‹ Nos filles: qu'en ferons-nous?Chapitre 13 sur 16 · The Ladrfs Realm (London chez Autchmson · texte numérisé non relu

The Ladrfs Realm (London chez Autchmson

Novembre 1897.

9 Si, à cette question :

» — Que faire de nos filles?

» On répondait :

» — Marions-les.

3» Beaucoup de gens diraient :

» — C'est une plaisanterie.

» Eh bien non, cela est tout à fait sérieux.

)» Que souhaitons-nous pour nos filles? » Nous voulons leur donner l'indépen-

dance, la sécurité pour l'avenir, autant que cela est possible sur la terre, enfin, une bonne situation dans le monde. Or, le dernier quart de siècle a beaucoup fait pour les femmes: il leur a ouvert des portes nombreuses sur toutes sortes d'activités et d'industries. Il a rendu beaucoup d'entre elles indépendantes, mais pour parler pratiquement, quel art, quelle science, quelle profession voyonsnous donner à une femme les biens matériels et permanents qu'elle trouverait dans l'union avec un homme — pourvu que son mari parcoure sa carrière avec le plus ordinaire des succès? Quand une femme doit jouer un rôle publique, — quelle que soit sa profession, — son triomphe est toujours lié à sa jeunesse. Supposons-la

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chanteuse, actrice... sa jeunesse passe, ses chances de succès 3*en vont avec elle.

Et il en irait de même si les mœurs lui ouvraient la carrière du droit ou de Téglise. Quand la femme est en cause, des talents moyens avec de la beauté feraient leur chemin, de grands dons sans la grâce extérieure ne portent pas sur le public. Il est si humain de considérer une femme au point de vue de la beauté, que Tâge lui apporte un peu de ridicule.

Une femme figée devait la chaire, devant la table du conférencier, dans la perruque et la robe de l'avocat, provoquerait les rires. C'est inévitable. La nature humaine moyenne est sans pitié, sa pensée ne va guère au delà de ce qu'elle voit, elle dédaigne ce qu'elle ignore.

» Bien sûr, une femme peut s'adonner à l*art derrière sa porte close, elle peut peindre ou écrire, et, à moins qu'elle n'ait été « interwievée » aux jours de sa réussite, le monde ne saura jamais si elle est jeune ou vieille, belle ou fanée.

Mais les modes changent en littérature et en art. On pourrait, sans impertinence, indiquer deux femmes écrivains dont les noms étaient célèbres il y a vingt ans.

Si aujourd'hui, leurs œuvres atteignent trois ou quatre éditions, leurs éditeurs en font du bruit, et pourtant leurs productions actuelles ne sont pas inférieures à celles d'autrefois. Leur sort sera partagé par celles qui ont aujourd'hui la faveur du public. Il ne s'agit pas de savoir s'il en va de même pour les

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hommes, mais qu'en matière d'art, le plus rare mérite n'assure pas la durée de la popularité qui, par essence, est une chose éphémère.

» Or, par nature, les femmes désirent ce qui dure. Les admirateurs de la Sapho de Daudet remarquent avec regret qu'elle lutta continuellement pour asseoir ce qui passe sur un fondement inébranlable. La femme moyenne, elle, travaille, souflTre patiemment, pourvu qu'à la fin de tout^ elle aperçoive la certitude de la récompense. Le mariage paraît à une femme comme une condition durable.

Ce n'est pas d'elle-même qu'elle songe à l'abroger, à l'annuler, à raccourcir sa durée. Et si, à la fin, elle arrive à formuler un tel désir, c'est quand le mal-

heur Ta forcée de reconnaître que son dieu n'avait pas seulement des pieds de terre, mais des pieds d'argile, qu'il était de terre tout entier.

» Nous le savons, il n'y a pas assez d'hommes pour marier toutes les femmes, et, d'autre part, il y a des hommes et des femmes qui parlent du mariage comme d'une institution destinée à disparaître. Pourtant, ce mariage si attaqué continue d'être la carrière où entrent le plus grand nombre de femmes, — la carrière pour laquelle un très petit nombre d'entre nous ressentent réellement de l'aversion, — la carrière que l'on parcourt avec le plus de profit et d'honneur. Pourquoi, alors, vouloir affirmer à nos filles que le mariage sera

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mauvais pour elles quand nous l'avons trouvé bon et avantageux pour nous.

» C'est un fait connu que ce qui est ordinaire platt à tout le monde. Nous sommes tous plus à notre aise avec un petit roitelet bien doux, bien lisse, bien inoffensif, qu'avec un oiseau de paradis.

Tout de même, voyons-nous les jeunes filles moyennes, suffisamment intelligentes, passablement jolies, aimables et décidées à plaire, se marier par myriades, tandis que la beauté et le grand esprit coiffent souvent sainte Catherine*... »

MRS. RENTOUL ESLER.

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