NOS FILS 1G
sommes réduits pour vivre à des expédients dont notre dignité soufire.
J'en ai entre les mains une liste de ces compromis que la concurrence a rendus nécessaires. Elle est longue et pourtant l'on m'assure qu'elle n'est pas complète. Le plus excusable consiste à recourir au spécialiste qui demandera des milliers de francs pour mettre l'acier au clair. Je ne parle pas des occasions où son intervention est utile, mais des cas nombreux où le médecin s'est dit :
— Si je propose d'ouvrir ma trousse, on me donnera vingt-cinq francs et peutêtre il faudra marchander. Si je fais venir le professeur ***, je recevrai cent francs pour mon courtage et mon assistance.
Voilà les marchés auxquels on est
réduit avec ses pairs. Les marchandages avec des inférieurs sont encore plus douloureux : un sergent de ville qui vient réveiller un médecin la nuit, pour quelque cas d'urgence, demande sa « commission ». Il faut qu'on la lui donne, car il dit avec effronterie :
— Votre confrère, monsieur un Tel, m'abandonne la moitié de ses honoraires en pareil cas !
Et comme le dérangement de nuit est assez bien payé, le médecin se tait et s'exécute.
Voilà les déboires que doivent connaître et méditer les jeunes gens qu'hypnotisent les trois cent mille francs par an du Grand Maître. Le nombre des médecins est, à cette heure, en France, d'un
praticien sur sept cents ou douze cents habitants, selon les régions. 11 faut défalquer de ce total tous les indigents et les mauvais payeurs : c'est-à-dire que la proportion du nombre des médecins, par rapport à la clientèle capable de payer le docteur en cas de maladie, est de un à deux ou trois cents.
Cependant la statistique nous apprend qu'une hygiène meilleure diminue à cette heure les ravages des maladies épidémiques. La durée de la vie est prolongée. D'autre part, le nombre des étudiants en médecine a doublé depuis dix ans, et, en attendant que ces futurs docteurs manquent de clients pour vivre, les écoles de médecine où ils s'adressent manquent de cadavres pour les instruire.