MILLE ANS D'ANTI-NATURE ET D'INHIMANITÉ
reur i quel saisissement pour la petite âme crédule! Elle en rêve, et même éveillée. Voilà une prise forte, infaillible, qu'on a sur elle, et que Ton gardera, et que nul n'aura d'elle. Quelle? Les prémisses de la peur.
Et le garçon? et Thomme? celui qui doit bientôt faire face à tous les hasards de la vie, celui qui aura la famille à protéger, la patrie à défendre, quel crime de le briser ainsi, de courber en lui Thomme presque avant qu'il soit homme I Les lois antiques frappaient de mort celui qui mutilait un mâle, lui ôtait l'énergie. Ici, n'est-ce pas la même chose? Que devons-nous à ceux qui reçoivent de nous nos fils gais et hardis, et nous rendent un troupeau de gazelles eflrayées ?
c< Laissez approcher les petits. »
Douce parole. Ils approcheraient, mais s'ils voient la verge derrière?...
Dans les quatre évangiles, ces livres compilés de doctrines si divergentes, je vois rapprochées pèle mêle la douceur, la sévérité.
a Approchez. » Mais je vois la géhenne éter-
nelle, le monopole des élus, de ceux qui plaisent à Dieu et pour qui seuls parle Jésus (voyez plus haut). Quel sujet d'épouvante pour tout le genre humain I pour tant d'autres qui n'ont pas plùl
Nul innocent en ce svstéme. Tous en naissant sont deux fois condamnés.
Condamnés pour Adam, pour le péché durable qui a gâté la race pour toujours ;
Condamnés comme fils de la concupiscence, du plaisir où il sont conçus.
La femme qui rougit de son corps et de sa funeste beauté, rougira plus encore de la revoir plus belle dans Tenfant, cette éblouissante et tendre fleur de sang, le triomphe de la chair même.
Dompter la chair, la pâlir, l'amortir, c'est la vocation du chrétien. Scandaleuse est la vie luxuriante de ce petit païen. Il faudra la réduire, en comprimer Tessor par une pauvre alimentation, tranchons le mot, un demi-jeûne.
Il a grandi à peine que déjà perce sa malice. Qu'a servi le baptême ? Le démon que ce sacrement adjurait de sortir, n'est pas sorti du tout. On le reconnaît à vingt signes.
Le grand signe, c'est de voir pousser, monter en lui, cette chose dangereuse entre toutes, l'essence du démon, qu'on aura tant de mal à extirper, la
iSA MILLE ANS D'AKTI-NATURE ET D'INHUMANITE.
Liberté, cette force tenace de libre wlonlé. Mauvaise herbe qui trace. On arrache. Il en reste autant.
Ne perdons pas une minute pour combattre cela. Quelque petit qu'il soit, ne le ménageons pas, appliquons-y des remèdes héroïques.
«c Si on le raisonnait ? si l'on faisait appel à ses bons sentiments, à son intelligence ? » Pitoyable méthode. Ce serait justement le moyen d'éveiller ce que Ton veut éteindre, ce mauvais Esprit, la Raison.
a Aux maladies du corps, consultez-vous l'enfant? Non. Bon gré ou malgré, vous lui ingérez les remèdes. Faire avaler le bien, faire expulser le mal, c'est tout. Eh bien, ici, rien autre chose à faire.
a Qu'il avale, en formules, le dogme condensé, la divine parole. Mieux encore, sans parole, que Dieu lui soit sans cesse ingéré dans l'hostie, pendant qu'incessamment par la verge et le fouet on expulsera le Démon. »
Le Démon est sensible. 11 crie — c'est ce qu'il faut — il rage, il se renverse... Je le crois bien. C'est signe que Topération réussit. On conçoit le combat si, dans ce petit corps, le Diable poursuivi sent Dieu. C'est Teau frémissante au fer rouge.
El cela dans toute la vie. Car le démon, en dé-
pit de cette éducatioq terrible, ne lâche pas prise ; il faut continuer le supplice. Ce n'est pas à Técole seulement, mais partout. Le Moyen âge n'est rien que cette guerre au Diable. Du prêtre à vous, des parents à l'enfant, du pédagogue à Técolier, par cataractes et cascades, tombe un torrent de coups. Des écoliers de trente ans (on le voit par Thistoire fameuse d'Ignace de Loyola) n'en sont point exemptés.
Passant devant Téglise, devant la iftaison, le collège, vous entendez partout des cris. Montaigne même, à une époque moins sauvage déjà, dit que l'école est un enfer. La chambre de la question^ où le juge d'alors fait torturer, n'en différait en rien. Et en effet, dans ce système, l'homme est l'éternel accusé, avec l'aggravation de terrible équivoque, qu'en frappant on ne sait si c'est sur le diable ou sur Thomme.
Saint-Cyran, fort, profond, sévère, vrai janséniste, ne craint pas d'avouer le système dans sa vérité. Il exprime vigoureusement l'idée même du Christianisme, de la guerre de Dieu et du Diable, la fluctuation effroyable de l'âme battue et rebattue du ciel en terre, et relancée tour à tour de l'ablme au ciel. 11 le dit sans détour : « L'éducation chrétienne est une tempête de Vesprit. »
On ne peut amoindrir le coml)at, la tempête,