DISTRIBUTIONS DE PRIX
Août 1896.
J'écris ces lignes dans une grande ville provinciale, pendant la semaine des distributions de prix. A Paris, où tant d'organismes se superposent, on est averti par les seuls journaux du retour de ces fêtes. En province, elles changent, pour un instant, la figure d'une cité. La semaine des distributions de prix leur fait une
physionomie particulière, — comme la semaine des premières communions. Il y a certaines bottines vernies, certaines redingotes de coupes antiques, certaines plumes blanches, certaines robes de soie, certains chapeaux jaunes aux brides lilas, certains petits garçons frisés, certaines petites filles en jupes de mousseline tuyautée, moitié anges, moitié ballerines, qui ne prennent l'air qu'une fois par an, ces jours-là.
Le boni élève, avec ses cartonnages doréSî sous un. bra&, ses couronnes de laurier, enfilées à l'autre manche, — je sais que l'Université ne distribue plus de papier doré, — fait le tour de la ville. On le. mène voir son parrain, les vieux amis, un oncle à héritage. Une modestie d'apparat peut bien orner son front ; de
fait, il est naïvement fier — comnae un jeune ânon chargé de reliques. Ses parents, les bonnes gens, marchent à trois pas derrière lui pour jouir de l'effet. L'un et l'autre ont dans le cœur cet attendrissement honnête qui, dans la monotonie un peu plate de tant de vies, réveille un instant l'amour. Comme au temps où ce fils, premier-né, était l'espoir attendu, ils font le même rêve...
... Le mauvais élève est allé à la distribution de prix, les mains dans les poches, parce que le règlement exige qu'il fasse acte de présence. Au moment où il a vu le prix d'excellence de sa classe baisé au iront par M. l'Inspecteur d'Académie, il n'a ressenti aucun mouvement d'envie.
Il n'a pas formé de ferme propos. La mi-
nute désagréable de la journée, c'est la rentrée au logis. On le grondera, puis son père et sa mère se querelleront, un peu, sur son dos.
L'un dira :
— C'est tout le portrait de son oncle Henri, qui a mal tourné.
L'autre répondra :
— Il n'y a jamais eu que des hommes capables dans ma famille.
Et les deux concluront avec douleur :
— Cet enfant-là finira ses jours sur un échafaud de maçon...
Je ne voudrais pas que mon désir de rassurer la famille du méchant Tom attristât les parents du bon Toto, mais j'ai bien peur que la cérémonie à laquelle ils viennent d'assister ne signifie pas