‹ Nos filles, qu'en ferons-nous?Chapitre 11 sur 23 · LA RIVALE · texte numérisé non relu

LA RIVALE

Au mois d'août dernier, je traversais Paris, dans cet isolement où nous tombons l'été, lorsque, entre deux séjours de vacances, nous rentrons dans la grande ville pour expédier quelques affaires. La journée avait été accablante. Je rôdais du côté de la gare Saint-Lazare avec le désir de me jeter dans le premier train venu pour aller dîner quelque part, sous les arbres, à la fraîche.

Sur les marches du wagon, je me heurtai à un camarade, perdu de vue depuis quinze ans. Nos deux noms jaillirent en même temps de nos mémoires et, joyeusement, s'enlre-croisèrent. Déjà nous étions bras dessus, bras dessous :

— Où dînes-tu?

— Avec toi si tu veux.

— C'est cela ! nous allons faire une surprise à ma femme.

— Tu es marié?

— Et père de famille. Mais tu sais attends-toi à l'hospitalité la plus modeste. Nous sommes des petites gens... de toutes petites gens...

— Nigaud !...

Il me parut que ce « nigaud »-là le mettait définitivement à l'aise, car il

rayonnait en regardant par la fenêtre du wagon .

Le paysage de banlieue qui glissait dans le cadre de la vitre ressemblait comme deux gouttes d'eau à l'histoire qu'il me conta. Il avait cinq mille francs d'appointements dans un ministère, un abonnement sur le chemin de fer de l'Ouest. Il venait à Paris le matin ; il rentrait le soir.

Grâce à sa femme, qui était un miracle d'économie, « ils se tiraient d'affaire gentiment ». Même on avait le luxe d'un bateau pour se promener le dimanche sur la rivière :

— Enfin l'encroûtement, mon cher ami, l'encroûtement bourgeois !

Il disait cela par mauvaise honte, car il

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