TOUS LES DEUX
Père Giraud ! »
GIRAUD, essuyant ses yeux.
Oui... oui... Elle a l’air de ne plus m’aimer !... Ah ! qu’est-ce qu’ils ont fait de ma fille !...
Girand va A sa fille, mais il hésite A lui parler. Enfin, faisant un effort sur lui-même, il se penche vers elle d’un air dégagé. GIRAUD.
Tu ne trouves pas qu’il fait froid ?...
MARGUERITE, les yeux fixés sur le berceau.
Non.
GIRAUD
Ah !... veux-tu rentrer?,.. »
MARGUERITE, de même.
Non.
GIRAUD, montrant l’enfant.
Comme ça pousse, hein? * *
MARGUERITE, de même.
Ne m’avez-vous pas dit qu’il me ressemblait, mon père ?
GIRAUD, riant.
Pardi!. . pas à présent, par exemple.. .«il fait des grimicos cl fourre ses deux poings dans scs yeux... Mais c’csltoul ton portrait, quoi ! •
MARGUERITE
Tant mieux, vous ne penserez qu’à lui et à moi quand
vous le regarderez !...
G^RAï D.
Tiens! avec ça que je me gène... il est aussi à moi ce pelil-
1 à ! Silence.
MARGUERITE
Alors vpus avez envoyé chez monsieur le comte des llaumes ?
GIRAUD, sombre.
Ouil
tt-
MARGUERITE
Il n’a rien dit?
GIRAtD.
Rien !
MA RG UE RI TE
Et ii n’est pas venu ?
GIRAUD
Non !
MARGUERITE, remuant le berceau.
Il aurait pu le faire, ma honte n’a de taches que pour
1)0 >S i.^. (Embrassant l'enfant.) Pauvre petit !... (Remuant le berceau d .m air sombre et secouant la tète.) Je t’âilllC déjà de trop' pour
pouvoir me passer de toi. ’
G I R A U I), sévèrement.
Tu as eu là une vilaine pensée, Marguerite !
MARGUERITE, se levont d*un nir farouche.
Comment s’v prend-on avec les femmes éhontées, puisqu’on me laisse éloufr’cr sous le mépris dans mon coin!... mon père, dites-moi cela?
GIRAUD, avec des larmes.
Est-ce que je le méprise, méchante enfant.
MARGUERITE, lui prenant vivement ta main.
Oh ! vous !... vous êtes si hon !...
G IRAUD.
Ni Eugène, ingrate, ni Albert, tu le sais bien !...
Sans doute... mais les autres I
GIRAUD, haussant les épaules.
Oh! les autres !... 'si on cherchait bien!... Je doute de tout le monde, à présent.
MARGUERITE, courbant le front.
Depuis que j’ai failli.
>01 R AUD, mécontent.
Mais non... mais non !... Veux-tu que je te dise, tu as plus d’orgueil que d’amour !... Où ça le mènera-t-il ?... (s’attendris»saut ) J’aimerais mieux entendre crier ton cœur... On pleure, alors... les larmes cautérisent locamr cl le calment... Toute petii-, tu pleurais souvent dans mes bras, (u prenant dans ses bras.) Eh bien ! viens encore !... pleyre pour me faire plaisir .. pleure, ma pauvre iiUc... pleure !
M A H GUERITE, s'arrachant de ses liras, va s’asseoir sur une chaise» près de la table à droite.
Je ne peux pas... j’étouffe. * *
Morel et Eugène accourent.
MOREL
Marguerite !