BUT DE L'UNION CATHOLIQUE
Monsieur le Président, Messieurs,
La Société fondée sons cette constitution se nomme ‘* L'Union Calholique de Montréal, pour l'alliance de la Religion et des
Leilres.” (Const. U. C., Art. Lr.)
Je l'avouerai: j'éprouve tout d’abord une profonde et douce émotion.
Pendant que les institutions et les mœurs, pendant que les » passions et les égoïsmes contraires excilent, d'une extrémité à du monde à l’autre, l'esprit de division, de révolte et de 4 haine, il serait encore permis d'espérer des jours meilleurs!
+ C'est qu'au sein de la dépravation générale, c’est qu'au milieu du renversement de tant de grandes choses, il y a
ei
* mouvement naît de la relation, et l'harmonie, de l’ordre, il
encore un germe puissant et mystérieux, resté pur ; une force vigoureuse et féconde, demeurée debout.
Ce germe, c’estl’union ; cette force, c’est le bien. Et quand les hommes parviendront à combiner dans une seule et même action, ce germe et cette force ; quand ils seront parvenus à produire l'union dans le bieu et le bien dans l'union, }2 malaise social cessera, les nations s’arrêteront au penchant des abimes et reprendront, généreuses, les voies qui conduisent à la vie.
La vie est le mouvement dans l’harmonie, et, comme le
est clair que toute relation dans l’ordre, ou, si on l’aime c mieux, toute union dans le bien, amènera infailliblement la plénitude de la vie. £ Faites tout à coup mouvoir le monde en dehors de l’ordre, é brisez la grande loi de relation, vous avez un renversement l complet : les astres, marchant au hasard, se rencontrent, se tè heurtent, s’'entrechoquent, tout se désunit, tout s’anéantit. is Aù contraire, que l’univers suive, docile, son sentier cl
battu, tout s’harmonise, tout dure, tout se soutient admirablement.
Ces simples principes me suffisent ; et je puis, dès ce moment, avouer mon dessein, qui est de vous entretenir sur le grand mouvement dans l'harmonie, sur la noble union dans le bien, sur la belle et haute spéculation de notre société, savoir : l'alliance de la Religion et des Lettres. Ce que nous allons teuter, en nous demandant ce qu'est la Religion, ce que sont les Lettres, ce qu’il faut faire pour allier ces deux # saintes choses.
Et d’abord, qu'est-ce que la Religion ?
…e langage, messieurs, est l’expression de la sagesse du « sens commun ; ainsi les mots, malgré leur simplicité naïve, M renferment presque toujours un sens profond et vrai des M choses.—Cherchons donc au fonû du mot Religion, avec le sens divin qu'il comporte, l’idée réelleet pure queles hommes #}
ont de la chose elle-même.
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Religion vient de religio, lequel substantif dérive du verbe religure qui signifie Lier, attacher. Par où l'on voit que la Religion est un lien.
On a dit dans ce sens : la religion de la famille ; c'est-àdire le lien sacré qui unit l’homme à la femme, afin de rendre féconde la bénédirtion du Ciel qui est en eux : Crescile, multiplicamini, 'eplete terram.
On a encore dit: la religion de la patrie ; c’est-à dire le lien qui unit les hommes aux hommes, à l'abri du même ciel et sous l'empire des mêmes institutions, des mêmes lois, des mêmes mœurs. Ce n’est pas tout.
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Ou a encore dit : la religion du respect ; et de toutes les glorifications qu'on a pu faire du respect, celle-ci est la plus + élevée et la plus digne. La religion du respect ! c’est-à-dire « les esprits, les cœurs, les consciences, les vertus, les caractères confondus, unis dans un seul et même sentiment de religieuse vénération pour ce je ne sais quoi de divin que chacun porte en soi.
La religion de l'honneur était autrefois un milieu heureux où se mariaienl les âmes.
La religion du serment. car il y a eu un jour une religion du serment, étaitlasublime hauteur où la parole de l’homme, s'autorisant de la véracité de Dieu mème, fait un pacte solonnel avec la vérité.
IL s’est même rencontré des hommes pour parler de la religion du beau, du bien, du juste, du vrai et de toutes les "grandes et saintes choses auxquelles on tenait jadis à se sou- + der : Hélas! toutes ces belles acceptions sont misérablement tombées, parce qu'on n’a plus de la famille, de la patrie, du respect, de l’honneur, du serment, du beau, du bien, }du vrai, du juste, l'idée qu’on en devrait avoir. Que voulez-vous ? quaud les choses souffrent, il est naturel que les mots, qui ne sont après tout que les images des choses, | souffrent aussi ; et il semble que le langage doive infailli- + blement se ressentir de la dépravation générale des hommes
Let des choses.
Quoiqu'il en soit, messieurs, le mot religion dans son
acception propre et simple est resté debout. Si on ne dit M | plus la religion du respect, la religion du serment, etc., on dit 7 encore, on dit toujours la Religion. D :
Eh bien, quesiguifie cette expression ? 4 Partout et toujours, les hommes ont vu dans la Religion, M ] le lien éternel qui unit l’homme à l’homme, le peuple au #8
peuple, le siècle d'hier à celui d'aujourd'hui ; le siècle d’aujourd’hui, le siècle d'hier à celui de demain, à celui de l’ave-
nir ; puis tous et chacun des hommes, tous et chacun des À P peuples, tous et chacun des siècles à Dieu, principe et fin \ g de tout lien et de toute union. 4
Ainsi la Religion est un lien solide, un attachement iné- À . branlable par lequel l’homme tient à l'homme comme à un 1 ,. autre lui-même, et à Dieu comme à un père commun. À ju
Ceux à qui cela plait, le croient et le veulent: ils se res- M ;; serrent, ils s'unissent, ils se confondent dans une seule et M même foi, dans une seule et même espérance, dans une M seule et même charité. Leur phalange serrée va son chemin M à travers les jours heureux où malheureux, mangeant quel. M quefois le pain de la douleur. buvant souvent à la coupe de M l'affliction ; mais chantant toujours le sublime cantique de MS l’adoration et de l'amour à Celui en qui elle retourne s’abi- M mer daus les voluptés régénératrices de l'éternelle union. M
Pour ceux à qui cela ne plaît pas, ilss'éloignent, s'isolent, M se divisent, se fractionnent à l'infini. Dans leur haine impla cable de l'éternel lien, ils demandent à grands cris qu'ou le brise, qu'on l’anéantisse à jamais. Désireux d'assister aux M funérailles de la Religion qu’ils abhorrent, ils demandent M l'abolition de ce symbole mystérieux qui rallie les peuples.
Ecoutez ; prètez l'oreille à ces mille voix discordantes et M haïineuses ; vous entendrez, ici, la voix du schisme et de l'hérésie qui chante la séparation du tronc; là, la voix du ralionalisme et du naturalisme, qui appelle la révolte contre l'autorité ; ailleurs, la voix du césarisme et du libéralisme impie, qui proclame la séparation de l’église et de létat :# partout, la voix de la discorde et de la désunion qui soupirel après l'entière émancipation des liens sacrés de la Religion.