‹ Nos filsChapitre 13 sur 70 · FLUCTUATIONS REU6IBUSBS ET MORALES · texte numérisé non relu

FLUCTUATIONS REU6IBUSBS ET MORALES

d une vieille à la voix cassée, qui rit de moi, qui m'appelle.

c< Je n'ai pas peur. Mais /ut, lui!... Si je meurs, il meurt aussi (cela se voit bien souvent). Et alors que deviendra-t-il ? Où sera sa petite âme? Mort en naissant, est-il sauvé? Non, répond toute rÉglise. Quelle épouvantable chose I Que le pauvre, arraché de moi, mis en terre, n'ait pour nourrice que la terre : c'est déjà trop de douleur. Mais si Ton croit qu'à jamais il ira, dans les ténèbres de ce noir monde inconnu, souffrir...» Et elle san* glote, ne peut continuer.

Ah ! ma chère ! quelle impiété I Quelle horrible idée de Dieu te fais-tu? Croire qu'il se crée des damnés, qu'il fait des coupables d'avance, punit celui qui n'a rien fait. — « Sans doute, Tenfant n'a rien fait. Mais son premier père, Adam... Mais ses pères depuis Adam, ont-ils été saints et purs? Nous* mêmes sommes-nous bien sûrs, ami, d'avoir gardé Dieu présent... Je n'en sais rien, à vrai dire. Ce pauvre enfant n'est-il pas le péché vivant de sa mère, qui sera punie en lui? »

Mais, chère! chère I Le mariage n'est donc pas un sacrement ? Par lui Dieu continue le monde. Sans ces transports, sans cette ivresse, son œuvre s'accomplirait-elle? S'il les proscrit, à la fois il veut et il ne veut pas. Chose absurde, impie à dire...

Ne doutons pas de sa bonté. C'est un père. En ces moments il couvre ses aveugles enfants du large manteau de la grâce.

c< Tu as raison, et j'ai tort. Avec toi il faut raisonner, et je n'en suis guère capable. Je me sens la tête si faible I II faut avoir pitié de moi... Je ne raisonnais jamais, avant toi. J'étais une fleur, pas sive au vent, résignée. On me guidait. Je n'avais à penser ni à vouloir. J'ai quitté tout cela pour toi... Ai-je regret? non, et pourtant, c'est commode de ne pas vouloir. Te ledirai-je? (aime-moi I ne m'en veux pas! je te dis tout.) Eh! bien, approche ton oreille, et je le dirai tout bas. Quand certaines pensées me viennent, quand je crains de t'aimer trop, j'ai peur que Dieu ne m'en punisse sur mon petit. J'ai envie de m'alléger de ce poids, et (je ne le ferais jamais qu'autant que tu le permettrais) envie de me confesser. »

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