‹ Nos faiblesses et nos forces à l'égard de la vérité [microforme]Chapitre 30 sur 35 · ont (ui · texte numérisé non relu

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dans un perpétuel tumulte : tumulte des pas: ons qui appellent l'âme au dehors pour la dissiper dans les ehoses extérieures ; tumulte des soins et des préoccupations dérêglées qui sont les ennemis mortels du recueillement ; tumulte des désirs frivoles qui nous font perdre de vue le domaine des choses essentielles ; tumulte des mille voix de ia seusualité et de la volupté qui nous ensorcellent pour la bagatelle et ne nous laissent en repos qu'asrès avoir anéanti toutes nos forces vives ; tumulte des pensées légères qui, comme des nuages épais, obscurcissent les facultés les plus actives ; tumulte des sentiments, des affections, des soucis qui naissent du fond de notre faiblesse et troubleut si étrangement en nous les sources du bien. Et “om ment au milieu de ce tumulte entendrait-on la voix de Dieu ? La voix de Dieu est douce et limpide ; on dirait qu'elle vient sur les ailes du Zéphir, tant elle silencieuse. Et si quelquciois e: e grossit, si elle prend tout à coup les ac :euts de la foudre, si elle ébranle les cieux, si elle émeut Les rochers. si elle fait trembler l2 terre et la remue convul- ,Sivement jusque dans ses entrailles, c’est que l’humme est sourd, c’est que l’homme ne veut plus entendre, et que Dieu, dans son infinie miséricorde, veut lui faire parvenir une suprème et dernière invitation. N'appelons pas cette voix tounante, n’attendons pas que la foudre vienne nous tirer ‘ de notre tumulte ; mourrons à tous les vains bruits du de dans,et la voix de Dieu pariera à notre âme avec cette douceur et ceite suavité que nous nous rappelons avoir saisies dans la voix de notre mère lorsqu'elle se penchait sur notre : berceau pour imprimer sur notre sein le baiser de l'amour et de la sollicitude.

Si nous mourrons ainsi, nous nous tairons, et nous nous , reposeroiis à l'intérieur. Et que dirious-nous et comment nous agiterions-nous quand nous serous morts à toutes nos faiblesses et à toutes nos passions ? Est-ce que du moment où nous décidons de briser avec la nature viciée, malgré ‘que nous soyions encore bien faibles et bien chancelants, nous ne sentons pas que si nous éprouvons un besoin, c'est

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celni de nous taire,que si nous sentons nn bien-être.c'est ce lui du repos, de la quiétude ? Et n’est il pas vrai que si dû sein de ce repos et de ce silence, une voix s'élève, c’est la voix du bien et du vrai, la voix de Dieu ?

Imposons donc silence à nos passions mauvaises, à nos peusées frivoles, à nos sentiments déréglés ; Es fol au moins la lutte, continuons-la sans nous rebuter: et, dépit des faiblesses de la nature, des ténèbres de notre esprit et de toutes nos misères, nous serons abimés dans là Divinité, nous aimerons Dieu, nous le contemplerons à notre aise ; nous verrons sa rayonnante beauté, sa célestè clarté ; nous découvrirons toujours en lui de nouvelles richesses ; nous sentirons qu’il nous touche et que notre âm8 vibre de bonheur sous cette touche bénie; nous sentirons une paix inéffable, et dans cette paix, dans ce calme, dans cette limpidité de l'âme nous serons inondés des flots divius de la Vérité.

Que dire maintenant de l'obéissance ? Qu'elle est la voie de la vérité et que sans elle où ne peut faire un pas dans là Science,

Dans toute science se rencontre une autorité à laquelle il faut se soumettre sous peine de s'égarer. Troisautorités se partagent les divers ordres d e connaissances : l’au'orité de la raison, l'autorité du sens commun, et l'autorité de la parole de Dieu. Dans les sciences qni sont soumises à la raison, il faut se soumettre et obéir à la raison ; ce qui n’est pas toujours facile ni agréable. La raison à en nous de mortels ennemis, ce sont nos préjugés qui ont la triste infiuencé d'obscursir et de dénaturer les données de la conscience, des seus, du bon sens, du jugement et de l'intelligence, Vaincre ces préjugés, afin que notre raison soit libre et conserve toute la jouissance de ses forces, tel est le devoir de lobéis sance. Dans les sciences qui sont soumises à l'autorité dusens commun, il faut se soumettre à cette autorité, autrement on s'isole du gerre humain tout entier et on tombe dans ce scepticisme désespérant par lequel les faits les plus certains, comme ceux qui importent le plus à l'expérieuc8

des peuples, sont perpétuellement mis en question. Dans les sciences soumises à l'autorité de la parole de Dieu, il faut se soumettre à cette autorité ; autrement on ne sait plus rien ni de Dieu, ni de l’homme, ni de l'éternité ; on se trouve envelopper dans un mystère douloureux et on se précipite dans un abime d’inquiétudes, de souffrances et de tourments intellectuels.

Sans l'obéissance il n’y a pas de science, il n’y a pas de repos,il n’y a pas de quiétude,il y a un désordre,une confusion et des ténèbres ; il y a des malheurs, des défections déplorables Vouloir se soulever contre la raison, vouloir s’éle ver au-dessus du sens commun, vouloir planer dans des régions supérieures à la parole de Dieu, à l'autorité chargée d'interprèier cette parole, c’est l'acte d’une suprême démence, de la démence de l'orgueil, c’est tenter de former un système irrationnel, c’est formuler un symbole faux et mensonger.

Silence, sacrifice, obéissance ; toute la voie, toute la méthode est là. Si nous dédaignons cette voie, cette méthode, nous ne verrons jamais la lumière pure, nous ne contemplerons jamais le divin Soleil de la Vérité. Et il y a de cela une raisou profonde que je laisse développer toute entière au Père Gratry.

« La volonté, dit cet illustre logicien, n’allant au bien que par La croix, l'intelligence n’allant au vrai qu'avec la vo- Jonté, et n’y allant elle-mème de son côté, que par quelqne initation de la croix, 1l est visible que Jésus-Christ est deux fois, par sa croix, la méthode et la voie.

. à ELal est, en un autre sens encore, la méthode et la voie, en ce sens qu'il nous doune d'avance l'ensemble et le plan de la science, atiu d'éviter toute erreur. Car,après la séparation de l'intelligence et de la volonté, source principale de l’erxeur, il n’y a nulle source d'erreur aussi féconde que ce qu'ou peut nommer les méthodes exclusives. Voulez-vous, dit St-Jean, discerner les esprits; vous les reconnaitrez à un #ulsigne: toutesprit qui divise Jésus-Christ vientdu mai.Eh Dieu ! que font tous les sophistes et tous ceux qui se trom-

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« Essayez de chercher la sagesse et de philosopher en divisant Jésus-Christ, lui qui est le vrai monde abrégé, l'éternel plan de Dieu. Essayez de prendre à part son corps seul, séparé de son âme et de sa divinité, vous n’avez plus que des atomes, sans lien ni sens. Ce n’est plus le corps du Christ ; ce n’est plus même le corps de l'homme ; c’est la plus grossière des erreurs, la plus inepte des méthodes. La secte est très-connue et ne mérite pas même ici d’être nommée.

« Essayez de prendre son âme, l'âme raisonnable seule, séparée de son corps et de sa divinité ; vous u’avez plus ni Dieu ni homme ; car, comme le dit supérieurement le docteur angélique, l'âme à part n’est pas l'homme (anima non est homo). [l y a telle philosophie qui s’écrie : Point de ciel, point de terre, point de lumière surnaturelle, point de lumière des sens ; point de théologie, point de mathématiques ni de jhysique ; l'âme seule, la psychologie seule. O l'syché ! 6 statue ! où donc est le sang humain dans tes veines ? où est le feu divin dans ton cœur et danstes yeux?

« Essayez de prendre la divinité seule, séparée de l'âme et du corps, que ferez-vous, pauvre homme, de ce mot, que vous aurez daus votre tête, éclairé de sou sens, j'y consens, de ce mot : Divinilé ? Est-ce vous qui déduirez de ce grand mot l’houme et le monde ? Est-ce vous qui essaierez de reproduire, comme les sophistes contemporains, l'œuvre de la création ? Est-ce vous qui, dans votre idée abstra e de Dieu, fixée dans votre entendement par le mot Dieu, être absolu etinfini ; est-ce vous qui saurez lire directement et face à face l’idée divine de l’homme et de la création ? Vous préteudez voir Dieu lui-même,sans l'âme, sans le corps de Dieu incarné ; mais, vous le savez, c'est là le grand eécueil, le grand orgueil, le grand abîime. De votre idée abstraite de Dieu, vous ne pouvez tirer qu'elle-même et ce qui lui est identique. Et comme vous êtes d’aiileurs un homme vivaut sur la terre, et qu'il vous faut nécessairement rendre

raison de la terre et de l'homme, vous viendrez dire : Le monde c'est Dieu, et Dieu c’est moi. Ou bien si vous comprenez que votre idée abstraite de Dien est creuse, et qnoique mathématiquement certaine dans sa forme. est vide dans sa substance, vous direz : Dieu n’est pas, ou Dieu n’est rien, ou l'être et le néant sont la même chose, et sont ensemble le principe de loute chose.

« Mais je veux bien que vous ayez pris pour objet l’âme raisonnable et Dieu, en ôtant seulement le corps d'une part et de l’autre Dieu incarné dans l’âme et dans le corps. Vous distinguerez parfaitement Dieu et l'âme, j'y consens, et vous n'êtes plus ni panthéiste ni athée, mais qu’êtes-vous et que pouvez-vous ? Privé de corps et de l'humble méditation du monde des corps, signe sensible de la vérite, privé de la grâce surnaturelle, des forces et des lumières du Saint-Esprit, vous n'ètes plus qu'un pasteur réformé d’un culte sans sacrements et inévitablement socinien. Vous n’avez plus que la parole, ia raison seule, le raisonnement et la morale humaine, sans régénération surnaturelle, sans grâce et sans révélation. Vous parlez bien, mais vous ne dounez pas la vie, ni celle qu’apportent les sacrements, ni celle que peut donner l’effusion libre du Saint-Esprit. Vous ne régénerez point de l’eau et de l'esprit ; vous n’entrez point et ne faites point entrer dans le royaume des cieux.

« Eufin essayez seulement de séparer Jésus-Christ de sa croix ; vous aurez devant vous l'idéal, l'idéal complet, mais vous ne pourrez y atteindre. Il n’est pas mort pour vous : du moins vous ne le croyez pas ; et vous, vous ne mourez pas avec lui (consepulti cum üllo per baplismum in mortem). Catéchumène mou baptisé, el qui ue voulez pas l'être, pour jouir de la vie plus longtemps, vous ne savez pas les mystères et n’y pouvez participer ; vous n'avez pas mangé la chair du Fils de l’homme, vous n’avez pas la vie en vous: vous ne savez pas même ce que veulent dire ces mots.

« Telles sont les âmes et les intelligences idéalementchrée tiennes, mais sans pratique, et privées de la foi substantielle dont parle Saint Paul, qui est, dit-il, le commencement

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de la vie éternelle. Nedites pas: Je ne divise pas Jésns Christ, J'admets le Christ entier: son corps, son sang, son âme, sa divinité Oui, mais vous le séparez de sa croix. Vous ne comprenez pas sa Iort pour vous, vous ne comprenez pas la vôtre en lui : surtout vous ne la voulez pas. Eh bien ! ici est le point critique. Ici le grand passage. Ici s'arrête toute philosophie, mème platonique, mème devinant l'aurore évangilique, mème moderne, et appuyée de l'Evangile et de sa leltre, et mème de sou idée. Voulez-vous, oui ounon, porter sa croix ? Vous êtes ou vous n'êtes pas son disciple. Voulez-vous,oui au non mouriren lur,uni à lui,par lesacritice de la croix? Vous entrez où vous n'entrez pas daus la lumière vivante et substantielle, dans Le plus haut degre de l'intelligibie divin. Votre raison ne va pas à sa fiu deruière, ou elie y va.

« C'est ainsi que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié est seul la voie, la methode, toute méthode, même la methode logique, pour arriver à la verité. »

Jesus-Christ, Messieurs, est de plus la vie de la Vérité, et ici encre uous allions retiouver la croix, le sacrifice, la mort,

loute vie finie, bornée,est venue primitivement de la vie: tout est venu de Dieu. Mais la vie a ete troublée danssa source par uue catastrophe lamentable ; la vie a ête gretfee misera. biement ; un poisson mortel s'est inoculé en elle, et si elle u'a pas ete tarie daus son principe, c'est que Dieu, dans son iufiuie misericorde, a voulu que la vie pût trouver daus la avrt mème, des ressources vivifiantes et une vigueur tou-

jouis uouvelle.

Le pêche avait rèvé d'anéantir la vie. Par un calcul inferuai, il s'etait efforce de poser uue digue au torreut de l'éteruclle vie qui descend sans cesse des hauteurs de la Divinite pour alimenter la vie temporelle. Cette digue c'est la mort, qui est entrée dans le munie par le péché. Ce calcul était profond, et, si Dieu n’était pas plus profond que l’enfer, li aurait reussi ; car la vie incréée cessant de couler

dus la vie creée, toute vie finie eut été tarie sans ressource.

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