‹ Nos filles, qu'en ferons-nous?Chapitre 14 sur 23 · P. £ FORMES · texte numérisé non relu

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« Sachez, mes chères filles, que rien n'est présentement si méprisé que la pauvre noblesse. L'argent est tout, dans le temps où nous sommes, et la guerre n'a épargné personne : celles qui ont laissé leurs parents avec deux mille livres de rente n'en trouveront peut-être pas mille; celles qui en avaient mille n'en auront pas cinq cents ; celles même qui étaient le mieux ne trouveront pas grand'-

chose, et le plus grand nombre n'aura rien du tout. »

Ces paroles, que madame de Maintenon adressait à ses chères pupilles de Saint- Cyr, résument nos appréhensions actuelles. Remplacez le mot « pauvre noblesse » par celui de « bourgeoisie pauvre », haussez un peu le chiffre du revenu qui servait à faire figure en ce temps-là, et vous aurez une peinture exacte de nos inquiétudes. Ce n'est pas d'hier que le sort des enfants qui ont de l'éducation, de l'instruction, et peu ou point de dot, occupe les honnêtes gens. On l'a vu, je me sépare résolument de ceux qui cherchent pour nos filles une autre carrière que le mariage. Je n'entre pas cette fois-ci dans l'examen des formes que l'on pourrait

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donner à la vie de la femme célibataire ou indépendante. Je cheivlie dans quelles conditions nous espérons marier nos fdles avec des chances humaines de bonheur.

J'ai cité madame de Maintenon. On me permettra de revenir à elle avant que de parler des réformes d'éducation essayées par ceux de nos voisins que la faillite du mariage a préoccupés avant nous. Aussi bien, le cas où les élèves de Saint-Cyr se trouvaient au début du xvin0 siècle, rappelle, par plus d'un côté, celui des jeunes lilles de bonne bourgeoisie à la fin du xixe.

Les rêves de madame de Maintenon furent les nôtres et nous repassons par ses déceptions. Il en faut lire l'histoire contée par M. Gréard dans son rare livre Education des femmes par les femmes.

Toute la philosophie de la question a été exposée là par un moraliste qui, de plus, est un grand éducateur. Je me suis trop nourri de sa pensée, de sa science, de sa clarté, pour ne pas lui rendre, sur la route, l'hommage que je lui dois. Je suis sûr d'acquérir un titre à la reconnaissance des parents qui s'intéressent aux questions de l'éducation féminine en les renvoyant à ces sources *.

Ce fut au lendemain même de la représentation iVAthalie que madame de Maintenon s'avisa qu'elle avait fait fausse route en cherchant à élever ses pupilles, par la culture et le savoir, au-dessus de la condition féminine. Elle eut cette noblesse de s'accuser elle-même :

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