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fait cette objection aux idées de Turgot : « La cornmude moderne, dans sa petite vie municipale, simple partie d'un tout, est-elle bien la préparation naturelle aux fonctions gouvernementales? Ne resserre-t-elle pas les esprits dans le souci des menus ioléréls et des misères locales? »
Il n'est rien de petit en ce qui fait le sort de rhomme. 11 est fort nécessaire, selon moi, de connaître ces misères de localités. Ce détail, c'est le réel même, c'est la vie, Thomme vivant. Tant pis pour qui Tignore; tant pis pour le jeune lord qui, sortant d'Oxford ou Cambridge, ira tout droit s'asseoir à la Chambre des pairs. Pour notre étudiant français (vif et impatient, généralisa teur), il est infiniment utile qu'à son retour dans sa localité, il plie et brise son esprit à la connaissance des choses qu'on]prend sur le vif une à une. Toutes particulières qu'ejles soient, elles n'en sont pas moins générales en ce sens qu'une localité ressemble fort à l'autre; celui qui la sait bien, a beaucoup profité dans l'intelligence du tout. Plus le cercle est petit, les ressources minimes, plus Tordre est nécessaire, la sage économie, la patience aussi et la dextérité pow* le ménagement des personnes, si difficile entre voisins. Les plus hauts intérêts, la diplomatie des empires , sont souvent bien moins épineux. En regardant de près, on voit
mieux ; on distingue que sous les chiffres sont des hommes. On prend le respect de la \ie. L'esprit formé à cette école n'arrivera jamais à ces cruelles abstractions de nos grosses télés politiques dont le sauvage orgueil souvent abstrait un monde, l'extermine en bataille ou en révolution.
Ce livre n'est point de politique. Je n'entreprendrai pas de suivre Tinfluence que chaque fonction (administrative, judiciaire, etc.) aura sur Thomme qui la traversera. Je ne note qu'un point, c*est que presque toujours c'est justement au degré inférieur, la vie locale et communale, que se trouve le plus grand combat. Là, tout est serré et gêné. Famille et voisinage, ces mots aimables et doux qui semblent désigner des liens naturels, des facilités d'ac-* tion, le plus souvent couvrent réellement ses obstacles et les épines où elle se débat à grande peine. Mais là aussi la volonté s'exerce, le caractère se fixe, et s'il se forme en bien, la force en reste immuable et puissante, et la vie en montant ne semble plus qu'un jeu.
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Je prends l'homme au moment où, déjà engagé dans sa carrière et établi dans sa localité, marié récemment ou près de l'être, il se consulte entre lui et les siens, regarde comment il se posera. Moment très-capital, d'où suit la vie entière et privée et publique. 11 n'a nulle part encore à celle-ci. Le rôle qu'il y jouera dépend du caractère qu'il va se faire, du plus ou moins d'autorité morale qu'il pourra prendre. Donc, avant la commune, avant la vie publique, regardons le bien au foyer.
Le dirai-je? à notre époque soucieuse, inquiète, ce qu'il y a souvent de pire pour le conseil, c'est la famille. Elle tremble, aux débuts de « ce cher ami » et, dans la passion qu'elle a pour son avancement, lui inculque mille choses misérables, timides aujourd'hui, demain lâches. Ce serait le crime de Cham, si l'on découvrait trop ce qui se dit le soir au foyer en ce genre par la bouche la plus respectée. Répond-il quelque chose, défend-il quelque peu son âme, sa conscience, ce qu'jl aurait encore d'idée noble, élevée? Rarement. S'il avait cependant tant de cœur qu'il hésitât et réclamât un peu, on dirait sans détour : c Oh I tu en reviendras. La vie, Texpérience guériront ces chimères. . . Garde-les, au reste, en un coin, à la rigueur, si tu y tiens, mais pour toi seul. Tu peux bien démêler qu'ici
tous ne sont pas en dessous tout à fait ce qu'ils montrent en dessus. »
Jeune homme ! fais-toi un ferme cœur contre ces bas conseils et la basse sagesse qui vont venir de toutes paris. La petite prudence souvent c'est l'imprudence qui ne voit qu'aujourd'hui. Demain peut tout changer. Le monde va et vient. Les puissances pour qui on veut que tu sois lâche, sont les joujoux du sort qui les fait, qui les casse. Ce préfet, cet évoque, pour qui on te demande de te déshonorer et de faire l'imbécile, qui sait où ils seront dans quelques jours? Des vents, de grands vents sont dans Tair que Ton entend d'en bas. Est-ce trombe ou tempête? le grand balayage de Dieu? Quand cela vient, nul ne résiste. Cela rase et emporte tout... le monde même!... Mais non pas l'honneur.
Je sais la. longue guerre que tu vas soutenir, attaqué du dehors et souvent du dedans. Pendant que tu regardes fièrement et sans peur le monde, l'ennemi, souvent c'est ton cœur même, tes chères affections qui travaillent et conjurent en toi. Il faut tout à la fois aimer, et te défendre, garder au plus profond des barrières, des remparts, comme un fort où ton âme te reste en sûreté.
Au moyen âge, quand un tel abri si\r existait, du dehorsbeaucoup venaient et campaient tout autour.
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Cela l'arrivert. Plus d'un viendra chercher rexemple, le conseil, l'appui d'un ferme caractère. Dans tous les groupes d'hommes, bourg, village, atelier, quelqu'un est en avant, comme type ou modèle. Qu'il Tait voulu ou non, on le suit. Il a charge d'âmes.
Le but où nous tendons, c*est l'association égale et fraternelle. Quelque égale qu'elle soit, elle ne se fait guère sans avoir un noyau autour duquel l'ensemble tourbillonne et s'agrège. La nature n'emploie] pas un autre procédé. Au centre d'un cristal, vous rencontrez toujours le premier nuol^ttô sur lequel s'est groupé la seconde formation, et puis la troisième, et tout ce qui s'est ajouté après.
L'esprit de défiance (souvent trop légitime)^ craignant tout centre fort d'attraction, est l'obstacle aujourd'hui. On se groupe; on se ligue; on ne s'associe guère. Ceux qui peuvent aider, restent souvent suspects, ayant bien rarement ce qui rassurerait, le sérieux accord des actes et des paroles. Même honnêtes, sincères et désintéressés (ce qui déjà est rare), ils sont inharmoniques, ne vivent pas uno tenorCj conséquents à eux-mêmes, et par légèreté, ils varient, se démentent. Ils n'obtiennent dès lors ni le respect ni l'ascendant.
L'autorité morale appartiendra surtout à ceux qui ne l'ont pas cherchée, qui, sans l'avoir voulu.
sant devenus un centre par la gravité simple et la dignité de leur vie. Le monde, si flottant, s'arrange de lui-même autour de ce qui varie peu et peut servir de point d'appui.
Voici ce que j'ai vu en regardant de près en toutes conditions, et les plus humbles même.
Ce n'est pas le talent éclatant qui faisait cela. L'homme d'autorité était celui qui, outre le sérieux du caractère, avait deux qualités solides. II était efficace (mot excellent du moyen âge), riche en œuvres et sobre en paroles, souvent très-fort au métier spécial. Mais, à côté du métier et de l'œuvre, il y avait en lui Vhommey l'homme de sens et déraison qui planait au-dessus, et jugeait large* ment (pour lui-môme et les autres) en bien des choses qu'il n'avait pas apprises, qui n'étaient point de son métier.
II était charpentier, je suppose. Et tel camarade le consultait, lui disait : « J'ai tel mal... Comment guérir? — Quand tu ne boiras plus. »
Il était avoué. Il voyait arriver le plaideur jaune, ^ étique, d'âcrè humeur militante, voulant se ruiner. Il refusait l'affaire, voyait que le procès n'était rien que sa bile, son foie, l'envoyait se guérir.
De même, un médecin (que j'ai connu) avait I pour voisin un jeune charbonnier, fort malade. i La charbonnière, jolie, un peu légère, pleurait.Le