PREFACE IX
écrire d'autres motifs valables que l'obligation de gagner leur vie ou la satisfaction légèrement puérile de la vanité ? D'où l'âpreté de jalousies n'attendant qu'une occasion de se solidariser ? Victor Hugo le notait avec un sens aigu des réalités : a Les haines politiques désarment, les haines littéraires jamais. » On le vit bien dans une circonstance mémorable^ qui n'est pas éloignée de nous : Quand une distinction officielle fut proposée pour reconnaître le mérite d'un des plus rares talents féminins de ce temps, ce fut un déchaînement, une sorte d'agression sauvage, où collaborèrent les plus basses plumes du Journalisme, faite pour donner une singulière idée de la légendaire chevalerie française : véritable coup de pied d'âne, à double titre faut-il dire, par l'élégance dont il fut administré, et par la qualité littéraire de ceux qui le donnèrent.
Plus délicate encore, plus fausse assurément, en face de la Femme-auteur, l'attitude de l'homme, s'il est son mari ou son amant. C'est là qu'une fois de plus nous observons le danger de toute interversion des lois de la Nature, laquelle requiert implacablement la supériorité du mâle. Une sorte d'habitude ancestrale, remontant aux époques les plus reculées, nous fait voir dans l'élément viril le traditionnel symbole de toute vigueur, physique et intellectuelle, si bien que notre sentiment de l'ordre se trouve froissé par la moindre indication opposée. 11 n'y a rien à faire là contre, et si l'on veut une image physique, il suffit de se rappeler l'invincible sourire qu'amène aux lèvres la vue d'un petit homme, levant les yeux vers sa compagne qui le dépasse de toute la hauteur de la tête. Dans l'ordre intellectuel il en va de même : on ne peut effacer de son souvenir l'image du pauvre M. Geoffrin,