vous faites bien de baisser la tôle, car ce traîlre, c’est vous! ce lâche, c’est vous ! ce larron d’honneur, c’est vous ! c’est vous ü!
LA COMTESSE, voulant eutralner son fils.
Venez, Lucien, venez !
Elle s'élance vers Lucien.
GIRAUD, arrêtant la comtesse.*
Oli ! un instant, madame! Entre hommes, nous nous disons ces cho<es-là brutalement ! Si vos oreilles sont trop timides ou trop chastes pour les entendre, laissez-nous ! (a Lucien.) Épousez-vous ma fille ?
LUCIEN
Un mariage!
Non? Nous allôns nous battre, alors ! Il y aura du sang !!!
* LUCIEN, se contenant.
Nous-battre !
GIRAUD
A l’épée ! au couteau ! au pistolet ! Tenôz ! je choisis le pistolet, c’ect l’affaire du hasard. Un pistolet chargé, les canons entre les dents, et Dieu pour juge ! Acceptez-vous?
LA COMTESSE
Cet homme est fou, Lucien ! ne lui répondez pas!
G I R AU B
Acceptez-vous?
LA COMTESSE, entraînant Lucien.
Viens ! viens !
GIRAUD, se plaçant devant lui se croisant les bras.
Acceptes-tu?