MON LIVRE
on y mettait du sérieux, et la disposition qu'on avait ce jour-là. Selon qu'il faisait beau ou laid, selon qu'on était gai ou triste, heureux ou non, plus ou moins pauvre, ce livre complaisant se colorait diversement. Nul ami plus docile. Le camarade souvent [qui vient vous voir, est discordant ; il vous vient gai quand on est triste. L'ami imprimé? non. Je ne sais comment il se faisait qu'il se mettait toujours à Punisson.
On Tavait lu vingt fois. Il ne dominait point par l'attrait de la nouveauté, comme tant de livres d'aujourd'hui qui prétendent être neufs et s'imposent à ce titre. Ce livre aimé était réellement un texte élastique, qui laissait le lecteur broder dessus, n ne pouvait donner l'information diverse des livres d'aujourd'hui. Mais ^fi revanche il stimulait, éveillait l'initiative. La pensée solitaire, se lisant à travers, souvent entre les lignes, voyait, trouvait, créait. C'est ainsi que Rousseau, qui eut si peu de livres, ressassant son Plutarque, finit par y trouver et Vlnégalité^ et le Contrat social et tant d'autres de ses écrits.
Pour bien des jeunes cœurs qui ont besoin du rhythme, le livre unique, su par cœur, est un récitatif qui soutient, qui anime, qui fait comme la chaîne du tissu des pensées, sur laquelle Tingegno surajoute sa trame féconde. Pour beaucoup d*Ita-