‹ Nos filles: qu'en ferons-nous?Chapitre 12 sur 16 · Les EnfafOs de Ftamce* (En préparatîdBi · texte numérisé non relu

Les EnfafOs de Ftamce* (En préparatîdBi

que toutes les cheminées d'usine^ qui actuellement se dressent, mornes, dans tant de vallées, au bord de tant de quais déserts, soufflent de nouveau vers le ciel leur haleine de fumée; je suppose que ce soit chez nous, et non plus en Allemagne, que les fabriques se multiplient avec la confiance de la prospérité. Il ne faudrait pas imaginer pour cela que la lutte des classes sera supprimée du jour au lendemain par la facilité des gains et l'élévation des salaires.

Dans ce village qui s'est bâti autour de l'usine, comme jadis autour de la cathédrale, il y a toujours des intérêts qui se croient inconciliables, une fermentation de toutes les passions que l'ignorance et la mauvaise foi entretiennent. Il y a un

ingénieur, un maître de forges qui est le suzerain de cette agglomération d'hommes, et qui, par le seul fait de sa supériorité et de son commandement, est exposé aux défiances de sa clientèle. Ses responsabilités l'obligent à être parfois impitoyable.

C'est son rôle de résister, comme c'est le penchant de ceux qu'il emploie, de revendiquer toujours. Heureusement , entre ces deux adversaires, se place une conciliatrice qui peut, qui doit aller de l'un à l'autre, qui a la mission de la pitié, le culte de la souffrance, que l'on voit à rhôpital en temps d'épidémie, à l'école quand il fait froid, à la crèche pendant que les mères travaillent, dont la présence est espérée aux jours de grève, et qui a qualité pour prêcher la

patience, plaider, devant le droit, la cause de l'infortune.

Je n'ai pas la sotte prétention de penser que j'indique à quelques femmes supérieures un emploi de charité qu'elles ne soupçonnaient pas. J'affirme que dans la lutte des classes, entre les partis combattants, nos filles ont à jouer, à côté de leurs maris, un rôle d'apaisement politique, de fraternité sociale, auquel personne ne les a préparées.

D'autre part, supposons que la vie de famille ait été remise en honneur, que nos filles la rêvent saine et large, sans témoins envieux d'un luxe inconsidéré.

On leur montrera quelle vie de dignité et de tranquille bonheur elles pourraient mener dans de grands domaines agricoles,

gérés en commun par elles et leurs maris.

« Heureuses les dindonnières ! » disait madame de Maintenon à ses filles de Saint-Cyr, quand elle voyait certaines moues accueillir ses exhortations à la simplicité champêtre.

Nous avons de même un snobisme qui entraîne beaucoup de Parisiennes, beaucoup de femmes de haute bourçeoisie française à abdiquer leurs goûts naturds, leur tact, leur sentiment des nuances, pour imiter toutes les comtesses d'aventure, toutes les millionnaires exotiques qui prennent Paris pour leur casino. On pourrait essayer d'éveiller chet ces Françaises un autre snobisme, bienfaisant celui-là, qui les porterait à prendre pour modèles tant de femmes de noblesse pro*

vincialeque Paris ne connaît pas. Celles-ci restent toute Tannée sur leur terres ; elles en vivent, à côté de leurs maris; elles les administrent comme de supérieures fermières, et, dans ces travaux, elles ont su demeurer — selon un mot de la comtesse d'Isly qui mériterait de faire fortune -r- « bonnes à la Cour et à la basse-cour ».

Si l'on estime que le produit de la terre française ne suf&t plus à assurer la vie d'une famille bourgeoise, que l'on se tourne vers ce domaine colonial qui est en friche. J'aurai, cette fois, l'occasion de peindre, d'après nature, des expériences que j'ai suivies, où je me suis môle*. Je ne puis croire que le sincère

i. Je deviens colon. (Chez Calmann Léyj.)

amour avec lequel je révélerai, à des jeunes filles qui l'ignorent, cette vie qu'elles pourraient connaître sur la terre vierge, auprès d'hommes dignes d'elles, ne touchera pas quelques jeunes cœurs que la vanité et le goût de jouissance n'ont pas encore pourris.

Ma confiance dans le bonheur qui attend nos enfants, lorsqu'ils mettront quelque foi dans leur réciproque amour, dans l'estime de leur double initiative, dans la certitude qu'ils peuvent se suffire l'un à l'autre, est si éclairée par l'expérience que, pour déplorable qu'il m'apparaisse, de tout mon cœur j'applaudirais au mouvement insensé qui pousse aujourd'hui tant de femmes vers les professions viriles, si toutes ces femmes médecins,

chimistes, avocates, bureaucrates, quoi encore ? devaient faire baisser le salaire de l'homme, l'affamer, le bouter enfin hors de France.

Soyez tranquilles, du jour où votre fils aura passé la mer, elles ne lui suffiront pas longtemps, ces femmes exotiques dont son désir s'amuse, quand il les rencontre sur le trottoir de Paris. Exilé, il n'aura plus qu'une idée : prier une fille de France de lui rapporter dans son sourire toutes les douceurs, toutes les nuances, toutes les grâces de la patrie.

Il travaillera avec une énergie d'homme, avec une impatience d'amant à fonder la maison où il pourra abriter enfin un bonheur mérité.

Ceci n'est point un rêve, mais une réa-

lité. Je la touche dans tant de lettres que reçoivent, avec moi, ceux qui ont des fils au loin. Il n'y a pas deux remèdes à l'angoisse qui pèse sur les parents de celte génération, et qui, plus lourdement encore, écrasera les pères et les mères de demain :

Ou nous continuerons à faire de nos fils et de nos filles des êtres faibles, dépendants, énervés de bien-être et de luxe que notre imprévoyante tendresse n'ose pas confier à la vie, et alors, par le célibat des unes, par l'immoralité et l'égoïsme des autres, ce sera le prompt suicide de cette haute bourgeoisie française qui a fourni au monde des types si supérieurs d'humanité ;

Ou bien nous élèverons nos fils et nos

filles dans la pensée de leur confier à eux-mêmes la responsabilité de leurs destinées, le soin de leur propre bonheur, — et alors, par le réveil de l'amour et de Ténergie, ce sera sous nos yeux la renaissance espérée, la création d'une France nouvelle.

Hâtons-nous. Déjà notre génération ne peut presque plus rien pour cette 'patrie tant aimée. Nous n'avons pas su rétablir l'intégrité du territoire : sauvons la race.

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