‹ Nos filsChapitre 17 sur 70 · L'UNITÉ DES PARENTS · texte numérisé non relu

L'UNITÉ DES PARENTS

deviennent par la cohabitation la même personne physiqtie. Si cette unité n'est pas obtenue, l'enfant ne vit pas . »

Il vit à la condition d'avoir en ces deux personnes un seul e( même éducateur.

Il est curieux de voir que, depuis quarante ans, la science et la littérature ont suivi deux voies exactement contraires. Nos romanciers, nos utopistes, ont employé beaucoup d'esprit, d'imagination, de talent, à montrer que le mariage n'a aucune base solide. Et la science a démontré qu'il était très-solide, ayant pour base première une si forte unification que rien ne peut l'effacer, qu'elle subsiste même malgré les efforts de la volonté, que les écarts n'y font rien, que les conjoints se retrouvent toujours la même personne. C'est une profonde garantie pour l'existence de l'enfant. L'unité qui le créa, dure maintenue fatalement. Le père et la mère ont beau faire ; ils sont et ils resteront uns. Ainsi l'espèce est assurée par une loi immuable, aussi fixe que les grands faits d'astronomie, de chimie.

Ce qu'ont peint nos romanciers, les écarts de la volonté, les caprices de la passion, tout cela heureusement est étranger aux masses. Cela se passe à la surface, aux classes élevées, peu

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nombreuses. Ces caprices ne changent rien au grand cours de la nature.

On avait remarqué que souvent la femme, en très*peu de temps, même quelques mois après le mariage, prenait non-seulement Tallure, mais récriture du mari. Chose indépendante de la volonté, même de l'énergie des personnes. Un mari doux, un peu mou, que sa femme en souriant appelait : « Mademoiselle, » n'en avait pas moins donné son écriture à cette dame bien supérieure.

La voix, le visage même, changent. De deux sœurs du Canada, belles et fortes, que je vis un jour. Tune , mariée à un Anglais, avait l'aspect tout anglais ; l'autre était restée française.

Changements plus profonds encore dans l'organisme intérieur. Les physiologistes notent (V. Lucas, etc.) les exemples assez fréquents de la femme remariée, qui, plusieurs années après la mort du premier mari, a du second des enfants qui ressemblent au premier.

Cette fatalité physique, commune à toute espèce,

U yUNITÉ DES PARENTS.

devient dans Fespèce humaine une grande moralité, la loi de salut pour Penfant. Des deux personnes dont il vient, la mobile, la réceptive, la plus tendre et la plus aimante, se modifie, se transforme , s'assimile , et par là produit l'unité qui constitue véritablement le mariage. C'est ce qui fait la parfaite fixité de ce berceau où Tenfant pourra dormir, du foyer où il va croître.

Tellement changée par l'homme^ la femme le change-t-elle à son tour? Certainement à la longue. Si l'harmonie se fait d'abord, si le mariage constitue l'unité dont vivra l'enfant , la vie de la femme au foyer, tout le réseau des habitudes dont l'homme est enlacé par elle, lui créent un ascendant profond, qui compense et dépasse même l'effet de la transformation qu'elle a subie au début.

Tout cela donne au mariage une constitution, une force prodigieuse. Physiquement, il est immuable et indélébile. Chose divine, si l'on aime, mais terrible, si l'on hait ! . . . Combien l'homme, favorisé à ce point par la nature, imposé à un jeune être (qui arrive au mariage généralement plus pur), doit vouloir en être digne, lui faire à force de tendresse accepter la fatalité I II faut par tous les moyens, tous les sacrifices possibles, faire que cette loi de nature, voulue et non pas subie, soit

LA M£IUB, PREHUR ÉDUCATEUR. 55

le bonheur de l'union et la profonde joie de l'a*

luour^

Les plus dociles, les plus silencieuses ne sont pas toujours celles qui acceptent le mieux la loi de l'unité. Sous leur résignation, elles peuvent couver l'infini du roman. C'est le cas parfois de TAnglaise. La Française, au contraire, qui met tout en dehors, qui contredit très-haut, souvent en elle-même est plus assimilée qu'elle n'aime à le paraître. Sa vive personnalité, qu'on croirait un obstacle, impose l'heureuse condition de conquérir la volonté, de rendre le mariage réel par une intime union d'âme. Union progressive que l'association, la coopération ou d'affaires ou d'idées peut augmenter toujours, et d'ftge en âge, de sorte que le temps qu'on croit si faussement l'ennemi de l'amour, le consolide et le resserre. Dans

* Le divorce pour la femme est un cruel éTénement qui la renvoie quand elle a donné tellement sa personne et qu'elle n'est plus elle-même. Et cependant l'union peut être dans certains cas un si horrible supplice, qu'on doit à tout prix la rompre. Au-dessus de la nature subsiste le droit de l'âme. Le détestable moyen terme qu'on appelle séparation est l'immoralité même. Il donne lieu à cent crimes, une foule d'infanticides, de suppressions d'état. Que d'enfants égarés, perdus, pis que morts! Mieux vaut cent fois le divorce, mais difficile, et surtout retardé et ajourné. Souvent les époux réfléchissent. Tant de choses aimées ensemble et d'habitudes communes, une telle identité de vie, tous ces fils vibrent fortement lorsqu'on est séparé, plutôt des fibres sanglantes, arrachées, qui d'elles-mêmes, palpitent pour se rejoindre.

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le commerce, dans la vie de campagne, Texploitation rurale, dans l'art et dans l'ëtude, je vois cet idéal réalisé fort simplement et sans difficulté par l'action commune où la femme concourt avec grande énergie.

Mais l'objet naturel de son activité, c'est Tenfant et l'éducation. C'est le réel, c'est le roman, tout à la fois. C'est le second amour, peut-être nécessaire dans la vie monotone.

Mettons-lui dans les bras cet amant, ce petit mari qui ne fait pas tort au premier, l'y reporte sans cesse.

Il lui fondra le cœur, et si elle a eu trop (dans sa première jeunesse) de verte sève, un peu virile, si elle fut d'abord trop armée, le bonheur peu à peu la désarmant, l'adoucissant, la rendant cent fois plus charmante, elle se remettra toute à vous, pour être Tenfant elle-même.

Qu'il faut de temps pour voir les choses les plus simples que la nature même indiquait ! Hier à peine enfin on a fait cette découverte : « La mère doit élever l'enfant. »

Le moyen âge qui regarde la femme comme Forigine du péché et de Tunivei^selle damnation, est bien loin de confier l'homme à celle qui Ta perdu. Pour mieux nier son droit sur Tenfant, les Pérès, les docteurs dans leur scolastique ignorante, supposent que le père seul engendre sans qu'elle y soit pour rien. Ils la font inerte et passive. Ils la

30 Lk MÈRE. — LE PARADIS MATERNEL.

nomment, du nom qui Tavilit le plus, le vase de faiblesse {vas infirmius). Ils appellent la mère (impies! leur mère!) immonde, lui reprochent leur naissance comme un péché. L'enfant qu'elle alimente presque un an de son sang et deux ans de son lait, ne la regarde point. Aussitôt qu'on le peut, la faible créature, si fragile, est remise aux mains rudes des hommes. Barbares et grotesques nourrices I c'est à eux de bercer Fenfant.

On voit là que Tabsurde a sa fécondité. Du dogme injuste et faux, et de la dure légende, descend logiquement cette pratique, impie, insultante à la femme et meurtrière pour l'homme.

Car sans la mère Fenfant ne vivra pas.

Détournons nos regards du funeste passé !

Écoutons bien plutôt celle qui est un présent éternel, qui ne varie pas, la Nature.

Qui crée Tenfant? la mère.

Tous les hommes éminents de ce temps-ci que j'ai connus, étaient entièrement, sans réserve, les fils de leurs mères.

11 en doit être ainsi. Dans cette œuvre com-

L'E5FAHT !iAIT CRÀATEIR. bl

mune, le père mit on instant^ on éclair de plaisir. La mère y met neuf mois de souffrances et d'amour, de yiyes joies mêlées de douleurs, — pendant deux ans son lait, ses ^Ues et ses fatigues, — enfin y met toute sa yie.

Sont-ils un être ou deux? On pourrait en douter. Elle le fait, refait d'elle-même (dans la transformation rapide qui nous renouvelle sans cesse), et elle est bien des fois sa mère. D est, de fond en comble, constitué de sa substance. En elle, il a sa vraie nature, son état le plus doux de béatitude profonde, de paradis. C'est bien là qu'il esl Dieu.

La crise la plus dure de sa vie sera d'en sortir, de tomber dans le firoid, l'impitoyable monde. Son instinct naturel serait d y revenir, de retourner à runité. ^ais ici la nature s'oppose à la nature. Arraché de son sein, détaché par le fer, il lui faut s'en aller. Dure et cruelle séparation I

Cependant on peut dire que, tant qu'il fut en elle, ne s'en distinguant pas, il put à peine aimer. 11 faut être deux pour s'unir, pour tendre l'un vers l'autre. Et Tamour c'est un paradis par delà le paradis même.

D'elle à lui, le sang circulait. Mais ni elle ni lui n'avait encore l'ineffable émotion que donne Pal-

laitement. Impression si forte, si puissante sur le nourrisson que pour toute la vie elle lui reste. Tel il est dans les bras de la femme et à sa mamelle, tel il sera, gai et serein; ou (s'il en est privé) farouche, d'humeur âpre, irritable, regrettant quelque chose qu'il ne sait plus lui-même. Et quoi 7 Cette heure adorable et bénie.

Bakewell, Thabile éleveur, qui montra comme on crée des races, laissait à ses jeunes taureaux dans une heureuse plénitude tout le temps de l'allaitement. Un an entier ils possédaient leur mère. Ils ne l'oubliaient pas. Ils restaient pour leur père Bakewell doux et reconnaissants. Ils lui léchaient les mains.

De grands médecins allemands assurent qu'un nourrisson humain qui n'a pas ce bonheur, que Ton nourrit au biberon, en reste pour la vie sérieux, ne rit presque jamais.

Le sourire maternel pendant l'allaitement, le sourire de l'enfant, échangés, dit Frœbel, c'est la grande communion qui prépare toute religion, toute société humaine.

Ce qui montre à quel point mère et enfant sont un, c'est qu'ils s'entendent sans langage ^ Ils furent le même corps pendant neuf mois, et même après ils n'ont que faire de signes, ayant une correspondance intérieure dans Tidentité magnétique. Lui voyant faire cela, sans savoir pourquoi ni comment, il essaye de le faire aussi.

* Et sans la mère, peu de langfage. C'est la raison réelle pour laquelle l'Anglais est muet, tout au moins taciturne. — Même dans Tallaitement, l'enfant n'est apporté qu'un moment pour prendre le sein. Généralement il est mis dans une autre chambre, dans les mains de la nurte. Mot très-particulier et sans équivalent (ni nourrice, ni bonne, ni gouvernante). C'est la nurse qui, simplifiant tellement la yie, la concentrant en deux personnes, l'a rendue si active, toute prête aux voyages lointains et à la colonisation. Aux eaux, aux bains de mer, où l'intérieur se voit, est moins muré, j'observai souvent celte nurse. Pauvre créature ennuyée. Les parents ne lui parlaient guère. L'enfant était pour elle le plus souvent un dur tyran. S'ils sortent, c'est lui qui la mène, il fait tout à sa tête. En réalité il est seul, c'est Robinson (sans Vendredi). Trop nourri et gorgé de viande, il est colère et de mauvaise humeur. Ce n'est pas là l'ancien enfant anglais, nourri de lait, de bière, le fils de la Merry England. Celui-ci, exilé de sa mère en naissant, toujours en face de cette fille qu'il gouverne, est déjà plein d'orgueil. Le passage à l'école est horrible pour lui. Sa volonté sauvage, jusquelà sans obstacle, est brisée à force de coups. Les châtiments cruels vtout comme au régiment ou à la flotte) sont d'usage à l'école. Malgré ces traitements qui pourraient faire un caractère atroce, les Anglais à la longue, par la vie et le monde, s'humanisent, sont parfois très-doux. Mais il leur en reste au visage un incurable sérieux. On y lit trop qu'à la naissance ils furent éloignés de leur mère, privés de son sourire. Quand je les vois, Virgile me vient à la pensée : c Cui non risere parentes^ » etc. Et le mot de Frœbel : « Point de chambre d'enfant.»

Par elle, il est. Et, sans elle, il n'est pas. Lorsque je visitai le funèbre hospice des Enfants trouvés, on me conta que ceux qu on apporte un peu tard sont impossibles à consoler, pleurent toujours et sans fin, et meurent à force de pleurer.

La mère lui fut son nid, et son monde complet où il ne put rien souhaiter. Elle fait de son mieux, même après, pour être encore son nid. Éveillé elle le tient entre ses mamelles, et dans son giron, endormi. Mais s'il tombait I il faut encore se séparer, lui donner un berceau. Au moins, rien ne lui est plus cher (dit Frœbel, grand observateur) que de le lever, le coucher, s'unir à l'élan du réveil, bénir et assoupir Tenlrée dans le repos.

Il remarque très-bien encore que pour lui lapa-rôle est un être, c'est sa mère parlante. Et les autres objets? il leur parle; ils se taisent. S'il les louche, ils résistent, lui révèlent le monde, et Topposition du non-moi.Le voilà découvert ce monde, qui fera ou rire, ou pleurer? 11 attire toutefois. De là le mouvement.

Il n'a pas grande force. Sa mère le meut d'abord, d'un doux mouvement cadencé. Mais qu'il remue lui-même, c'est son plus cher désir. Certains objets l'attirent ou l'occupent agréablement. « Mettez sur le berceau une petite cage, un oiseau,» dit Frœbel. Moi, je n'aime pas trop qu'on lui montre ce prisonnier. Je préfère la boule brillante que les Lapons suspendent au-dessus de sa tête, qui va, vient. Lui, il tâche, ne tarde pas de la saisir.

Tout ce qu'il voit, il veut le prendre. Il le palpe, il le goûte, veut se l'approprier par tous les sens. Légitime égoîsme, instinct tout naturel, excellent, de concentration. 11 est tout simple qu'une créature si faible cherche tous les moyens de s'enrichir, de s'augmenter.

Notons là l'insigne bêtise de nos théologiens. Si l'enfant a bon appétit, s'il tette bien : <x Péché ! voilà le premier homme ! voilà Adam I voilà la chute ! La gourmandise nous perdit I » Eh I malheureux, vous ne voyez donc pas que toute la nature est gourmande, que la plante est avide et des sucs de la terre et des rosées'* du ciel? Condamnez-la donc, imbéciles I

Enfant, ton plus sacré devoir, est de bien boire ton lait et de manger beaucoup, d'absorber, si tu peux, tous les fruits de l'arbre de vie. Un univers commence. Le paradis revient. Dieu, en vous y mettant, ta mère et toi, vous recommande expressément de manger des deux fruits, la vie et la science, autant ^e vous pourrez. Et, à ce prix, il vous bénit.

Quelle joie de voir en ce jardin cette jeune Eve et son petit AdamI Vivre en un jardin, dans l'air pur, en communion avec le ciel, avec la bonne terre, notre mère, c'est la vraie vie humaine. 1/homme naît arbre en plusieurs légendes. Dans la Perse, l'esprit, la vie, l'âme, c'est l'arbre sacré. Le grand éducateur de notre siècle, Frœbel, était un forestier. « Les arbres, disait-il, ont été mes docteurs. ».

Ce petit paradis ne craint pas le serpent. L'enfant garde la mère plus qu'il n'en est gardé. Nul danger du dehors. Dn tel amour si fort, si profond, si complet, emplit tout, comble l'âme. Il n'a à craindre que lui-même.

L'état divin /l'a-t-il pas ses périls? La mère, si elle suit sa tendance, fondra dans les molles tendresses, dans ^excès de l'adoration .''Et lui, de son côté, qui ^à pas un atome qui ne soit d'elle, il a son but en elle, gravite incessamment vers

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elle. Les objets extérieurs le repoussent et résistent. Mais elle, elle est si douce 1 II se rejette à elle d'autant plus, dans ses tendres embrassements, à ses genoux, à sa bouche, à son sein. Elle est son Eve, une Eve toute séduite et gagnée d'avance, qui lui dit d'être sage, et qui Test moins que lui.

Elle est et sa nature et son surnaturel. Nous oublions trop ce qu'il fut, tout rêve, toute imagination. Pour lui tout est miracle, enfantine poésie. Puissance énorme et énormément forte par la faiblesse même des autres qui ne sont pas encore. Eh ! bien, c'est la mère seule qui l'occupe cette puissance. Que doit-il éprouver, quand, de son petit lit, il regarde, la suit de Tœil, et voit aller, venir, pour lui, toujours pour lui, cette adorable fée? Que son petit cœur est plein d'elle I dans quel enchantement étrange I Si jamais sur la terre, il y eut religion^ c'est bien ici, et à un tel degré que rien, rien de pareil ne reviendra jamais.

Elle ne peut pas s'en défendre. Ce n'est pas sa faute. Elle est Dieu. N'en rougis pas, ma chère, et ne t'humilie pas. Il faut bien qu'il en soit ainsi. C'est énorme, excessif. Mais que faire ? c'est notre salut. Nous commençons par là, par une idolâtrie, un profond fétichisme de la femme. Et par elle, nous atteignons le monde.

Le sublime de la situation serait qu'elle tâchât d'être moins Dieu, que l'amour limitât l'amour, que la mère de bonne grâce acceptât sa rivale, l'autre mère, la Nature. Mais quel pénible effort 1 combien il lui est dur de ne plus être sa seule nourrice, son unique aliment, que la terre, que les arbres, les fruits se mettent à lallaiter I . . . Oh ! là, elle est jalouse, et pleure.

Elle espérait toujours être son camarade. Et pour gagner cela , que n'eût-elle pas fait I Elle cédait en tout, voulait être gentille, et plus enfant que lui. Mais voici qu'un matin (elle est bien étonnée), certain esprit le pousse; seul, sérieux, muet, ou bien parlant à demi-voix, il s'en va, il commence dans quelque coin une œuvre à lui, veut arranger je ne sais quoi. II prend du sable ou de la terre, et procède précisément comme tout peuple sauvage ou barbare : il entasse, il construit sa petite montagne, son tumuUus. Mais on l'a découvert. « Oh ! le petit vilain I a Vrai crime. Il a voulu être homme.

S'il y avait quelques petites pierres qu'on pût dresser, il eût fait davantage , un cairn, ou un dolmen, comme tirent les Gaulois, ses aïeux. L'architecture celtique, pélasgique, lui est naturelle, une pierre bien posée sur deux autres, selon son tour d'esprit, c'est sa maison à lui, ou sa petite

table. U y met deux cerises. Il invite sa sœur. Il pratique T hospitalité.

L'instinct du castor est dans rhomme; s* il peut, il creuse une rigole, y met de Teau, il l'y fait circuler, il fait un barrage, une digue. Ce génie d'hydraulique étonne et indigne la mère. On ne pourra jamais l'avoir net, que deviendrons-nous?

Voici qui est bien pis, s'il est un peu plus grand, si sa main s'affermit, dans l'épaisse poussière, il se trace un bonhomme (pas reconnaissable, n'importe). S'il est sûr d'être seul, il mouillera du sable, pétrira de la terre, bâclera quelque chose d'informe, et se dira : « C'est un chien, un mouton. »

De manière ou d'autre, il échappe. Uveut^lr^ et agir. Très-difficilement on le tient dans le doux état de momie, convenable et décent, Tétat d'innocence imbécile qui ne ferait que jaser, répéter.

Il faut en prendre son parti. S'il nait ouvrier ou maçon, qu'y faire? habillons-le pour cela, ou bien mettons-lui sous la main des matériaux simples, commodes, qui ne soient pas fugaces comme le sable et qui lui donnent la satisfaction de contempler ses résultats. Avec quelques petits carrés de bois, en forme de briques, il peut bâtir, édifier, faire des maisons, des

ponts, des meubles, etc. J'ai sous les yeux un nourrisson qui a à peine dix-huit mois, et qui, dès qu'il a pu dresser deux des petits morceaux de bois, saisi de bonheur, joint les mains» admire, visiblement se dit en créateur : « Cela est bien. » Un autre, de deux ans et demi, • plus fort dans cette architecture, appelle sa sœur à témoi* gner de son talent ; il dit : m C'est petit qui l'a fait I »

Gardez-vous de Taider. N'allez pas, faible mère, ramener cet artiste, cet Adam travailleur, au paradis, dont, grâce à Dieu, il sort. Respectez-le. Regardez ses instincts. Ne les étoufTez pas, en croyant les servir.

L'harmonie de la forme, des formes élémentaires régulières (celle des cristaux) lui est infiniment sensible. L'homme nait géomètre, sent fort bien la beauté de ces formes très-simples, la sphère, le rond, l'ovale, etc., que notre sens blasé admire moins aujourd'hui.

L'autre harmonie, le rhythme, lui ejst également naturelle. Tout d'abord il le sent, le suit.

C'est dans le jardinage surtout que l'aide de sa mère lui redevient utile. Artiste et créateur, il est impatient, voudrait d'un Fiat faire un monde. Il va incessamment regarder, déterrer le petit germe

mis en terre. Elle qui, avec lui, fut si douce, si patiente, elle lui enseignera la patience, l'art réel de créer, celui de ménager, de couver tendrement ce qu'on veut faire croître et qu'on aime.

DANGERS DANS hk FAMILLE MÊME.

Frœbel a de Taudace. Dès trois, quatre ans, il croit que l'enfant est mieux à Técole. L'oiseau est lancé hors du nid.

Mais c'est qu'il est trop chaud, ce nid, et trop enveloppant. La femme est si habituée à vouloir, à agir pour lui, à lui sauver toute peine, même si elle pouvait, l'embarras de penser I

Il ne perd pas la; mère. Frœbel lui en donne une, plus calme, moins passionnée, une jeune demoiselle (qui par l'éducation se prépare à la vie de famille et au mariage), qui surveille ce petit peuple d'en&nts el le dirige un peu.

Ils s'élèvent eux-mêmes avec son secours, sous ses yeux. C'est l'école qui instruit l'école, l'exemple mutuel. On voit travailler ; on travaille. On voit jouer ; on joue. On est moins en contact avec l'autorité qu'avec ses égaux, ses voisins. La maîtresse, obligée de se partager entre tous, pèse peu à chacun, et soutient peu chacun. Il faut que Tenfant en cent choses se consulte lui-même, avise, développe sa petite activité dans le travail, le jeu, déploie même un peu d'énergie pour bien tenir sa place contre les étourdis et se faire respecter. Image vraie du monde, qui en offre déjà (fort adoucies) les luttes et (bien légers) les frottements.

L'Allemande plus douce, se résigne à cela. Elle gémit, et dit : « Pauvre petit I » mais enfin, l'envoie à l'école. Combien plus la Française lutte, dispute, résiste là-dessus I A moins qu'elle ne soit ouvrière, absente tout le jour et commandée par le travail, elle trouvera cent et mille raisons pour ne pas lâcher son enfant. Même pour quelques heures, grand est le sacrifice. L'école I «Mais pourquoi? La famille elle-même déjà est une école. Il a des frères, des sœurs. Qu'ils jouent, travaillent entre eux. N'est-ce pas bien plus sûr qu'un pêle-mêle d'enfants inconnus ? »

Grand débat! vraiment solennel! Savez-vous bien qu'ici deux croyances, deux religions contraires sont en présence?

La foi au foyer seul, aux Sacra patemaj aux Divi parentes^ au sanctuaire fermé, exclusif, du patriarchat.

La foi au genre humain, à la naturelle innocence du premier flge en tous, la confiance aimante aux instincts primitifs que Dieu a mis en nous.

Je suis grand partisan de l'éducation de famille. Mais, comme aux derniers temps, on en a tant parlé dans certaine vue intéressée, je dois, pour être juste, bien avertir les mères que, même en la famille, l'enfant court des dangers. Il risque moins les chocs, mais plus Tétouflement. Cet air, très-renfermé, est souvent peu vital, moins respirable que Tair du vaste monde, mêlé sans doute, mais où les mélanges souvent se corrigent l'un l'autre.

La famille bien dose nous rendrait tristement routiniers et imitateurs. On copie les parents, et entre frères (tout en disputant) on se copie. On en prend une empreinte, et l'on reste stéréotypé.

Revoyez-les vingt ans, trente ans après, et interrogez-les. La vie traversée marque peu. Et la famille est tout. Ils ont à peine appris. De cœur ils sont restés enfermés dans leur premier monde.

avec une partialité aveugle, pour les choses d'alors, les personnes d'àkkrs. Ce qui s'ajouta est fluide, va et vient, ne tient ^ère. Mais ce que la famille imprima en bien ou mal, en bonne ou mauvaise habitudes, esi à jamais le ioiid du fond.

Forte éducation, je lecrois^ mais si forte ^ que c'est tant pis. • « ,

Il semble chez plusieurs que cette imbibition trop profonde ël définitive, a trop mordu, creusé, entamé le dedans. Us sont secs et hostiles à ce qui n'est pas la famille. Plusieurs réellement seront toute leur vie à Tétat de fœtus, n'ajoutant nulle idée à celles qu'ils ont eues dans le sein maternel. Beaucoup restent nerveux, créaturjes féminines^ impropres à l'action, qui ont quelque talent, et presque toujours Tesprit faux.

Ce que la mère adore dans la famille, et ce qui est injuste, c'est d'immobiliser l'esprit, de le retenir au maillot, lié de certaines idées et de certaines habitudes, lié de cette sorte que plus tard on a beau ôter la ligature^ il ne peut se; mouvoir qu'au degré et de la manière qu'il le ^ fit quand il la portait.

Les livres juifs déjà observent sagement que les tendresses extrêmes et indiscn&tes des parents amollissent, énervent l'enfant. Ils veulent que le père soit ferme pour sa fille et la tienne à dis* tance.

* Les casuistes en disent autant à la mère, et on ne pQut les en blâmer. La science aujourd'hui nous démontre ce que Ton ignorait, que, sous plusieurs rapports, Teiifant presque en naissant est bomme« S'il n'en a la puissance, il en a des instincts, comme les rêves de vague sensualité. Déjà parfait, complet pour Torganisalion nerveuse, et n'ayant guère encore ce qui fait équilibre (les muscles et la force. Vêlement résistant), il est inharmonique, vibrant à tout, le vrai jouet des nerfs. Précocité dangereuse et terrible, très-souvent meurtrière, que Ton doit trembler d'éveiller.

Cela est moins frappant dans les races du Nord, mais effrayant chez nous. Un médecin (cité par M. Dupanloup) a vu des nourrissons amoureux au berceau* L'étincelle nerveuse éclate ici avec la vie. C'est un don supérieur de nos Français, qui peut être fatal. Souvent Tenfant en meurt. Souvent il sèche et s'atrophie.

n ne faut pas nier sottement tout cela, en détourner les yeux. Il faut y opposer un régime at-

tentif, sobre, simple, certaine gymnastique élémentaire. (Voy. Frœbel.) Fortifiant les muscles, amenant Téquilibre, elle diminue d'autant l'exces* sive sensibilité.

Mais tout cela serait fort inutile si la mère ellemême n'était prudente et (faut-il le dire ?) un peu froide, n'éludait cet instinct (attendrissant et dangereux) qui reporte l'enfant toujours vers elle, lui fait solliciter ses caresses, le fait tourner incessamment autour d'elle, et l'observer même avec une attention, une pénétration, dont son âge semble peu capable.

Elle est pour lui la vie. Et il veut voir sans cesse comme elle vit, la suit partout curieusement. Elle en rit, s*en défend trop peu.

Presque toujours il est jaloux. Même le plus petit semble dire : « Elle est à moi. x> 11 écarte ses frères, son père qui voudraient l'embrasser.

A moitié endormi on le couche ; mais le lit froid l'a réveillé, et il suit de son mieux la conversation des parents. C'est de lui que Ton parle. La mère raconte, souriante, au père, absent le jour, ses jeux, ses gentillesses , comme il a déjà deFesprit. Tous deux en sont émus. Et cela les rapproche. La mère dit au petit : « Dors-tu ?» Oh ! il n a garde de répondre. On continue doucement à voix basse. La fine oreille n'en perd rien. Les attendrissements

de sa mère surtout le préoccupent. Quand, après un dernier regard dans le berceau, et la lumière éteinte, elle est couchée et ne dort pas : c Qu'a donc maman? dit-il. Est-ce qu'elle soufTre ?. • • Oh ! non I » Mais il n'en est pas moins inquiet et curieux.

Le père, en France, est admirable. Travailleur fatigué, il ne se lève pas moins, si l'enfant crie, et le promène. Mais trop souvent pour éviter cela, lui garder le sommeil, elle couche seule et met l'enfant près d'elle. Chose assez dangereuse au très-petit qui peut être étouffé. Il grandit, et pourtant elle le garde par faiblesse. Il lui coûte de s*en séparer. C'est l'hiver; seul il aurait froid. Et il lui semble aussi qu'il est en sûreté avec elle, plus que près d'une domestique. Sans son enfant dont elle a l'habitude, elle est troublée, ne peut dormir.

En réalité pour tous deux un lien magnétique se fait de plus en plus, et ne se rompra qu'à grand'peine. Le déchirement devient presque impossible. La faible mère ignore combien elle lui nuit. En le gardant d'autres dangers, elle ne lui sauve point le grand danger, l'énervation.

. Au même endroit cité, et d'après le même médecin, fort raisonnablement M. Dupanloup dit qu'entre petits enfants, frères et sœurs, la vie commune, si elle n'est fort surveillée, a ses dangers. L'attraction naturelle est tout à fait la même qu*au temps des patriarches, et la nature n'a pas changé. Mais il y a cette différence que dans l'antiquité (en Perse, Egypte, Grèce) les lois autorisant le mariage entre frères et sœurs, on avait moins à craindre. S'ils s'aimaient de bonne heure, on présageait une. heureuse union. Ici, j'ai vu souvent (au moins dans cinq ou six familles, estimées, et d'hommes connus), j'ai vu ces attachements précoces, aveugles et excessifs, porter des fruits amers. Pour être sans espoir, ils n'en devenaient que plus forts. Toujours la même histoire, le René de Chateaubriand.

Les Grecs auraient été bien étonnés s'ils avaient su que nos enfants sont élevés ensemble, que nos garçons ont si longtemps l'éducation des filles. Ils y perdent. Les exercices violents qui pourraient préparer le héros du travail, ne vont nullement à la fille, et il serait stupide de les exiger d'elle. A lui la force, à elle l'harmonie. Justement parce que, à eux deux, ils feront un tout, ils doivent développer

des aptiUides différentes. Us ne se conviendront que mieux.

Aujourd'hui bien plus qu'autrefois nous gardons nos enfants avec nous. Nous ne les abandonnons plus à des domestiques vicieux. Mais si nous le sommes nous-mômes ?

Même dans une famille sans vice, telle habitude des parents, innocente pour eux, utile, nécessaire à leur âge, est funeste à Tenfant, est un vice pour lui.

Le travailleur anglais qui emploie fortement la très-longue journée, se relève le soir par une puissante nourriture qui n'est pour lui que suffisante, et qui déjà est trop pour la femme inactive. C'est bien pis pour Tenfant. Il grandit, il est vrai, beaucoup, et il prend un éclat, une pléthore sanguine qui le rend admirable, vraie fleur de sang. Mais ce n'est pas la force. Et il a pris déjà une fatale éducation d'intempérance, qui augmentant toujours donne à cette race effarée un demialibi.

Nos Français généralement (surtout du Midi)

sont plus sobres, mais peu sobres de langue. Ils parlent étourdiment devant Tenfant. Le père, ou les amis, racontent les scandales du jour en mots couverts à peine que Fenfant comprend à merveille. Mille riens aussi, des choses vaines, qui, sans être mauvaises, le font léger, frivole, un petit homme blasé.

A la maison encore, on se contient un peu. Mais dans les lieux d'amusements, aux eaux, aux bains de mer, tout est lâché. L'homme et la femme suivent leurs goûts, sans se gêner. L'enfant profite étonnamment en mal. Dans ce grand abandon au plaisir personnel, ils sont faibles pour lui. Il faut bien qu'il jouisse aussi. Tout ce qu'il veut, il Ta. a Pauvre petit! Comment lui refuser ce que nous nous donnons? vin, café? et le reste? »

Avec ce régime irritant, fort peu de surveillance, les jeux des filles et des garçons , la précocité prend Tessor. Les sens s'éveillent et sans retour. Essayez donc demain de revenir à l'ordre. Votre éducation de famille, au fond, est finie, est perdue. Vous ne regagnez rien par la sévérité.

DâNGEBS dans U famille HÉME. 85

Ce gouvernement de la Grâce, tel qu'on le voit dans la famille, et qu'on croit le plus doux, est souvent (vu de près) tour à tour mou et violent. La mère, tendre souvent, n'en est pas moins colère. Parfois l'amour d'un fils la rend dure pour la fille. Presque toujours le favori a son contraste, la victime, le souffre-douleur.

Le dogme de la Grflce, d'arbitraire infini , sans justice et sans loi, est réfléchi ici dans la famille. Au foyer, comme au ciel, il y a les élus^ favoris de la Grâce, les préférés sans cause, a Dieu, avant leur naissance, aima Jacob, et haït Ésaû. » Trop souvent la mère est de même. Les élus de Vamour sont ceux qui plient le plus, les mous, faibles et lâches. Les plus vifs, les plus énergiques, deviennent les élus de la haine^ sur lesquels toujours on est prêt à frapper.

Parfois aussi, pourtant, ces cruautés sont des effets de Tamour même. Son élan tyrannique pour avoir Penfant tout entier à soi et l'absorber, rencontrant un obstacle dans une nature forte, s'indigne, et sans transition passe à la fureur, à la haine. Mais la mère doit le plus souvent s'accuser seule. Sa fréquente colère rend l'enfant colérique. L'imprudence qu'elle a de le gorger, de le crever, de lui donner du vin, etc., crée précisément les orages qu'on réprime si durement. Le

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même enfant nourri autrement serait calme et doux.

Le 12 mars 1868^ dans une rue voisine de TÉcole de Médecine, je passais devant la boutique d'une fruitière-charbonnière. Je vis une belle femme, forte et fraîche, assez rouge, qui frappait sur la tète une gentille petite fille, de sept à huit ans à peu près. Quoique saisi, je sus me contenir : je dis seulement : « Ahl madame.. .» Elle parut un peu honteuse, et semblait s'excuser. L'instrument était un très-fort martinet, à sept cordes, sept nœuds, qui eût pu assommer. L'enfant ne pleura pas, traversa la rue vivement, alla donner la main à deux bons charbonniers (son père, son oncle apparemment), qui la recueillirent sagement, la consolèrent, sans l'embrasser pourtant, ce qui eût irrité la mère. Mon cœur avait passé la rue avec l'enfant. Ces deux hommes me plurent extrêmement. Fort propres (c'était le dimanche), ils avs^ient l'air doux, calme , des véritables travailleurs, S'ils avertirent la mèrp, ce fut le soir, et non devant Tenfant. Le père était un homme de trente-cinq ans

peut-être, pâle et plus délicat qu'il ne faudrait pour «e métier. Elle , rouge au contraire et forte dans sa vie sans fatigue, assise, visiblement n'avait que trop de sang.

L'enfant le plus souvent est puni, caressé, bien moins pour ce qu'il fait que pour des motifs extérieurs qu'il ignore. Tel état de santé , tel jour du mois, tel mécontentement, bien souvent font pleuvoir une averse de coups.

Le temps va lentement. C'est bien tard, en ce siècle, que deux peuples souffrants se sont manifestés . Celui des femmes a fait entendre de légitimes plaintes, et celui des enfants? à peine un gémissement. On a commencé d'entrevoir qu'envers ce petit monde nous ne sommes point justes du tout, nous n'observons jamais ll^ vrais milieux de la justice. Nous nous satisfaisons sans mesure aux deux sens, dans l'amour ou dans la colère. On les étouffe d'embrassements ou bien on les écrase. Ils pleurent, ne savent ou n'osent dire. C'est par un cas étrange et de précocité et de mémoire fidèle, qu'un livre récemment a été écrit là-dessus. Dans quel ménagement, quel excès de respect ! dans quelle attention pour s'accuser soi-même, pour voiler tels détails, faire deviner plutôt que dire et expliquer I;.. N'importe I D'autant plus pénétrant a monté de l'abime ce premier, ce faible soupir.

Les femmes vivent avec les enfants, et elles les observent si peu qu'elles ignorent encore une chose terrible : c'est que, malgré l'apparente légèreté de rage, c'est celui où souvent on voit le profond désespoir, le violent désir de la mort. Pourquoi? c'est que, bien plus que nous , l'enfant à sa souffrance attache l'accablante idée d'une durée infinie. La vie nous apprend peu à peu que tout change, que rien ne dure, ni le bien, ni le mal, qu'il ne faut point désespérer. L'enfant ne le sait pas encore, croit, s'il est misérable, qu'il le sera sans fin.

La vraie désolation existe pour l'enfant quand c'est sa providence, sa protection naturelle, sa mère elle-même qui l'accable. Les très-petits, frappés par elle, se jettem à elle, se réfugient en elle, dans son giron et sous la main qui frappe. L'enfant, un peu plus grand, manifestement sent l'horreur d'une chose tellement contre nature. Il crie bien moins des coups que de cette chose monstrueuse. Comme elle est Dieu pour lui, et sa vie, et son tout, il est alors sans Dieu, abandonné de tout, hors des conditions de la vie.

« N'exagérez-vous pas? » Certainement l'enfant ne peut analyser, exprimer tout cela, comme on le fait ici. Cependant les suicides d'enfants ne sont pas rares. Les journaux en témoignent. Mais, non

réalisés, œs pensées, ces désirs n'en sont pas moins terribles à observer. Pour la première fois, ils ont été écrits, tracés fidèlement (1866). Que les parents y songent. Dans un âge. très-tendre où l'on croit que tout glisse , Pâme est entière déjà ; l'imagination môme, infiniment plus \ive qu'elle ne Fest chez nous, parfois centuple les douleurs.

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