Les Enfants de France. (En préparations
que toutes les cheminées d'usine, qui actuellement se dressent, mornes, dans tant de vallées, au bord de tant de quais déserts, soufflent de nouveau vers le ciel leur haleine de fumée; je suppose que ce soit chez nous, et non plus en Allemagne, que les fabriques se multiplient avec la confiance de la prospérité. Il ne faudrait pas imaginer pour cela que la lutte des classes sera supprimée du jour au lendemain par la facilité des gains et l'élévation des salaires.
Dans ce village qui s'est bâti autour de l'usine, comme jadis autour de la cathédrale, il y a toujours des intérêts qui se croient inconciliables, une fermentation de toutes les passions que l'ignorance et la mauvaise foi entretiennent. Il y a un
ingénieur, un maître de forges qui est le suzerain de cette agglomération d'hommes, et qui, par le seul fait de sa supériorité et de son commandement, est exposé auxdéiiances de sa clientèle. Ses responsabilités l'obligent à être parfois impitoyable.
C'est son rôle de résister , comme c'est le penchant de ceux qu'il emploie, de revendiquer toujours. Heureusement, entre ces deux adversaires, se place une conciliatrice qui peut, qui doit aller de l'un à l'autre, qui a la mission de la pitié, le culte de la souffrance, que l'on voit à l'hôpital en temps d'épidémie, à l'école quand il fait froid, à la crèche pendant que les mères travaillent, dont la présence est espérée aux jours de grève, et qui a qualité pour prêcher la
patience, plaider, devant le droit, la cause de l'infortune.
Je n'ai pas la sotte prétention de penser que j'indique à quelques femmes supérieures un emploi de charité qu'elles ne soupçonnaient pas. J'affirme que dans la lutte des classes, entre les partis combattants, nos filles ont à jouer, à côté de leurs maris, un rôle d'apaisement politique, de fraternité sociale, auquel personne ne les a préparées.
D'autre part, supposons que la vie de famille ait été remise en honneur, que nos filles la rêvent saine et large, sans témoins envieux d'un luxe inconsidéré.
On leur montrera quelle vie de dignité et de tranquille bonheur elles pourraient mener dans de grands domaines agricoles,
gérés en commun par elles et leurs maris. « Heureuses les dindonnières ! » disait madame de Main tenon à ses filles de Saint-Cyp, quand elle voyait certaines moues accueillir ses exhortations à la simplicité champêtre.
Nous avons de môme un snobisme qui entraîne beaucoup de Parisiennes, beaucoup de femmes de haute bourgeoisie française à abdiquer leurs goûts naturels, leur tact, leur sentiment des nuances, pour imiter toutes les comtesses d'aventure, toutes les millionnaires exotiques qui prennent Paris pour leur casino. On pourrait essayer d'éveiller chez ces Françaises un autre snobisme, bienfaisant celui-là, qui les porterait à prendre pour modèles tant de femmes de noblesse pro-
vincialeque Paris ne connaît pas. Celles-ci restent toute l'année sur leur terres ; elles en vivent, à côté de leurs maris ; elles les administrent comme de supérieures fermières, et, dans ces travaux, elles ont su demeurer — selon un mot de la comtesse d'Isly qui mériterait de faire fortune — « bonnes à la Cour et à la basse-cour ».
Si l'on estime que le produit de la terre française ne suffit plus à assurer la vie d'une famille bourgeoise, que l'on se lourne vers ce domaine colonial qui est en friche. J'aurai , cette fois, l'occasion de peindre , d'après nature , des expériences que j'ai suivies, où je me suis mêlé1. Je ne puis croire que le sincère