ACTE TROISIEME
Oui, madame, il l’a séJuiio. Le malheureux! à dix ans il dénichait sans doute les petits oiseaux et leur coupail les ailes! plus tard, il a pris une jeune fille de dix-huit ans à son père! Et il ne s’est pas demandé de quelles larmes amères le vieillard avait arrosé celte fleur de dix-huit printemps !
I>A COMTESSE, émue miilgré elle.
Mais enfin... où voulez-vous en venir?
G1RAUI).
La fleur fanée aujourd’hui, madame, c’est ma tille 1 l'enfant cruel, c’est le vôtre 1
LA COMTESSE, arec éclat.
Le mien! \ous vous trompez ! Cela n’est pas !
GIRAUD
Je donnerais ma vie pour dire comme vous: Cela n’est pas !
LA COMTESSE, avec terreur.
Soit! Mais pourquoi me f ire cette confidence, à moi, une femme?
GIRAUD
A vous une mère ! car le ciel vous a donné aussi une fille, et je vous demande ce qu’il faut faire.
LA COMTESSE
Et le sais-je, moi ? Vous arrivez là, tout A coup ! le doute et le désespoir sont déjà dans mon cœur, et vous voulez que je trouve tout de suite une répouse.
G I R AUD
Madame la comtesse, ne vous offensez pas de mes paroles ! mnriez-lcs! (La marquise hausse les épaules.) Oh ! je connais la distance ; elle e't effrayante!.. Mais Marguerite a été bien élevée, elle s it bien l’orthographe, et elle .joue un peu du piano! Elle ne sera déplacée nulle part. Moi... je m ‘en irai... je disparaîtrai... j’ai quelques économies, une dizaine de mille francs!.. Oh ! je sais que vous éted 1 trop riche 1 je les donnerai à Marguerite comme une petite dot, comme trousseau, pour s’acheter des lo lettrs qui lui permettront de se présenter devant vous.
LA COMTESSE
Assez! assez! monsieur, vous devez penser que cela est impossible !
• ■ ' GIRAUD
Impossible ! oui, c’est bien ce que je me suis dit, il y a uu mois, c/i retrou' ant un soir ma fille déshonorée, cette union est impossible I... Je m’étais même résigné ; je comptais emmener Marguerite... loin... bien loin!... et nous serions partis bras dessus, bras dessous, tous deux, la tète baissée...
Eh bien ?
(il RA U I), relevnnt ln tête.*
Mais il y avait un pauvre petit être qui allait entrer dans la vie!..
LA COMTESSE, avec angoisse.
Un enfant !..
GIRAUD
Vivra-t-il ? là était ma question ! Mort !... vous ne m'eussiez * jamais vu ! Vivant ! me voici !
LA COMTESSE
Un enfant! un enfant! dites-vous?
GIRAUD
Oui!., un enfant qui aura le droit, un jour, de nous demander, à moi et à sa mère, compte de nos faiblesses; qui nous demandera pourquoi je no suis pas venu ici !
‘ LA COMTE SSE
Que prétendez-vous enfin ?..
Moi! madame... c’est bien simple ! je viens réclamer un nom pour lui.
LA COMTESSE
Un nom ! le nôtre! ! jamais, monsieur, jamais!
GIRAUD, douloureusement.
Jamais, madame ?
LA COMTESSE
Jamais! il y a des noms, monsieur, qui ne se donnent pas ainsi !
GIRAUD, d’une toix altérée.
C’est votre dernier mot ?
LA COMTESSE, prés de la porte.
C’est mon dernier mot! (Arec emportement.) Eh ! oui, monsieur ! il fallait veiller sur votre fille! Voyrz-vous un peu ! j’aurais connu loul^s fi s douleurs de la maternité, j’aurais eu un fils et uni» fille, et je les jetterais aux premières mains qui s’ouvriraient : l’une à monsieur Morel, un musicien au cachet, et l’autre à mademoiselle Marguerite, la fille d’un gratte-papier ! Je vous trouve bien hardi !
GIRAUD, avec colère.
Madame 1
LA COMTESSE
Monsieur Morel, que j’ai surpris .aux pieds de ma fille, je J’ai tout simplement fait congédier... Quant à vous, monsieur, j’ai le regret...
GIRAUD
Je comprends, madame, vous me faites l’honneur de me mettre VOUS-mémo à la porte ! (il va vers la porte comme indécis. Tout d’un coup il se redresse, jette son chapeau à terre et rerient avec violence vers la comtesse.) Eh bien ! je no sortirai pas !