NOS FILS 1G
un intermédiaire de publicité, ne collabore. Il traite par correspondance. On lui envoie les mesures de la maladie, il retourne le patron du remède.
Les personnes plus graves qui hésitent à acheter un laxatif enguirlandé de tant de faveurs roses, sont sollicitées à domicile par des journaux d'allure médicale, rédigés par des psychologues et des électriciens, avec une connaissance merveilleuse de l'infirmité humaine. Ils apportent avec eux la suggestion d'une multitude de maladies dont ils promettent le remède au prochain numéro. La description du symptôme provoque son apparition. La réussite (je parle de provocation et non de guérison) est infaillible.
Les pharmaciens ont suivi la presse pseudo-médicale dans cette voie.
Le plus petit flacon vous arrive roulé dans une brochure, dont la lecture, au coin du feu, est singulièrement attachante, pour un homme enrhumé. Les causes et les efl'ets y apparaissent enchaînés avec tant de logique que l'on s'écrie comme M. Jourdain : « Que n'ai-je étudié plus tôt! » On devient disciple de l'homme qui a inventé une « spécialité ». On la vante à ses amis, on répand partout la bonne doctrine. J'ai connu des gens qui, dans ce zèle de néophytes, allaient jusqu'à vous faire cadeau de la première bouteille.
Après le client, l'herboriste, le journaliste et le pharmacien, le médecin a un
autre adversaire tous les jours plus redoutable, et c'est le médecin lui-même.
A la ligue des clients contre le médecin, les médecins ont ajouté une ligue pour le drainage du client.
Les jeunes docteurs qui n'ont point réussi dans les concours par où l'on devient médecin d'hôpital, ceux qui, pour quelque motif personnel, ne s'y sont pas présentés, ont formé, dans ces dernières années, des associations privées qui portent le nom de « Policliniques ».
On y donne des avis gratuits, des consultations payées un ou deux francs. Il semble qu'il soit bien difficile d'attaquer ces institutions qui ont un côté philanthropique. Les villes et les départements sont de cet avis, puisqu'il leur arrive de
subventionner des policliniques. Je no me place ici ni au point de vue social, ni au point de vue humanitaire. Je me substitue au médecin de quartier qui m'apporte ses raisonnables doléances :
— La Policlinique, installée à deux pas de ma maison, est en train de m' enlever la moitié de ma clientèle, des gens qui auraient le moyen de me payer les honoraires que je leur demande. Et si ces camarades se contentaient d'ouvrir boutique de consultations! Mais ils vont voir le malade à domicile. Ils opèrent pour rien, dans l'espoir de se faire un nom et de fixer sur eux l'attention des malades riches. Entre la concurrence que la Policlinique nous fait par en bas et le spécialiste par en haut, nous étouffons. Nous