PREFACE XI
mari de cette illustre présidente de la société des Gens de lettres au dix-huitième siècle, dont Sainte-Beuve rapporte cette anecdote : Un jour, un étranger demanda à Mme Geoffrin ce qu'était devenu ce vieux Monsieur qui assistait autrefois régulièrement aux dîners, et qu'on ne voyait plus : — « C'était mon mari, fît-elle, il est mort » ! — Faisons la part du trait qui exagère presque nécessairement ces sortes d'aventures : celle-là n'en demeure pas moins expressive, et tous les maris de femmes-auteurs y pourront méditer. C'est une attitude insoutenable, un rôle que nul acteur social ne devrait accepter, celui de mari effacé d'une femme dont les journaux habituellement impriment le nom. Montreur d'objet rare, sorte de prince-époux qui accompagne un phénomène, on est toujours tenté de placer dans sa bouche le drolatique et peu respectueux jeu de mots dont notre moquerie française tendait
à ridiculiser l'attitude du prince Albert, au temps du Second Empire : — « Je suis les talons de la Reine ! »
On trouvera dans ces pages une entière liberté d'esprit et la plus complète indépendance de jugement ; pour tout dire, rien de cette galanterie à la française, qui régit les habituels rapports des deux sexes dans l'attitude de l'homme à l'égard de la femme, et qui risque de fausser, ou du moins d'atténuer la valeur d'un jugement. J'aurai pu me tromper. Je me serai certainement plus d'une fois trompé, car nul d'entre nous n'est à l'abri de l'erreur, sur tout en des matières où le goût personnel tient une telle place et représente un élément déformateur propre à celui qui écrit. Mais on ne rencontrera pas un trait qui ait été dicté par un mouvement de passion, de ceux que l'on aiguise moins en faveur de M. X... que contre M. Y... Car il existe deux façons — je l'ai montré