LE FOYER ÉBRANLE. - GRAND DANGER DE LTNFANT
L'enfant est né de Punité. Son danger capital, c'est que l'unité ne se rompe, que, ses parents se refroidissant Tun pour Tautre, le mariage ne soit plus qu'apparence, un divorce décent.
On oublie trop, en parlant de l'enfant, qu'il n'est point un être isolé. C est un fruit sur un arbre (la famille). Et si cet arbre sèche, le fruit sèche, et peut-être meurt.
Notre race, entre toutes, électrique et nerveuse, avec ce don brillant, a un défaut fatal, la mobile imagination. Souvent bien peu de temps après le m^age, les époux deviennent distraits. Sans s'é-
carter beaucoup, ils regardent ailleurs, ils courent un peu le monde. Si la dame n'allaite, cela se voit bientôt. Ou, peu après Tallaitement, elle se dédommage de sa servitude, prend son vol, veut l'amusement. Elle a vingt-deux ans, je suppose, et elle est dans sa haute fleur. On Fadmire et on la jalouse. Elle se croit à tort peu utile à Tenfant. Et son mari aussi, tenu un peu à part pendant Tallaitement, est sorti de ses habitudes, ne lui est pas indispensable. Aussi léger, et plus (tout au moins en paroles), il Témancipe, et lui fait dire : « Il s'amuse... Je m'amuse aussi. »
Un homme d'esprit a fort bien dit : « Entre l'amour de nouveauté, et l'amour d'habitude que ramène le temps, il y a un entr'acte, une lacune. C'est l^blme où souvent sombre le mariage, et qull faudrait tâcher de combler à tout prix. »
Tant que Ton est très-jeune, les distractions comptent moins. On s'éloigne, et on se rapproche. On oublie, on se passe certaines choses. Souvent un peu plus tard, quand l'enfant est déjà absent, va aux écoles (la mère a vingt-cinq ans peut-être), alors des crises graves peuvent troubler à fond le ménage, mettre en péril la maison, la fortune, briser violemment la famille. Là, c'est la perte del'enfant.
GRAin) DAN6BR DE L'ENFANT. 95
Une gravure anglaise de Pautre siècle, faible et fade, mais d'un effet très-doux, m'arrêta l'autre jour. C'était un étroit intérieur, une chambre à vieille fenêtre dont les petits carreaux ne montraimt au delà que toits et cheminées, une maussade rue de Londres. Sur une chaise, une dame, une belle grasse Paméla, y dort de tout son cœur. Sa nurse^ une jeune Irlandaise, garde un petit qui marche et un nourrisson au bei*ceau. La dame (de vingt-huit ans, je crois) a très-probablement un enfant plus âgé, mais il est aux écoles. Elle est un peu forte déjà, un peu trop bien nourrie. La bonne créature a la figure honnête ; elle est et elle veut être sage. La voilà bien seule pourtant. Elle dort, elle rêve innocemment, et sa nature sanguine rêve pour elle. Où est son mari? que fait-il? soigne-t-il assez son trésor? Il est aux affaires, je le veux. Mais s'il la laisse trop, cette belle ennuyée, elle peut s'échapper dans un petit roman, fatal à la maison, briser tous les plans du mari, ses romans de fortune, ses ambitions de famille.
C'est sur l'enfant alors que d'aplomb tout retombe, n pâtit de mille choses qu'il ne peut deviner.
La personnalité féminine, d'abord subordonnée, modifiée fatalement, se dédommage et réagit, veut s'étendre et prendre sa place. De là, chez la plus douce, certain esprit d'opposition. Les défauts du mari apparaissent alors, et fort grossis. Elle a en ce moment une excessive clairvoyance. Elle voit mille détails fâcheux, réels, mais lesvoit trop. Queseraitce, madame, si vous subissiez cette épreuve, si votre fine peau rosée, était mise sous, un microscope? Vous en auriez l'effroi vous-même.
Je vois d'ici deux ennuyés, un couple sombre au coin du feu. Quel est-il? Quelles sont ces personnes? De classe, Je suppose, moyenne, laborieuse. C'est le samedi soir, dimanche demain. On est quitte de la semaine, et on a plus de temps. L'homme n'est pas un pilier de café. Mais il rentre chez lui un peu tard. On l'a attendu. Premier point qui dispose assez mal. Il est préoccupé, ne dit guère ses pensées. Mais moi je vais les dire. Il a rencontré tel ami. On a causé d'élections, de la stagnation des affaires. Il arrive plein de tout cela, et comme toujours, songeant à changer sa situation, à monter, à se cultiver. Il a acheté un livre.
On allume la lampe, et il lit. Elle respecte son étude, cependant elle est blessée fort Justement de ce mutisme. Et moi aussi, j'en suis blessé. Il y a si peu de bons livres, vraiment utiles. Et c'est pour