MARGUERITE, GIRAUD, EUGÈNE, MOREL
Marguerite, assise sur la terrasse près du berceau, est plongée dans de profondes et sombres réflexions; elle a ses coudes posés sur ses genoux et sa tête appuyée dans ses mains. — Giraud écrit è la table ; il est très-pâle et pâlie de temps A antre la main sur son front avec un sentiment douloureux. Giraud écoute sons rien dire. — La porte latérale de droite s’ouvre tout doucement ; on voit la moitié du corps d’Eugène et la tête de Morel qui s’allonge sur son épaule.
EUGÈNE, A Giraud, A voix basse.
C’est nous, père Giraud.
G lit A UD, se retournant.
Entrez, mes amis.
MOREL
Nous venons de chez le comte des Haumes, et suivant votre désir, nous lui avons remis la lettre do son fils.
GIRAUD
C’est bien.
EUGÈNE
Vous l’avez voulu, père Giraud, mais moi à votre place, je n’aurais pas pardonné.
GIRAUD
Tais-toi, garçon, il y a des armes qu’un honnête homme ne ramasse pas pour se venger. Dans le premier moment je me sirs laissé aller A la colère! mais depuis j’ai réfléchi et...
MOREL
El vous vous êtes dit qu’il ne fallait pis punir le fils par le père. Vous avez bien fait, père Giraud.
GIR AUD
Voilà une parole qui me justifie, lu vois ! cl qu’a dit lé comte •
EUGÈNE. a
Rien !
G1RAUI).
Rien ?
MOREL
Rien.
C’est bien.
GIRAUD, accablé.
MOREL, à voix basse.
Comment va Marguerite?
* GIRAUD, se levant.
Elle ne s’est pas couchée. (Montrant Marguerite.) Elle a passé toute la nuit à regarder^ëevant elle, comme ça.
MOREL , s’avançant d’un pas.
Mais 'elle dort
GIRAUD, secouant la tète.
11 faudrait d’abord lui donner l’oubli, mon pauvre Morel !
E IJGÈNE, à part. •
Elle l’aime donc toujours !...
MORE L
Elle dort, j’en suis sûr !
GIRAUD
Ali ! si le bon Dieu lui rendait le sommeil, ce serait toujours ^a!
Ils s’approchent tous les trois sur la pointe des pieds; Marguerite {ait un mouvement.
MORE L
Chut ! clic va se réveiller !
Us veulent se retirer.
* MARGUERITE, se levant.
Oh! non, restez ainsi, ça me fait plaisir de vous voir là, tous les trois ensemble! (lis s’approchent.) Vous rappelez-vous l’année dernière, le jour de ma fêle? Vous étiez comme ça derrière la porte quand je suis entrée ! quelles bonnes figures vous aviez I... Je les revois encore! (a Giraud.) Oh ! père, vos cheveux n’étaient que gris et les voilà tout blancs ! blancs comme les fleurs que vous teniez à la main !
GIRAUD, s’efforçant de rire.
Paibleu! tu le trompes, lu sais bien que j’ai toujours été un vieux coquet !... je...^e mettais de l’eau de la Floride !
ACTH CINQUIÈME
marguerite:.
Ah!
GIRAUD
Oui, et maintenant je n’en mets plus I voilà 1 mais le premier dimanche que nous irons nous promener à la campagne, tu verras, j’aurai ma chevelure de Vingt-cinq ans ! (a part, avec des larmes. ) Jc»me ferai teindre, s’il le faut! ,
MARGUERITE,, se remettant d sa place, à part.
J’ai fait bien du mal à ce mondc-!à ! *
GIRAUD, bas A Eugène et Morel en dévorant ses larmes.
Encore, avec ça, elle ne dort ni ne mange et elle a la fièvre. Je fi niiai par la pcrdçp, vous verrez!