‹ Nos faiblesses et nos forces à l'égard de la vérité [microforme]Chapitre 31 sur 35 · K #4 Ÿ IMAGE EVALUATION · texte numérisé non relu

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Mais Dieu a déjoué l'enfer, il a confondu le péché, il a tourné la malice contre elle-même, il a fait servir la mort à la vie. Le péché s'était dit : la mort sera l’écueil de la vie ; Dieu s’est dit : « La mort sera la source, le secret, le germe dla vie. Le Verbe se fera chair; puis il mourra pour revivre éternellement.» Et il fut fait comme il fut dit Et depuis la mort a enfanté la vie. Et depuis ce qui a voulu vivre a dû préalablement mourir. Le grain de blé a pourri dans la terre avant de dorer nos champs ; le gland s’est décomposé avant d’ombrager nos montagnes ; le germe animal n’est lui-même qu'uue étincelle de vie : éinvelle perdue, éteinte, morte à jamais pour ceux qui ia donnent ; tout ce qui soutient les ètres animés doit mourir et se perdre avaut d’être assimilé et uni à leur corps. Et dans un autre ordre,nos villes superbes, nos ma nuinents gicrieux, nos palais gigantesques, nos temples resplendissauts, notre mécanique, notre industrie, nos arts, tout est formé, façonné, pétri, élevé, tiré de minéraux, de vegetaux qui out bien voulu se perdre et mourir pour servir nos besoins. Il u’y à pas jusqu'à l'or,qui r'ait consenti à passer par le creuset ou à se laisser tailler, ciseler, pour satisfaire notre amour du luxe.

Oui, Messieurs, la mort, dans un sens, est la joi de la vie, de la vie physique, de la vie temporelle, de la vie matérielle et même, Je l’ajouterai, puisque d’ailleurs c’est la vérité que je veux etablir, de la vie intellectuelle, de la vie scientifique, corume elle l’est de la vie religieuse et morale

Il y à dans l'intelligence des faiblesses et dans la science des mystères impénétrabies. Si l'intelligence va à la Science avec ses faiblesses, les mystères la tueront; car les mystères tuent ; ils tuent l’orgueil, ia faiblesse des faiblesses L'iutelligence de ce prétendu savant qui veut avoir le deriier mot de la loi intrice, de la loi mathématique, etc. reucon trera là une difficulté invincible et qui là tuera, parce qu'elle lui eulèvera le temps et le goût d’approfoudir is autres questious. Cette autre intelligence qui veut penétrer dans le domaine de la foi avec la solte preten-

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tion de tout comprendre, ne pénètrera jamais dans ce sanctuaire élevé ; ses forces trahiront son élan; fatiguée. épuisée, découragée, elle tombera anéantie, écrasée. fourlroyée sur les dalles glacées du “estibule.

Combien d'intelligences périssent ainsi ! Hélas ! Et souvent quelles intelligences! Vous croyez peut-être que toutes sont vulgaires ? Erreur ! La vulgarité ne saurait subir le joug de telles aspirations. Lucifer n’était pas une iutelligeuce vulgaire ; seulement sa faibiesse orgueilleuse s'est hurtée au mystère de l'Incarnation, et il est tombé dans le sowbre asile des ténèbres. Pour ne nommer ici qu'un seul homme, ce Jotfroy dont vous avez suivi, pasà pas, la triste et navrante chute, était-il ane intelligence vulgaire? Plus une intelligence est fortement doué, plusil faut craindre pourelle, si elle ue veut pas mourir : sa force mème fera qu'elle remuera le moude de la peusée et, qu’au besoin, eile Le bouleversera pour y trouver les solutious qui lui manquent ; mais aussi daus ce monde bouleversé que trouvera t-elle ? Sinon sou tombeau ?

Vous êtes jeune, vous avez du talent, de fortes études prépa:atoiressont venues développer en vous la pensée et mème le génie ; vous brûülez d'impatience de conuaître, de savoir, de comprendre; vous êtes altéré de la Science, affaimé de la Vérité ; vous voulez vous élancer haut, bier haut ; vous voulez planer dans une région supérieure d’où votre regard embrassera tout et percera les profonds abimes ; Eh bien! vous n'êtes point une dine vulgaire ; troy de nobles ambitions vous tourmentent, trop de grandes aspirations vous travail. lent, trap de divins désirs vous agitent ; mais prenez garde! vous êtes blessé, votre sang coule de la plaie que le vice originel vous a faite, vous serez épuisé avant d'arriver ; cicatrisez la plaie, appelez le divin médecin ; dites-lui dans la sincérité de votre cœur: Maitre que faut-il que je fusse ? Et quand il vous aura répondu qu'il faut renoncer, mourir à vous-même, prendre votre croix el bi suivre, si vous avez le courage que ce remède appelle, ne craiguez rien ; preuez votre élan : à vous désormais les grandes ondes, les hautes

régions; plus de mirages, mais la lumière, toute la lumière dont l'intelligenge crée est capable.

Que ne puis-je parler dignement de cette ineffable force de la mort et faire comprendre quels secours elle prête à l'intelligence qui cherche la Vérité ! Dirai-je que c’est le creuset où l'intelligence se purifie, s'élève, se donne une vie toute divine et s'écoule, pour ainsi dire, dans le sein même de Dieu ? Ou bien la comparerai je à une fournaise ardente où elle se transforme, s’absorbe et se perd dans l'unité divine, non d’une manière naturelle et essentielle, car entre la nature, l'essence de Dieu et notre nature, rotre essence, il y a un abime infini que Dieu mème ne peut combler ; meis par image et par ressemblance ? Toutes ces choses sont de vaines comparaisons, et l'œil de l’homme n’a point vu, son oreille n’a point entendu, son cœur n’a point compris ce qui se passe entre l'intelligence et Dieu dans ce fond impenétrabie et caché du renoncement, de la mort philosophique, comme disaient les païens.

Ce que je puis dire, c’est que le Christ qui est la vie de la Vérité, n’a ressussité les intelligences à la Vérité qu’en mourant,etque comme il n’est la vie de la Vérité que parce qu'il en «8 en mème temps le type, la méthode et la voie, pour vivre à la Vérité, il faut mourir comme le Christ. Or le Christ est mort en s’abaissant jusqu’à la terre sa mort a commencé dans le sein de Marie, eile s’est continué de Bethléem au calvaire ; elle s’est consommé sur la croix, et c’est du sein de cette mort achevée, qu'il est ressuscité plein de vie, de vie incorruptible et éternelle. Que notre intelli gence s'abaisse donc, qu’elle reconnaîsse sa faiblesse, qu'elle accepte comme vraie la vérité révélée, qu’elle s’avoue lime puissance où elle est de comprendre le mystère, qu’au lieu de chercher à élever de vains systèmes sur les choses incompréhensibles, elle fasse un bon acte de foi, qu’elle agisse ainsi depuis le premier moment où elle s'ouvre à la vérité, jusqu’à celui où Dieu l’appelle à lui, et, comme le Christ, elle trouvera dans les lauges de ia mort, le secret de la vié, de la bonne vie.

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Voulez-vous, Messieurs, q'une autorité vienne confirmer ma pensée et lui prèter la force qui lui manque? Ecoutez encore le Père Gratry.

« La Science dit-il, ne saurait naître que dans l'âme sacrifiée et devenue conforme au Christ par la mort volontaire, dans l’âme qui, par la pratique morale et intellectuelle de Ja croix, sait retrancher tout obstacle au retour à Dieu, à partir de toute impression, à partir de tout meuvement d’esprit, d'âme ou de corps Est-ce vous qui saurez vivre dans celte habitude de la mort ? Mais est-ce vous qui saurez trouver en vous-même celte vie meilleure que les mystiques anpellent la vie ressussitée ? Est-ce vous qui parvieudrez, par quelque imitatiou logique du sacrifice, aux regions de la science abstraite, à la fin surnaturelle de la raison ; estce vous qui saurez vous élever jusqu à sa fin dernière,et entrer dans le coumencement de la vie éternelle que donne l'uvion à Dieu, par l'amour et la foi. Il y a là uu abime que celui-là seul peut combler qui est lui-même la vie, uu abime qui ne sera comblé eu vous, qui si lui-même vieut vivre en vous ; s’il vous donne d’être uui à sa croix, el son sacrifice, de mourir avec lui, d’être enseveli avec lui par l’esprit du baptême, d'anéantir en vous, ainsi qu'il s'est auéanti lui-même, tout obstacle, toute limite mauvaise ; s’il vous donne de briser, pour l'etendre indéfiniment, toute limite naturelle qui empêche de grandir en Dieu et d'entrer dans son infini ; de passer de la vie naturelle, temporel'e,divisée, qui passe loujours et oscille toujours, à la vie pleine et éternelle, simultanée et rassemblée. Or, il faut quelque commeuncement implicite de la vie éterualle au fond de l'âme (inchoutio vilæ ælernæ] pour que, daus notre esprit, putsse luire quelque rayon de l'intelhigible suprème. De sorte que la fiu dernière de la raison, le terme suprême de la science, d'où la vie doit descendre sur tous Les détails de la science, n’est en aucune sorte abordable que par le Christ vivant eu nous. Il est de toute impossibilité qu'un homme, où une natiou, marchent dans ia voie de la science pleine, de la sagesse totale, si Jésus-Christ n’habite daus cet homme et

et dans ceîte nation nar la grâce et la foi Si vous ne vous nourrissez pas de la chair du Fils de l’homme, dit le Seigneur lui-même, vous n'aurez pas la vie en vous. Toute nation, tout homme qui rejettera Jésus-Christ de son sein, rejettera la vraie vie scientifique. Les faits, d’ailleurs, le montrént, Mais si la civilisation moderne se maintient dans la foi chrétienne, si l'esprit de foi vivante recommence, comme il semble le Père Gratry a écrit cela en 1855), à se réveiller en Europe, nous en viendrons à ce que les saints ont appelé «la vraie science des chrétiens.» Il y aura une inspiration réelle du Christ Jemeurant dans nos cœurs et dans le cœur des sociétés, une inspiration réelle de Jésus-Christ pour la formation de la science telle que la cherche l'humanité depuis le commencement. Lui quia dit: «Je suis le cep et vous êtes les branches ; sans moi, vous ne pouvez rien faire ; mais demeurez en moi, si vous voulez porter beaucoup de fruits ;» lui qui a donné ce conseil principal au monde et à chaque homme, à l'âme entière, à sa volonté prise à part, dans sa lutte pour le bien, et à l'intelligence prise à part, dans sa recherche de la vérité, lui, dis-je, qui a fait cette promesse, la tiendra, si notre intelligence s'atiache à lui, demeure en lui, et tire sa sève de ce cep divin, cœur et vie de la science. »

Et s’il faut, Messieurs, apporter ici le témoignage de l’expérience, que dire de la Science avant qué le Christ vint habiter parmi nous ? que dire de la Science qui daigna marcher avec lé Christ ? et que dire de la Science qui après avoir reconnu le Christ, le renie indignemeut ?

La science avant le Christ fut un long tourment et une navrante faiblesss, La Science païenne se trouvait en présence de Dieu qu'elle ne connaissait pas, en présence du monde qu'elle ne pouvait expliquer, en présence de l’hôm me qui lui é.ait un mystère douloureux, en présence de la societé qu'elle ne pouvait comprendre, en présence enfin d’une multitude de questions qu’il faut résoudre si on veut avoir le repos de l'esprit, si l’o1 veut s’occüper des quéstions secondaires. Menacée, travaillée par le besoïn de sex.

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pliquer le monde, de savoir l'origine de l'homme et sa fin suprème, la science païenne était la proie de l'ignorance et la victime dn duute éternel. Elle était prisonnière, captive, esclave. Elle sentait bien en elle-même une puissance généreuse capable de tout tenter, de tout oser pour trouver le repos qui lui manquait ; ells se sentait la force de remuer le ciel et la terre, de tout bouleverser pour trouver les vérités sans lesquelles elle ne pouvait rier ; seulement ses perquisitions les plus laborieuses se fesaient ‘au sein d’une nuit épaisse et elles étaient éternellement infrutueuses. En vain touchait-elle aux problèmes les plus simples comme les plus compliqués de la psychologie, de la philosophie, des mathématiques, de l’économie, etc, toujours elle revenait au point ténéoreux. À quoi bon,se disait-elle, avec amertume, à quoi bon chercher l'origine des idées, la valeur de la raison, la puissance des nombres, etc., si j'ignore l'origine de l'homme ? D'où vient-il ? que doit-il? ou va-t-il? La vérité existe-t-elle ? Puis je y arriver? Qu'est-ce que l'âme, il y a-til une âme, des âmes ? Pourquoi tant de faiblesses et tant de forces dans l’homme ? A toutes ces questions, la science paienne ne savait que répondre. Aussi ballotée entre les principes de Thalès et de Pythagore, entre Xénophane et Lucippe, entre Platon et Aristote, entre Epicure et Zeuon, la science paienne avait fini par s’abimer, profondémeutd ouragée,dais le scepticisme le plus complet. Touies ses espérances étaient déçues, tous les brillants génies sur lesquels elle avait le plus compté, s'étaient atfaissés tour à tour ne laissant derrière eux que la cruelle incertitude, que le doute mortel, que l'anarchie des intelligences, que le triste sentiment de leur impuissance. Et Socrate, la plus haute expression de la sagesse antique, avait deviné que la Science d'alors avait besoin d’un régénérateur d'un sauveur ; il disait: « Il faut attendre que quelqu'un vienne

nous instruire......Gelui dont il s’agit s’interresse à ce qui

nous tœuche, mais ille fait à mon avis, à la manière dont Homère raconte que Minerve en agit à l'égard de Diornède. Minerve dissipa le brouillard qu'il avait devant les yeux,

afin qu'il pût distinguer les dieux d’aver les hommes. IL est pareillement nécessaire que le brouillard épais qui réside maintenant sur les yeux de notre entendement soit dissipé, enfin que nous puissons dans la suite distinguer au juste Le bien du mal, la vérité de l'erreur.» Ce qu'ayant attendu Alcibiade, il s'empressa de répondre : «Qu'il vienne douc, ce libérateur, et qu'il dissipe, quand il lui plaira, ces téiébres. Je suis, quant à moi, tout disposé à faire tout ce qu’il lui plaira de me prescrire moyennant que je puisse devenir meilleur et plus heureux que je ne suis.»

Jlest venu ce libérateur dans la personne auguste du Christ, e: il s'est nommé : «Je suis le Christ, Fils du Dieu vivant, Je suis la Voie qui conduit au Père, et nul ne peut venir au Père que par moi. de suis la Lumiere du moude. Je stis la voie, la porte, la vie de la Vérite. »

Ilestvenu et ceux qui ont pu le voir sesout dit: «Le Verbe a été fait chair, el il a habité parmi nous ; et nous avons vu si gloire, qui est la gloire du Fils, qui est pleine de grâce et de vérité. »

Il est venu, «et sa sagesse a fait couler de lui des Fleuves, Il est sorti du paradis comme un ruisseau de l’eau immense d’un Fleuve et il s'est dit : J'arroserai les plants de mon jardin, et je rassasierai d’eau le fruit de mou pré. Mon filet d’eau est devenu alors comme un grand fleuve, et d'un fleuve une mer. J’illuminerai tous les hommes d'une doc trine qui paraîtra comme la lumière au retour du jour, et ma parole la portera jusqu'aux extrémités du monde. d'en péunètrerai tout ce qu'il y a de plus infime sur la terre. de lancerai les traits de mon regards sur ceux qui dorment, j'illuminerai ceux qui espèrent en moi (Eccl. cap. XXIV.

Ilest venu le Christ, et il a tenu parole. « Ses pensées. plus vastes que la mer et ses conseils plus profonds que le grand abime,» ont fertilisé les intelligences et sauve la Science. Il a dissipé le doute qui rougeait les intelligencess il 2 donné la solution de tous les problèmes qui fesaient auparavant le désespoir de la sagesse humaine ; il a résolu toutes les questions qui tourmeutaient la philosophie ; il a

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dit la vérité sur Dieu, sur l'univers, sur l’homme ; il a expliqué toutes les anomalies de la nature hnmaine ; il a fait plus : il a indiqué des remèdes à tous les maux de l'ignorance ; il a montré la voie de la Science ; il a prit sa croix, et, appelant les hommes de bonne volonté à sa suite, il les a conduitssur le calvaire, il leur a demandé de mourir avec lui et en lui, leur montrant ce tombeau fameux d'où ildevait sortir vainqueur des bras de la mort ; et ceux qui l'ont suivi jusque sur la croix ont triomphé avec lui ; ils ont vu la pleine lumière, ils se sont désaltérés au torrent de la science pure, de la science libre, de la science régénérée, dela science une et indivisible comme le Christ.

Et cette science a établi sa demeure dans la paix: tranquille sur les questions divines vIles a remué les questions humaines ; elle a creusé des sillons profonds dans les intelligences. Elle y a déposé le germe fécond de la Vérité et, la grâce aidant, tout a germé, tout a grandi, tout à fleuri, tout a porté son fruit. La philosophie a pris son élan, elle s’est élevée dans les hauteurs respeutables de la foi, elle a plané admirablement sur une infinité de sciences pour les fertiliser. L'Histoire s'est animée, elle s’est émue, elle s’est illuminée ; elle a dit ce qu’elle savait du passé, ce qu’elle pensait du présent, ce qu’elle espérait de l’avenir. Les mathématiques se sont inspirées ; sous la tonche du Christ elles ont marché à des découvertes qui ont centu;,lé les forces de la raison. Toutes les sciences, en un mot, raffermiessur leurs bases, ont contribué au bonheur des intelligences et à la glorification de la Vérité.

Et ceile science christianisée a vu s'épanouir, aux rayons du soleil de la Vérité, les génies les plus vastes, les plus 1llustres, les plus puissants. Les Justin, les Irénée, les Tertullien, les Clément d'Alexandrie, les Augustin, les Bonaventure, les Thomas d'Aquin, les Descartes, les Malebranche, les Leibaitz, les Fénélon, les Bossuet, et tant d’autres qui ont laissé ici-bas la trace immortelle du génie, le vestige saisissant du passage du Verbe, de la Lumière, du Christ dans les intelligences. 18 |

Et l'admiration, la reconnaissance, l'enthousiasme, l'amour gagnant la Science affranchie, délivrée, régénérée, béatifiée, elle se leva inspirée et chanta ce Te Deum séraphique :

«La lumière qui éclaire tous les hommes luisait dans leurs ténèbres sans les dissiper, ils ne pouvaient même la regarder ; il fallait que la lumière intelligiblc se voilât et se rendit visible ; il fallait qne le Verbe se fit chair, et que la Sagesse cachée et inaccessible aux hommes charnels les instruisit d’une manière charnelle. Il fallait que cette Sagesse se présentât devant nous sans toutefois sortir hors de nous, afin de nous apprendre, par des paroles sensibles et par des exemples cenvainquants, le chemin pour arriver à la vraie félicité... Nous n'avons accès auprès de Dieu que par la Raison Universelle, la Sagesse Eternelle, le Verbe Divin, qui s’est fait chair à cause que l’homme est devenu charnel ; et par sa chair s’est fait victime, à cause que l'homme est devenu pécheur ; et par le sacrifice de sa victime s’est fait médiateur ; la Raison purement intelhgible n'étant plus dans l’homme corrompu, qui ne peut plus ni la consulter, ni la suivre, le iien de la société entre Dieu et lui. Mais il faut remarquer sur toutes choses que la Raison en s’incarnant n’a rien changé de sa nature, ni rien perdu de sa puissance. Elle est immuable et nécessaire : elle est la seule loi inviolable des esprits. La foi n’est point contraire à l'intelligence de la vérité : elle y conduit, elle unit l'espri£ à la Raison, et retablit par elle, pour jamais, notre société avec Dieu. Il faut se conformer à la Raison, c’està-dire au Verbe fait chair, à Jésus Christ, par ce que le Verbe inteliigible, le Verbe sans chair, est maintenant une forme trop abstraite, trop sublime et trop pure, pour former ou réformer des esprits grossiers ou des cœurs corrompus Mais l'intelligence succédera à la foi ; et le Verbe quoique uni pour toujours à notre chair, nous éclairera un jour d’une lumière purement intelligible !»

Hélas ! Pourquoi la science contemporaine a:t-elle chassé le Christ de son sein ! Pourquoi a-t-elle fermé au Verbe

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divin la porte des intelligences! Pourquoi les esprits ontils refusé de mourir dans le Christ, afin de renaître à la Yérite! Qu'estdevenuelaScience? Que sontdevenueslesintelligences depuis qu’elles ont voulu s'appuyer sur la seule raison de l’homme ? Ecoutez prêtez l'oreille ! Où est le concert sacré de l'harmonie ? Où est le chant de la béatitude intellectuelle ? Entendez-vous ces voix discortantes ? Ici le matérialisme et le sensualisme chantent la glorification de la matière: là le naturalisme le rationalisme rent lalumière et la grâce divines; ailleurs l'éolectisme et le scepticisme affirment toutes les erreurs et nient toutes les vérités ; partout l'errenr s'infiltre, triomphe. La lassitude, le découragement et le désespoir gagnent les esprits ; les intelligences faiblissent, languis sent et meurent ; et les sciences, que rien ne féconde, présentent l’espect d’une désolante aridité. Je le demande à toute âme sincère, depuis que la science s’est séparée du Christ qu’est-elle devenue ? Depuis les tristes jours, où le voltairianisme a triomphé, quels progrès féconds et prodigieux ont fait les mathématiques, l’histoire naturelle, la physique, la chimie, la philosophie et mème l’histoire ? Ces sciences vivent aujourd’hui des découvertes des âges de foi, mais elles n’avancent pas, elles ne travaillent pas pour l'avenir. La matière, il est vrai, se glorifie ; elle gratifie notre temps d’une multitude de découvertes, elle multiplie les progrès ; mais, chose étrange, en même temps que la matière grandit, l'esprit diminue, la civilisation dégénèré et les sociétés faiblissent: Qu'on explique ce fait.

La Science s’en va, parce qu'elle s’éloignede Celui qui est le type, la voie et la vie de la Vérité ; et les sociétés s’en vont parce qu’une Science athée les tue. Si la Science ne revient pas au Christ, tout est perdu, et ce malaise qui travaille aujourd’hui la Société, anéantira le reste de forces qui soutiennent la vie chêtive et malade des nations. Je ne suis pas prophète, je ne voudrais pas l'être, n'entrevoyant dans l’avenir que des malheur ; mais je sens que si l'Europe, par exemple, ne christianise par sa Science, l'Europe touche à sa fin. Je donne cinquante ans à l'Europe pour

rappeler le Christ ; à l'expiration de ce temps si le Chris n'est pas rentré, s’il ne préside pas aux conseils des savants, nous chercherons l’Europe, nous trouverons une société agonisante, je me trompe : nous trouverons un tombeau !

Mais non, et c’est par cette espérance que jeveux terminer ma laborieuse tâche, la Science, fatiguée de ses souffrances, désabusée du rationalisme, harassée du doute, va retourner à Celui qui donne la vie ; elle va retourner au Christ qui est le type, la méthode, la voie et la vie de la Vérité. Le Christ: reviendra ; Oui ! 11 reviendra habiter dans les intelligences ! Il les pénétrera de son souffle divin ; il entr'ouvrira devant elles des routes nouvelles et mystérieuses ; il les inonders de sa douce lumière ; il les élévera jusqu’à lui, pour les perdre, ou plutôt, pour les sauver en lui. Et les intelligences rempuront leur fin! Et la Science atteindra son but ! Et le monde sera sauvé!

Chris ivants, société beau !

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