MARCHANDS ET BOURGEOIS
La monographie de ce jeune Anglo- Saxon qui, destiné par ses parents au collège d'Oxford, abandonne ses études, de sa décision privée, pour aller gérer la boucherie d'un grand hôtel américain puis garder des bœufs dans l'Ouest, me valut des lettres de pères de famille quand je la publiai dans un journal. Quelquesunes étaient sévères :
« Apprenez, monsieur, — disaient en
substance ces honnêtes gens, — que la bourgeoisie française ne procrée pas des fils pour en faire des intendants et des vachers... »
J'aurais conté que mon jeune colon s'était fait épicier ou marchand d'habits que mes correspondants auraient tout de même secoué la tête. La bourgeoisie française ne sait pas trop où elle va, mais sûrement elle a oublié d'où elle sort.
Que signifie-t-il, je vous en prie, dans son acception étymologique la plus ancienne, la plus large, ce mot de « Bourgeois »?
Le « bourgeois », c'est l'homme du « bourg », l'homme de la \alle, opposé à l'homme des champs.
Dans la solitude des campagnes de jadis, le paysan est livré à lui-même.
Il ftiut qu'il se suffise, qu'il bâtisse sa maison, fabrique ses outils, transporte sa récolte. A la ville où l'on est groupé, le travail se divise ; la division crée des catégories ; la catégorie a tôt fait de hiérarchiser des castes. Le « bourgeois »
devient bien vite distinct de !'« artisan». C'est un homme qui fait exécuter par d'autres les besognes serviles de son état. Sa véritable originalité, c'est d'être un intermédiaire entre celui qui travaille la matière brute et celui qui l'achète ouvrée. Il est un « marchand ».
Si vous voulez vous faire une exacte image de ce que fut dans le passé cett« bourgeoisie de la boutique, voyagez un